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Nouvelles

Un grand vide

10 avril 2014

«Cette crainte de se laisser approcher…  C'est une chose de dire que je suis capable d'aimer, c'est autre chose de dire que je suis capable de me laisser aimer.» La phrase provient de Jeanne (nom fictif) dont le père est décédé alors qu'elle n'avait que 4 ans. Cette épreuve lui a appris très jeune qu'une personne qu'on aimait de tout son coeur pouvait disparaître du jour au lendemain. Inconsciemment peut-être, Jeanne a toujours maintenu une certaine distance avec les autres, par peur de voir ceux qu'elle aimait lui être enlevés un jour. Même chose pour Lucie (nom fictif) qui a perdu très jeune son frère et pour qui s'investir auprès de nouvelles personnes et créer des liens durables n'a jamais été facile. La peur de revivre des émotions douloureuses liées à la perte est inscrite en elle, à vie.

«Le deuil vécu dans l'enfance laisse des traces indélébiles, un peu comme un tatouage sur la peau», dit Justine Mc Hugh, dont le mémoire de maîtrise en service social porte sur l'influence du deuil chez des adultes ayant connu cette épreuve. Aux fins de son étude, la travailleuse sociale a rencontré six hommes et six femmes endeuillés avant l'âge de 12 ans, que ce soit d'une mère, d'un père, d'une soeur ou d'un frère.

À côté des personnes qui vont craindre de s'attacher ou de s'engager, d'autres vont plutôt valoriser les relations humaines dans leur vie à cause justement de sa fragilité, rapporte Justine Mc Hugh. «Les gens sont précieux, on ne sait pas ce qui peut arriver demain», confie une répondante. Chez d'autres encore, l'immense besoin d'affection va entraîner un désir d'exclusivité, que ce soit sur le plan amical ou amoureux, de même qu'une recherche de sécurité. Ce qu'ils n'ont pas eu dans leur enfance, ils vont tenter de le trouver à l'âge adulte.

Le deuil influence également le parcours scolaire, mais pas toujours négativement. Par exemple, une jeune femme endeuillée de sa mère à l'âge de 9 ans a souligné que l'expérience l'avait incitée à mettre les bouchées doubles à l'école. Adolescente, elle avait entendu son entourage soulever des doutes sur ses capacités à continuer d'obtenir de bons résultats en raison de l'épreuve vécue. Ces commentaires ont agi sur elle comme un véritable coup de fouet. Quant au choix d'une profession, plusieurs répondants ont mentionné que leur besoin de trouver des réponses à la vie et à la mort les avait peut-être incités «à placer l'humain au centre de leur travail».

Par ailleurs, la plupart des participants ont le sentiment d'avoir été mis de côté lors de la mort de leur proche. Le flou maintenu autour des circonstances du décès ou encore l'absence d'explication sur la mort ou le deuil a contribué à alimenter la confusion. «On sous-estime grandement l'effet que peut avoir la mort d'un proche sur un enfant, dit Justine Mc Hugh, travailleuse sociale à Deuil-Jeunesse. Contrairement à l'adulte, il ne comprend pas totalement ce qui lui arrive. Il peut continuer à jouer, à faire comme s'il n'était pas affecté, alors qu'à l'intérieur, il vit beaucoup d'émotions. En tant qu'adulte, il ne faut pas avoir peur de lui parler et de l'inciter à parler de ce qu'il ressent.»

Justine Mc Hugh révèle que plusieurs personnes ont trouvé difficile de grandir avec le «souvenir raconté» de la petite soeur ou du petit frère décédé. «Comme elles ne l'avaient pas connu, elles ne pouvaient s'appuyer sur rien, dit-elle. D'où la sensation de grand vide qui les envahissait parfois.»

Source: Le Fil