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Nouvelles

Trois questions à François Gélineau

13 mars 2014

Par Pascale Guéricolas
Journal Le Fil

La tension monte au Venezuela en proie depuis le début février à d'intenses manifestations qui ont déjà fait une vingtaine de morts. La situation économique catastrophique de ce pays semble jouer un rôle important dans cette crise comme l'explique François Gélineau, un professeur au Département de science politique qui connaît bien la région.
 
Quelles sont les motivations des manifestants qui s'opposent à leur gouvernement?
Pour mieux comprendre, il faut revenir sur les événements des 18 derniers mois. Rappelons-nous les résultats de l'élection présidentielle de l'automne 2012, que Chavez a remportée avec 55,1% des suffrages. Il meurt quelques mois après et son dauphin, jusqu'alors vice-président, Nicolas Maduro, remporte l'élection avec 50,6% des voix. Troisième cycle électoral en 2013 avec les élections municipales: le parti du gouvernement remporte 72% des municipalités, mais avec seulement 49% des suffrages. Cela illustre la profonde division politique du Venezuela. D'autre part, le pays vit une grande crise économique. Son inflation était évaluée à environ 56% en 2013, soit la plus haute parmi les pays de la région. Pendant ce temps, le Venezuela est aux prises avec une pénurie de produits de base, notamment dans les magasins d'État mis en place par Hugo Chavez. Certains services, comme l'aqueduc et l'électricité, connaissent plusieurs interruptions, ce qui provoque beaucoup d'insatisfaction dans la population. S'ajoute à toutes ces difficultés une insécurité croissante depuis la fin des années 1990, surtout dans la capitale, Caracas, alors que la situation s'améliore dans les pays voisins.
 
Le régime politique en place peut-il survivre à la disparition d'Hugo Chavez?
Certains semblent penser que, comme en Égypte ou en Ukraine plus récemment, il suffit de mettre de la pression sur le gouvernement pour qu'il tombe. Cependant, l'opposition est divisée dans l'approche à suivre pour lutter contre le pouvoir en place. D'un côté, le candidat défait à l'élection de 2013, Henrique Capriles, illustre la modération: il a toujours appelé ses troupes à éviter la confrontation, tandis que Leopoldo Lopez a adopté la ligne dure. Il est d'ailleurs en prison depuis quelques semaines. Il faut savoir aussi que le président Maduro n'a pas le charisme d'Hugo Chavez, et qu'il a durement réprimé les manifestants. L'ampleur de cette répression, au début, en a incité plus d'un à sortir dans la rue pour appuyer le mouvement. Cependant, le pouvoir ne repose pas seulement sur Maduro, et le projet chaviste a eu le temps de s'enraciner dans plusieurs segments de la société. On parle beaucoup de Diosdado Cabello comme successeur possible, un personnage très coloré qui préside l'Assemblée nationale. Au lendemain de l'élection présidentielle de 2013, il a usé de son pouvoir pour exclure les députés qui ne voulaient par reconnaître les résultats du scrutin.
 
Comment expliquer l'effondrement actuel de l'économie d'un pays qui dispose de revenus pétroliers aussi importants?
Le Venezuela se prive de revenus en subventionnant le carburant pour ses citoyens: faire le plein ne coûte que quelques centimes là-bas. De plus, il exporte son pétrole à bas prix dans des pays amis comme Cuba ou la Chine. La situation ressemble un peu à celle en vigueur dans l'ancien bloc soviétique, où les gens faisaient la queue pour obtenir des biens de base même si les pays étaient très riches, mais mal gérés. Sans oublier l'existence du patronage politique et un manque de transparence effroyable. On ne sait pas où vont les profits du pétrole. En plus, le gouvernement alimente l'inflation en contrôlant les devises. Certains importateurs de biens de consommation bénéficient d'un taux préférentiel, tandis que les gens qui ont un peu de capital le placent à l'étranger. Cela a un effet spéculatif sur la devise qui fait augmenter les prix. Pour l'instant, il est difficile de prévoir l'avenir. Tant et aussi longtemps que le gouvernement pourra compter sur l'appui de l'armée, Maduro va rester au pouvoir, car les pays voisins n'interviendront pas. L'Organisation des États américains a plaidé pour la discussion, mais sa constitution lui interdit d'aller plus loin. Tout repose donc sur les épaules du président. Nicolas Maduro doit évaluer  la situation et jauger jusqu'à quel point il doit réprimer ou encore montrer de l'ouverture.