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Nouvelles

Les villes au pouce vert

5 septembre 2013

Par Sophie Gall, journal Le Soleil

Manon Boulianne n’a pas le pouce vert. Reste que son dada, c’est l’agriculture urbaine. Elle y jette un oeil anthropologique, y voit une économie non financière, «une économie de la débrouille», ou l’expression citoyenne d’une volonté environnementale, selon les cas et les époques. Car si l’agriculture urbaine a émergé pour subvenir à un besoin primaire—s’alimenter—, elle s’est complexifiée pour devenir plus politique, sans toutefois que soient évacuées les motivations de base.

L’agriculture urbaine est apparue et disparue en fonction de l’économie des pays, des crises, du chômage, des conflits. Le cultivateur urbain n’est donc pas une «espèce nouvelle». «Dans les années 90, je travaillais au Mexique, en développement international, et j’ai constaté que les jardins collectifs existaient», se souvient Manon Boulianne, professeure d’anthropologie à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval. «C’était une voie alternative pour pourvoir à la sécurité alimentaire», explique-t-elle.

Revenue au Québec, elle observe un mouvement similaire : des jardins collectifs lancés par des organisations communautaires dont le but était de lutter contre la faim. «Les plus pauvres étaient encadrés par des horticulteurs et donnaient un coup de main au jardin. En plus d’en récolter les fruits, ils augmentaient leur estime de soi, ils se prenaient en main. À travers une «activité économique», les plus démunis pouvaient reprendre du pouvoir sur leur vie», analyse-t-elle.

DE L’ESTOMAC À L’ENVIRONNEMENT
 Aujourd’hui, les jardins communautaires ou collectifs, jardins de balcon ou de façade, répondent toujours à un besoin alimentaire. S’il y a toujours des gens démunis qui bénéficient de ces cultures urbaines, d’autres personnes se lancent dans l’aventure dans une perspective de manger local. À cette volonté s’ajoutent d’autres raisons pour développer l’agriculture urbaine : embellir et verdir la ville, améliorer l’environnement, lutter contre les îlots de chaleur, mieux absorber des eaux de ruissellement, lutter contre les gaz à effet de serre, etc. Le tout est porté par des philosophies de vie telles que la simplicité volontaire, la remise en question des modèles de consommation, le  do it yourself. «Anthropologiquement, c’est très intéressant, s’exclame Manon Boulianne, ça joue sur le social, sur la bonne vie.»

Il ne faut pas s’y tromper, l’agriculture n’est pas l’histoire de quelques jardiniers écolos, amoureux du bio, en tablier de jute et chapeau de paille. «Aujourd’hui, tous les gens qui réfléchissent à la ville tentent de la penser autrement, l’idée qu’il est impossible de produire des aliments en ville ou en zone périurbaine, tombe», indique Mme Boulianne, selon laquelle de plus en plus de villes du nord mettent en place des règlements qui favorisent l’agriculture urbaine.

«LaVille de Québec n’a pas de réel positionnement», soutient l’experte. «Mais la communauté métropolitaine de Québec développe ça», se réjouit-elle. Ainsi des initiatives pour rapprocher les consommateurs des producteurs locaux sont étudiées, des projets de marchés publics ou de quartiers sont à imaginer, etc. «Québec n’est pas le chef de file, mais est sur la bonne voie», assure Mme Boulianne, en prenant pour exemple les citoyens actifs, les écoquartiers. «Il y a de belles occasions», martèle-t-elle. «Et l’agriculture urbaine n’est pas en contradiction avec le développement urbain ou les parcs technos. C’est même quand tout ça se marie que ça devient génial», lance-t-elle.

Manon Boulianne est très optimiste quant aux possibilités d’agriculture urbaine. Selon elle, pour les jeunes qui étudient en architecture et en design urbain, l’agriculture fait partie des incontournables. Des regroupements se font de plus en plus entendre par le gouvernement qui se saisit de leurs causes et idées. «Il n’y a qu’à voir ce qui a été planté à l’Assemblée nationale», souligne-t-elle. Cette année, des dizaines de plantes comestibles ont poussé dans les jardins, et des ruches ont été installées sur le toit de l’édifice. De bonnes idées, des projets verts et responsables qu’il faut continuer de semer.

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