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Nouvelles

Gérard Duhaime: l'homme du Nord

16 décembre 2013

Lauréat : Gérard Duhaime
Occasion : Il a gagné le Prix de la recherche scientifique sur le Nord.

«Je suis arrivé dans le nord par hasard, à cause d'un contrat d'été comme cuisinier que j'avais eu en 1978. Une fois sur place, pour aller à la station de recherche de l'Université Laval où j'allais travailler, je devais traverser à pied tout le village de Kuujjuaq. [...] À ce moment-là, j'étais étudiant en science politique, je voulais comprendre pourquoi il y avait des inégalités dans la société. [...] Et quand j'ai eu fini de traverser le village, je savais que j'allais revenir travailler là.»

La vie a un don fascinant pour transformer une décision banale - prendrai-je ce job ou en chercherai-je un autre? - en tournant majeur dans la vie de quelqu'un. Le mois dernier, 35 ans après sa décision banale et maintenant sociologue à l'Université Laval, Gérard Duhaime gagnait le prestigieux Prix de la recherche scientifique dans le Nord, remis chaque année à un seul chercheur par la Commission canadienne des affaires polaires.

Né à Chicoutimi, M. Duhaime ne se destinait pourtant pas à une carrière universitaire - ni à la cuisine, d'ailleurs. Après des études collégiales en lettres, dit-il, «j'ai fait un peu de théâtre professionnel pendant quelque temps, comme comédien et à l'écriture. Je savais que je voulais écrire, mais je ne savais pas ce que j'écrirais». Il a travaillé un peu comme journaliste au Progrès-dimanche et au Quotidien de Chicoutimi, et est ensuite retourné aux études, en sciences politiques à Montréal, puis en sociologie à l'Université Laval - où, preuve qu'on peut sortir le gars du théâtre, mais pas l'inverse, il a cofondé la Ligue d'impro de l'UL.

 «J'ai commencé par essayer de comprendre ce que j'avais vu à Kuujjuaq. Puis ça ne s'est jamais arrêté», dit-il.

Faire avancer les connaissances

M. Duhaime a remporté son prix parce que, au fil de sa carrière, il a mis au point de nombreux outils qui ont grandement fait avancer nos connaissances sur l'économie et les communautés nordiques. Il fut l'un des premiers à s'intéresser à la sécurité alimentaire du Nord, à une époque, les années 90, où personne n'en voyait l'importance. «Quand j'en parlais aux Inuits de l'Alaska, les gens pensaient que je parlais de l'armée, à cause du mot sécurité», se souvient-il.

Mais M. Duhaime avait compris que les bouleversements dans les modes de vie ancestraux et le déclin (relatif) de la chasse qui vient avec allaient rendre les populations autochtones plus dépendantes à la nourriture importée du sud. Ce qui, jumelé à la pauvreté et à l'éloignement, pouvait pousser des Inuits à la faim. La question fait l'objet de nombreuses recherches aujourd'hui.

Par la suite, M. Duhaime a travaillé à mesurer la différence qu'induit l'éloignement des communautés nordiques dans le coût de la vie, et ses recherches ont amené les gouvernements à soutenir financièrement le transport de marchandises là-haut afin de réduire cet écart. Pour en saisir l'importance, il suffit de savoir que même avec des subventions, un pain blanc se détaille à plus de 5 $ au Nunavik et qu'un détergent à lessive qui se vend 8 $ ici en coûte 18 là-bas...

«Une autre chose qu'on a faite, poursuit le sociologue, a été de mettre sur pied des banques de données socioéconomiques sur le Nord. Au début des années 2000, quand on voulait mesurer quelque chose comme la taille ou la structure de l'économie du Grand Nord circumpolaire [soit tout l'Arctique, y compris sa partie eurasienne] c'était pratiquement impossible parce que les statistiques étaient très éparpillées. Alors, on a fait l'expérience d'essayer de prendre cette mesure, et pour ramasser les données, ça nous a pris une année complète. [...] Avec nos bases de données, maintenant, ça prend un mois.»

Et comme on finit toujours par revenir à ses vieilles amours, M. Duhaime publiera cet hiver son premier roman. Mais c'est une autre histoire...

Source : Le Soleil