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Nouvelles

La démocratie: un régime à la mode

28 janvier 2014

Qu'il s'agisse de la Révolution des roses en Géorgie en 2003, de la Révolution orange en Ukraine en 2004 ou du Printemps arabe dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient en 2011, jamais la démocratie n'aura autant été au goût du jour que dans les années 2000. Selon François Gélineau, professeur au Département de science politique, l'engouement pour ce type de régime politique s'inscrit dans une tendance forte observée depuis les années 1970 dans le monde. «En 1974, rappelle-t-il, les démocraties ne représentaient qu'environ 30% des régimes politiques en place. On avait alors une majorité de dictatures. Aujourd'hui, la démocratie est devenue le seul modèle de référence dans la majorité des États souverains.»

Cet hiver, aux Hautes Études internationales, François Gélineau donne un nouveau séminaire pluridisciplinaire sur le thème de la démocratie dans l'environnement international. Selon lui, la remarquable progression de l'idéal démocratique depuis une quarantaine d'années repose en grande partie sur la victoire du système capitaliste sur le système communiste au terme de la guerre froide. «La chute de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), en 1991, a consacré l'échec du modèle communiste, dit-il. Le modèle occidental, fait de démocratie et de capitalisme, a par la suite été adopté par plusieurs pays, notamment ceux qui voulaient se défaire du caractère totalitaire du modèle soviétique.»

Rappelons qu'une société démocratique se caractérise notamment par la tenue d'élections libres à suffrage universel, par des droits individuels et par des libertés, comme la liberté de parole. Or depuis les années 1970, de nombreux régimes de type hybride, caractérisés par un mélange de pratiques démocratiques et autoritaires, ont vu le jour. «La qualité du fonctionnement de plusieurs de ces démocraties émergentes demeure imparfaite», indique-t-il.

Freedom House, une organisation non gouvernementale indépendante américaine, évalue à 118 le nombre de démocraties électorales dans le monde en 2012. Ce chiffre représente 60,5% du nombre total de pays. Durant la même période, Freedom House comptabilise 90 pays «libres», 58 «partiellement libres» et 47 «non libres».

«Le cas de la Russie est intéressant, souligne François Gélineau. Au lendemain de la chute de l'URSS, en 1991, ce pays s'est vu accolé le titre de pays libre. Mais il a régressé depuis. La Russie est aussi un exemple de régime hybride ou à zones grises. On y tient des élections législatives avec une pluralité de partis. Mais plusieurs mesures adoptées par le gouvernement russe vont à l'encontre des principes démocratiques fondamentaux. La liberté de la presse est de plus en plus remise en question. Et on reproche à l'État russe une certaine dérive autoritaire.»

Des reculs sont possibles lorsque les institutions démocratiques ne sont pas encore bien consolidées. «Le contexte crée des ouvertures pour des pratiques populistes, affirme le professeur. Des politiciens vont faire de grandes promesses démesurées. On va promouvoir des idées plus dogmatiques, plus faciles à vendre.»

Le professeur Gélineau croit que les démocraties émergentes ont comme plus grand défi l'apprentissage du fonctionnement de la démocratie. «Elles doivent aussi développer leur confiance envers les institutions», poursuit-il. Selon lui, une démocratie émergente sera consolidée lorsque tous les acteurs politiques, partis comme citoyens, accepteront de jouer le jeu démocratique et continueront à le jouer en dépit notamment d'une défaite électorale. «Un parti politique qui va perdre aux élections, parce qu'il a suffisamment confiance envers les institutions et qu'il croit en ses chances, va continuer à militer afin d'être présent aux élections suivantes», explique-t-il. Il ajoute que le principal questionnement au sujet des jeunes démocraties concerne la stabilité de la qualité de la démocratie. Un éventuel recul peut affecter la liberté des personnes ou des enjeux comme la liberté de la presse et l'équité du financement des partis politiques.

L'exemple du Venezuela est instructif à ce chapitre. Ce pays d'Amérique latine a connu pendant une quarantaine d'années un régime de nature démocratique. Les choses ont commencé à se détériorer dans les années 2000 sous la gouverne d'Hugo Chávez. Il y a eu des atteintes à la liberté de la presse. Des accusations de fraude ont été faites en périodes électorales. «Ces détériorations ciblées sur certains enjeux ne sont pas uniques au Venezuela», précise-t-il.
François Gélineau estime qu'on ne peut parler de la démocratie comme d'une fin en soi qu'on atteint et qui demeure à jamais. «Même dans une démocratie de longue date et bien établie comme le Québec, dit-il, on constate, à la lumière des récents scandales de corruption et d'infiltration du crime organisé dans l'octroi de contrats privés et de financement des partis politiques, que la démocratie n'est pas un système parfait, mais toujours perfectible.»

Source: Yvon Larose, Le Fil