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Nouvelles

Sorray, le retour au monde

20 mai 2014

Le sociologue Gérard Duhaime est l'auteur d'un premier roman, Sorray, le retour au monde, dans lequel il présente le Nunavik comme une société en mouvement

Il y a longtemps que Gérard Duhaime portait ce roman en lui. Le titulaire de la Chaire de recherche sur la condition autochtone comparée séjournait seul à la station du Centre d'études nordiques à Kuujjuarapik lorsque s'est produit le déclic, il y a dix ans. «En écoutant le gérant de la station, un géologue, me raconter ses missions d'exploration dans le Nord, j'ai eu un choc et un tourbillon», raconte-t-il. Toutes les images que j'avais collectionnées lors de mes rencontres sur le terrain avec les Inuits ayant vécu la sédentarisation se sont mises en ordre. Je savais la structure de l'histoire et j'étais prêt à écrire», se rappelle le sociologue qui travaille depuis 35 ans auprès des peuples nordiques, et plus particulièrement auprès de ceux du Nunavik qu'il connaît intimement.

Or l'aventure de l'écriture romanesque n'a pas été de tout repos pour le sociologue rompu à la rédaction scientifique. «Il m'a fallu réapprendre, avoue cet amoureux de théâtre qui a écrit et joué des pièces et qui, dans une première vie, a été journaliste au Progrès du Saguenay. «Écrire un roman demande une rigueur tout aussi grande que lorsqu'on rédige des travaux scientifiques, affirme-t-il. J'ai pris le temps qu'il fallait pour le faire… dix ans.»

Son roman, Sorray, le retour au monde, brosse le portrait d'une communauté nordique. Lucassi, un homme bon qui tient le magasin général d'un village inuit, prend sous son aile Willie, un enfant fragile, orphelin de mère et dont le père est en prison. L'arrivée d'une botaniste, Sorray, venue herboriser dans la région, vient changer la vie des deux hommes, tout particulièrement de Willie, qui reprend goût à la vie en s'attachant aux pas de cette scientifique cherchant à comprendre les changements survenus dans la flore nordique. Pivot du récit, Sorray parvient à se faire accepter de la population, à tisser des liens étroits avec certains de ses habitants et à faire bénéficier la communauté de son savoir.

«J'avais un fil conducteur, le fait que la science finit par servir à quelque chose», souligne Gérard Duhaime, qui a visiblement transposé l'idéal qui l'anime à Sorray. «Je me fais un devoir de vulgariser pour les gens là-bas, pour permettre d'améliorer la condition de vie des plus pauvres. Je crois à la transformation par l'éducation, par la valorisation de l'école. Comment faire tant que tu ne sais pas que la connaissance existe?», lance ce chercheur qui s'intéresse notamment à l'incidence de l'économie sur la transformation du mode de vie ainsi qu'au surendettement des ménages.

Pour expliquer la déroute et la quête de sens de ces communautés, il rappelle la transformation récente de cette société qui a connu l'implantation des écoles et des services sociaux il y a 50 ans seulement. L'arrivée soudaine de ces institutions, qui se sont surimposées aux leurs, a exigé des Inuits de grands efforts d'adaptation culturelle.

Son roman est traversé par les problèmes criants vécus par les communautés nordiques, tels la violence conjugale, l'alcoolisme et le suicide, mais s'attarde aussi à leurs côtés plus lumineux: sagesse des anciens, traditions vivantes, connaissance du territoire et volonté de s'en sortir. «Ça fait 35 ans que je vais là et je ne suis pas pessimiste. Le discours de culpabilité des Blancs y est très marginal. Nous sommes à un point d'ébullition: le mouvement coopératif est très vivant et l'économie sociale qui se développe change tout», dit-il en donnant l'exemple d'un projet de cuisine collective qui vient de voir le jour.

Loin des clichés, son livre reflète les espoirs et les changements de mentalité en cours dans cette région isolée d'une poignante beauté. «En l'écrivant, j'ai obéi à une pulsion, déclare-t-il. J'avais l'espoir que les gens avec qui je travaille le lisent. Je voulais leur montrer le chemin qu'ils ont parcouru depuis qu'ils ont pris la résolution de s'aider eux-mêmes.» Gérard Duhaime cherche d'ailleurs à faire traduire son livre en anglais afin de le rendre plus accessible aux Inuits. Et il annonce un deuxième tome qui, promet-il, n'arrivera pas dans dix ans!

Source: Le Fil