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Nouvelles

3 questions à Yves Hallée sur la politique de l'itinérance

11 mars 2014

Fin février, le gouvernement du Québec lançait sa politique sur l'itinérance attendue depuis plusieurs années. Une initiative saluée par de nombreux organismes communautaires qui viennent en aide aux itinérants. Cette politique laisse cependant un peu sur sa faim Yves Hallée, professeur au Département des relations industrielles. Il dirige une équipe de recherche sur l'intégration socioprofessionnelle des personnes en situation d'itinérance.

Quel effet pourrait avoir cette politique sur l'itinérance?

Beaucoup de travail a été déjà effectué pour formuler des intentions et des axes d'intervention lors des nombreuses discussions au sein de groupes interministériels depuis près de dix ans. Il faudra cependant concrétiser le tout par un plan d'action fonctionnel. Pour l'instant, la politique fait état des différents visages de l'itinérance, et évoque la dimension d'action collective des différentes institutions à l'aide à l'itinérance, ce qui me semble très important. La politique met surtout l'accent sur le logement, mais cela ne suffit pas [Le gouvernement a annoncé la construction de 3250 logements sociaux dont 500 seraient réservés à des itinérants]. Il faut aussi assurer un accompagnement des itinérants en ne négligeant pas le réapprentissage des règles de vie à assurer en parallèle. L'approche gouvernementale se concentre aussi sur les problèmes de santé mentale qui affectent de 30 à 50% de la population itinérante, mais j'ai peur qu'on oublie l'autre moitié, d'autant plus que le dossier est piloté par le ministère de la Santé et des Services sociaux. D'autre part, certains axes d'intervention souffrent selon moi d'un manque de recherche, notamment le volet concernant l'employabilité. Les expériences menées sur le terrain avec les organismes communautaires ne sont pas mentionnées, alors qu'on parle de sortie de l'itinérance.

 Quels sont les exemples d'intégration favorisée par l'insertion professionnelle?

Notre équipe documente depuis 2012 certains parcours d'insertion socioprofessionnelle en s'intéressant à l'inclusion plutôt qu'à l'exclusion. Des organismes communautaires mènent des expériences d'insertion en emploi de façon progressive, en travaillant avec des entreprises qui acceptent d'intégrer des personnes en situation d'itinérance. Une sélection est faite pour trouver des gens aptes à travailler qui, progressivement, apprennent ou réapprennent les règles nécessaires. Certains réussissent à sortir de l'itinérance grâce à des programmes comme celui mis en oeuvre par la Société de développement social de Ville-Marie, dans le centre-ville de Montréal. Cet organisme joue un rôle d'entremetteur entre les organismes communautaires d'hébergement et les entreprises pour que ces deux mondes se parlent. Le programme mise beaucoup sur le suivi personnalisé, la réinsertion progressive à l'emploi. Certaines expériences d'intégration réussissent, que ce soit avec des entreprises d'entretien ménager, multimédia ou de revitalisation de quartiers. On pourrait citer le cas d'un itinérant, une personne immigrante de 55 ans, devenu adjoint au directeur qui l'a embauché. Certaines entreprises, qui côtoient l'itinérance sur leur parvis, prennent conscience désormais de leur responsabilité sociale. Bref, cela peut créer un phénomène d'entraînement.

Peut-on s'inspirer des expériences menées à l'étranger pour lutter contre l'itinérance?

Certaines études européennes mettent en lumière des actions qui visent l'intégration socioprofessionnelle. On peut donc apprendre de pratiques novatrices de l'extérieur, même s'il faut s'adapter à la réalité propre à chaque société. Au Québec, par exemple, on doit prendre en compte la question des personnes autochtones itinérantes, qui se conjugue souvent à l'alcoolisme. D'un pays à l'autre, on trouve cependant certains facteurs structurels expliquant l'itinérance, qu'il s'agisse de l'économie, du prix du logement, de la pauvreté. La précarisation du travail constitue un des multiples freins à l'intégration, tout comme la difficulté à accéder au marché du travail surtout pour les personnes qui ont peu de compétences, ou l'obsolescence toujours plus rapide des connaissances. Tout cela montre qu'au-delà de l'itinérance, nous faisons face à une montée de l'exclusion alors que, depuis 20 ans, notre économie est en croissance. Cette richesse ne profite-t-elle qu'aux mieux nantis? Selon moi, l'itinérance traduit la perte de nos valeurs, dont la solidarité.

Source: Le Fil