Don par téléphone

Contacter la fondation de l’Université Laval au 418-656-3292


Don par la poste

Imprimer cette fiche remplissez-la et postez-la avec votre paiement à l’adresse suivante :

Faculté des sciences sociales
Pavillon Charles-De Koninck
1030, av. des Sciences-Humaines
Local 3456-E
Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

Trois questions à Jean-Yves Duclos

21 octobre 2013

La nouvelle politique économique du gouvernement du Québec ;  l’économiste Jean-Yves Duclos en commente les grandes lignes.

Le 7 octobre dernier, le gouvernement du Québec lançait son nouveau plan de relance économique. Avec un budget de deux milliards de dollars, «Priorité-Emploi» met surtout l’accent sur la création d’emplois, les investissements dans les infrastructures, la rénovation verte et l’électrification des transports, les subventions aux entreprises et la valorisation des exportations. Perçue comme une stratégie préélectorale par plusieurs, elle soulève des réactions mitigées. L’économiste Jean-Yves Duclos en commente les grandes lignes.

Le plan économique du gouvernement Marois aura-t-il des effets positifs réels sur la relance économique du Québec?
J’en doute. Pour l’instant, elle soulève trop de questions. D’abord, le gouvernement mise sur la création de 43 000 emplois d’ici à 2017, mais la véritable création d’emploi est toujours difficile à calculer. Les nouveaux postes sont souvent temporaires, à temps réduit ou le fruit de déplacements. De plus, cette mesure n’aura pas d’effet avant la moitié de l’année 2014, le temps que les milieux concernés réagissent. Dans un contexte de croissance économique très faible, le délai est long. Ensuite, on parle d’injecter deux milliards pour stimuler l’économie. C’est beaucoup. Déjà très endetté, où l’État puisera-t-il ces sommes? En augmentant les impôts? En taxant certains domaines pour en financer d’autres? Devrait-on alors parler de transfert plutôt que de création d’argent? Autre chose: cette politique axe sur la rénovation, la construction, le développement des secteurs minier et manufacturier. Ces propositions ne sont pas nouvelles. Et est-ce une bonne chose de faire de ces secteurs traditionnels une priorité dans une économie mondialisée? À mon sens, le développement du Québec passe davantage par l’exportation que par la rénovation. Enfin, cet exercice ne corrige pas la conjoncture qui garde le Québec dans un état de fragilité économique: dette plus élevée qu’ailleurs au Canada, taux d’imposition parmi les plus importants, déclin démographique. Toutes ces pressions sur son économie demeurent.

Certaines propositions du plan Marois sont-elles tout de même porteuses?
Investir dans l’électrification des transports est une idée intéressante. Le Québec possède l’expertise et les ressources pour devenir un leader dans ce domaine d’avenir. De fait, le secteur des énergies propres a été et demeure à la base de l’économie de notre province. Le problème, c’est que sa gestion comporte des failles. Par exemple, les programmes qui subventionnent la vente de l’électricité aux entreprises nous coûtent très cher. Certaines données suggèrent que vendre cette énergie aux alumineries plutôt que de l’exporter à des prix plus élevés revient à défrayer près de 700 000$ par année pour conserver un seul emploi dans ce type d’usine. Que faire alors? Couper ces subventions? L’option n’est pas facile. Cela dit, la solution vers une meilleure gestion de nos ressources naturelles ne se trouve pas dans la piste avancée dans «Priorité-Emploi», c’est-à-dire offrir à des entreprises les surplus d'électricité à très faible coût pour générer des investissements. Cette vente au rabais risque de faire augmenter l’utilisation d’énergie. Je vois là un gros problème de la part d’un gouvernement qui entend par ailleurs encourager l’efficacité énergétique. Sans compter que le citoyen, lui, verra sa facture d’électricité lui coûter de plus en plus cher.

Des mesures laissées de côté par la politique énergétique auraient-elles dû être mises de l’avant?
Pour espérer des résultats tangibles et durables, la nouvelle politique aurait dû s’appuyer sur une réflexion beaucoup plus large. Plutôt que de répondre à des problèmes conjoncturels, elle aurait dû se développer autour des grands enjeux sociologiques qui dessineront notre avenir. Par exemple, avec la population qui vieillit, l’immigration devient incontournable. Actuellement, les immigrants représentent 12% de la population active. Ce taux passera à 24% d’ici à 2030, soit le quart des travailleurs. Comment faciliter l’intégration de ces personnes? S’assurer que leur employabilité en soit une à long terme? Ce sont là des enjeux économiques majeurs. Également, avec une dette importante et une population vieillissante, nous devons redoubler de vigilance pour assurer un système de santé plus efficace afin de limiter les dépenses de l’État. Autrement, le développement économique d’une société se fait par le secteur privé. En ce sens, le rôle du gouvernement est davantage d’assurer de bonnes politiques, de bonnes législations sans réglementations trop lourdes afin de laisser les secteurs privés se développer. Dernier point: l’industrie culturelle est en pleine croissance partout dans le monde. La politique économique n’en fait pas mention, mais pourquoi le Québec devrait-il être le seul à laisser passer cette vague?

Source : Le Fil