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Nouvelles

Trois questions à Stéphane Leman-Langlois

4 novembre 2013

Trois questions à Stéphane Leman-Langlois sur l’atteinte à la vie privée

Les révélations autour de cas d’espionnage se succèdent depuis plusieurs jours. L’Association de défense des droits et libertés de Colombie-Britannique vient d’ailleurs de déposer une plainte contre le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC) qui recueille beaucoup de données sur les citoyens, en l’accusant de violer la Charte des droits et libertés. La compagnie Bell, de son côté, prévoit utiliser les renseignements personnels de ses clients pour leur envoyer de la publicité ciblée. Des situations qui n’étonnent pas Stéphane Leman-Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la surveillance et la construction sociale du risque et professeur à l’École de service social.

Quels liens établissez-vous entre cette nouvelle politique commerciale de Bell et la plainte déposée par l’Association de défense des droits et libertés de Colombie-Britannique?
Dans les deux cas, il s’agit de la défense du droit à la vie privée, ou plus exactement à l’autonomie. Autrement dit, notre capacité à agir par nous-mêmes, sans être constamment surveillés, contrôlés, mesurés. Quand je suis à l’ordinateur, j’aimerais que personne ne me regarde par-dessus l’épaule, qu’il s’agisse de l’État ou d’une entreprise privée. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que les renseignements achetés par Bell sont justement acquis par le CSTC. De plus en plus, ce type d’organisme gouvernemental utilise des données de fournisseurs d’accès à Internet plutôt que de les prélever à la source, sans que les citoyens ne soient au courant. Une collecte très floue, très opaque, qui concerne aussi l’interception d’informations lors d’appels téléphoniques placés. En déposant une plainte devant le tribunal, l’Association de défense des droits et libertés cherche justement à comprendre s’il existe un cadre règlementaire pour ce genre de surveillance.

Que pensez-vous de l’encadrement législatif des autres pays sur cette question?
Aux États-Unis par exemple, ce type d’activités est davantage encadré, mais la règlementation laisse à désirer puisque l’enfreindre n’entraîne pas trop de conséquences. Il suffit de penser à l’affaire James Clapper, le directeur actuel du renseignement national des États-Unis, qui est présentement dans l’eau chaude pour avoir nié devant le Comité du Sénat que l’Agence de sécurité nationale (NSA) recueille des informations sur de très nombreux citoyens américains. Or, il a carrément menti, car les fichiers d’Edward Snowden, publiés un peu plus tard, montrent clairement le contraire. C’était la première fois qu’on disposait d’un document confirmant l’ampleur de la collecte de données, ce dont les experts se doutaient depuis plusieurs années. Au Canada, il n’existe même pas de comité consultatif qui se penche sur les activités du Centre de la sécurité des télécommunications Canada. Les commissaires civils enquêtent sur les activités de cet organisme et effectuent un suivi général de ses activités. Cependant, leur manque de budget les limite beaucoup et l’interférence entre le travail des programmes canadiens de surveillance et ceux à l’étranger complexifie beaucoup la tâche. En plus, les citoyens n’ont accès qu’à une version abrégée et expurgée du rapport annuel du commissaire sur le Centre de la sécurité des télécommunications. On ne sait même pas si le CSTC respecte le peu de règlementation le concernant. Au moins, aux États-Unis, on a la possibilité de prendre les responsables en défaut, documents à l’appui.

Comment rendre cette information davantage transparente?
Des scandales comme ceux impliquant le CTSC au Canada ou la NSA aux États-Unis ne mobilisent pas vraiment les citoyens, même si la quantité de données de surveillance amassées par l’État, loin de diminuer, augmente. Depuis 20 ans, les médias ressortent périodiquement ce genre d’affaires, sans que le système ne change véritablement. Les gens ont l’impression de ne rien avoir à cacher et pensent que nous avons tout à gagner d’une surveillance accrue en matière de sécurité même si les coûts sont très élevés. Le problème, c’est que la majorité des citoyens ne comprend pas ce qui est en jeu. Il faut savoir qu’un client de Bell, par exemple, laisse derrière lui des informations sur 80% de sa vie, sans même s’en apercevoir. Il s’agit de données sur ses déplacements par le cellulaire, sur ses appels, ses courriels, ses habitudes télévisuelles, les adresses Internet visitées, le type de technologie utilisée à la maison. En croisant tout ça avec des algorithmes, on peut obtenir un portrait d’usager très précis et estimer son revenu annuel à 1000$ près… Et il ne faut pas oublier que c’est la même chose avec les autres fournisseurs de télécommunications!

Source : Le Fil