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Nouvelles

La cour d’école, bastion de l’homophobie

24 février 2014

La moitié des jeunes de 14 à 21 ans issus de la « diversité sexuelle » disent subir de l’intimidation. Dans 88 % des cas, cette intimidation se déroule autour de l’école.

Les jeunes gais, lesbiennes, bisexuels ou transgenres, de 14 à 21 ans, sont toujours sept fois plus à risque d’avoir des comportements suicidaires que le reste de la population.

La moitié d’entre eux disent subir de l’intimidation, quelquefois ou souvent, et dans 88 % des cas, cette intimidation se déroule autour de l’école. L’intimidation se traduit en premier lieu par des propos haineux, mais aussi par l’atteinte à la réputation, l’intimidation et les menaces, et la violence physique.

C’est ce dont témoigne une enquête menée par l’équipe de Michel Dorais, de l’École de service social de l’Université Laval, auprès de 250 jeunes de la « diversité sexuelle ». Cette enquête est l’objet du livre De la honte à la fierté, publié chez VLB éditeur, qui sera en librairie le 12 février.

Pour Michel Dorais, ces données sont un peu décourageantes puisqu’elles révèlent que, malgré une évolution des mentalités, l’homophobie est toujours présente en milieu scolaire, 15 ans après qu’il eut publié son premier livre sur la question, Mort ou fif.

« La télé est plus progressiste que l’école », note-t-il.

Si l’école a bien mis en place des programmes pour contrer l’intimidation, elle ne cible pas particulièrement l’homophobie. « Les jeunes nous disent : “ on ne parle jamais de nous », dit-il.

Pour Michel Dorais, les adultes de la diversité sexuelle sont de nos jours mieux acceptés dans la société, mais ça n’est toujours pas le cas des jeunes. « On est comme dans un système à deux vitesses, remarque-t-il. On dirait que l’école n’embarque pas là-dedans [la lutte contre l’homophobie]. »

Les données récoltées par l’équipe de Michel Dorais notent que les jeunes découvrent leur orientation de plus en plus tôt, soit entre 10 et 14 ans, les garçons faisant cette expérience en général deux ans avant les filles.

« À cet âge, vous n’êtes pas équipé pour vous faire un plan B si, par exemple, vous êtes rejeté à la maison », dit-il.

La génération Internet et du « tout, tout de suite » a aussi tendance à se dévoiler rapidement, dans une volonté « d’être authentique », entre autres sur les réseaux sociaux. « On veut être sincère et authentique, mais à 11, 12 ou 13 ans, on est peu équipé pour faire face à ce sujet. » Les premiers rapports surviennent quant à eux vers l’âge de 15 ans.

En comparaison, les garçons et les filles de France révèlent beaucoup plus tardivement leur orientation sexuelle à leurs proches, soit entre 17 et 21 ans.

En général, les réactions de la famille au moment de l’annonce de l’orientation sexuelle de leurs proches sont plutôt positives. « Les parents québécois rejettent moins si on compare aux parents américains ou aux parents français, et quand ils rejettent, c’est souvent pour des motifs religieux. »

Mais ce sont les filles qui font face au plus grand nombre de réactions négatives lorsqu’elles dévoilent leur orientation sexuelle à leurs proches.

« Deux choses sautent aux yeux : les parents réagissent plutôt bien à cette nouvelle, mais, importante nuance, ceux qui réagissent mal le font davantage envers leurs filles, puisque les réactions négatives sont deux fois et demie plus nombreuses à leur égard », écrit Michel Dorais.

Pourtant, curieusement, dit-il, si les filles vivent plus de rejet, elles regrettent rarement de s’être révélées. Ce qui n’est pas le cas des garçons. Les garçons, note-t-il, ont un réseau d’amis moins importants, et se sentent moins soutenus, une fois le « coming out » fait.

La revanche des berceaux

Signe des temps, les jeunes de la « diversité sexuelle » souhaitent plus que jamais se marier et avoir des enfants. 70 % des répondants de l’enquête de Michel Dorais ont en effet dit souhaiter épouser un jour une personne de même sexe, en union civile ou en mariage civil.

« Un peu plus de filles, 73 %, songent à se marier que de garçons (65 %) », remarque-t-il.

Non seulement sont-ils nombreux à vouloir s’unir, mais ils sont aussi majoritaires à vouloir avoir des enfants. 68 % des répondants ont en effet dit vouloir fonder une famille.

« Et il semblerait que la paternité soit tout aussi attrayante que la maternité, puisque presque autant d’hommes (66 %) que de femmes (70 %) aimeraient un jour être parents », lit-on dans le livre. C’est une revanche potentielle des berceaux dont Michel Dorais se réjouit.

Selon des études citées par Dorais, les enfants de familles homoparentales se développent aussi bien que ceux qui grandissent dans des familles hétéroparentales, même s’ils sont parfois stigmatisés, c’est-à-dire étiquetés comme marginaux parce que leurs parents sont un couple de même sexe.

Selon Dorais, « plus on verra de couples et de familles non traditionnelles, plus ces réalités deviendront banales, en quelque sorte. Et c’est notamment ce que nos jeunes répondants souhaitent ».

Source: Le Devoir