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Nouvelles

3 questions à Pascal Kapagama sur la crise politique en Centrafrique

21 janvier 2014

Depuis plusieurs mois, la Centrafrique, un pays de 4,5 millions d'habitants au cœur du continent africain, subit de plein fouet les violences ethniques et religieuses provoquées par des groupes armés. Les observateurs espèrent que la destitution du président Michel Djotida, à la mi-janvier, va ramener le calme au pays et le retour chez eux de centaines de milliers de Centrafricains. L'analyse de Pascal Kapagama, professeur à l'Université de Kinshasa en République du Congo, et actuellement professeur invité au Département de sociologie.

Plusieurs ont comparé la situation des derniers mois en Centrafrique à un prégénocide…

Dès qu'on assiste à une extermination physique intentionnelle programmée par un groupe pour des motifs ethniques et religieux, cela s'apparente à un génocide. La situation en Centrafrique est très préoccupante pour les droits de l'homme. Cela mérite une attention de toute la communauté internationale et pas seulement de la France présente sur place avec l'opération Sangaris. Les pays africains s'impliquent déjà d'ailleurs dans la MISCA [la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine, soit le déploiement de milliers de militaires par le Conseil de sécurité de l'ONU]. La situation actuelle s'explique en partie par les tensions ethniques, mais aussi par une nouvelle donne, la composante religieuse. L'arrivée au pouvoir du président Djotida au printemps 2013 a entraîné un conflit interreligieux entre les musulmans et les communautés chrétiennes. J'ai l'impression que la situation actuelle illustre la vague d'islamisation qui envahit l'Afrique. Au-delà de ces considérations, il faut prendre conscience de la gravité de la situation. Même si le départ du président a été salué par des scènes de liesse, des tueries ont eu lieu dès le lendemain. Il y a de très nombreuses personnes déplacées non seulement à Bangui, dans la capitale, mais aussi à l'intérieur du pays.

Quel effet va avoir le récent départ du président Michel Djotida et de son premier ministre?

Il est trop tôt pour le savoir. L'assemblée transitoire s'attelle à élire un nouveau président, mais reste à savoir ce que va faire la Seleka, [une milice formée de musulmans] que dirigeait jusqu'à présent le président déchu. Ses membres armés continuent à circuler en électrons libres dans le pays. Un autre membre de la Seleka pourrait surgir et prendre le pouvoir, tandis que les partisans de l'ancien président, renversé par Djotida en mars dernier, sont toujours dans la nature. Une autre crise semble se préparer, encore difficile à décrypter. Les structures de l'État sont déliquescentes. Le nouveau président de la République bientôt désigné n'aura peut-être aucun ascendant sur les groupes armés en présence; la situation reste donc très critique. Jusqu'à quand les forces armées étrangères comme celles de la France et de la MISCA vont-elles devoir rester en Centrafrique? Cela s'apparente à la réalité de nombreux autres pays africains qui ne disposent pas d'une véritable armée républicaine n'ayant de compte à rendre qu'aux institutions et non aux individus, ce qui cause l'instabilité dans une grande partie de la région. Même le président tchadien Idriss Déby, qui se présente comme un sapeur-pompier dans cette affaire, est un ancien rebelle. Aussi longtemps qu'il existera des chefs d'État qui parviennent au pouvoir par les armes, même s'ils légitimisent ensuite leur pouvoir par des élections partisanes, la situation restera instable.

Les tensions en Centrafrique risquent-elles de déstabiliser les pays voisins comme le Soudan ou le Tchad?

La déstabilisation se fait sentir dans les pays voisins, confrontés à des rébellions internes. Juste à côté, la République démocratique du Congo en pâtit déjà. Le 7 janvier dernier, le responsable du Haut Commissariat aux réfugiés indiquait que 50 000 réfugiés centrafricains se trouvaient dans le Nord du pays. Une population très difficile à atteindre, compte tenu de l'impraticabilité des routes dans cette partie du monde. Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des membres des différents groupes rebelles agissent comme des mercenaires. Ils n'hésitent pas à intervenir dans les conflits des pays où ils trouvent refuge. Pour améliorer la situation, je pense qu'il faut absolument que tous les pays africains aux prises avec des rébellions internes ou externes s'ouvrent au dialogue. C'est la seule solution. Les citoyens de ces pays doivent se regarder en face. Après tout, c'est la population qui en subit les conséquences, alors qu'elle n'a pas de contrôle sur les agissements des leaders et ne maîtrise aucunement les tenants et aboutissants de ces rébellions.

Source: Le Fil

http://www.lefil.ulaval.ca/articles/trois-questions-pascal-kapagama-35513.html