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Nouvelles

Les victimes de fraudes économiques

12 juin 2014

Dans l'histoire récente du Québec, le PDG de la société d'investissement Norbourg, Vincent Lacroix, et le conseiller financier Earl Jones ont fait les manchettes. Et pour cause. Le premier a subtilisé 115 M$ à près de 9 200 clients de sa société. Le second a volé plus de 50 M$ à 158 personnes qu'il connaissait et dont il devait faire fructifier les avoirs.

Ces types de fraude sont très médiatisés à cause de leur côté spectaculaire. Mais derrière elles se profile une multitude de fraudes «ordinaires» qui touchent chaque année un grand nombre de Québécois.

«Les victimes de crimes économiques sont passablement négligées par la communauté scientifique, contrairement aux victimes de crimes dits violents, explique Catherine Rossi, du programme de criminologie de l'École de service social. Ce qui fait que les données disponibles ne permettent pas de dresser un profil type de ces victimes.» Selon elle, on sait toutefois que les principales victimes ont de 20 à 40 ans et que les pertes financières, la plupart du temps, s'élèvent à moins de 1 000$. On sait également que les femmes sont aussi touchées que les hommes.

Le lundi 26 mai, au pavillon La Laurentienne, la professeure Rossi a brossé un portrait global des connaissances existantes en matière de victimisation économique. Elle a fait son exposé lors de l'École d'été sur la criminalité économique, une activité organisée par le Centre d'études en droit économique. Selon cette spécialiste des victimes, les types de fraude plus ordinaires se font notamment par le télémarketing, les fausses réclamations et le vol de cartes de crédit. Il y a aussi l'exploitation financière des aînés.

«Il ne faut pas oublier qu'en criminalité économique, les personnes âgées sont majoritairement “flouées” par leurs proches, leur famille ou par des personnes en qui elles ont confiance», indique Catherine Rossi. Un aîné est victimisé lorsqu'un proche encaisse un chèque à sa place, lorsqu'on imite sa signature ou lorsqu'on lui fait signer un document qu'il ne comprend pas. «Et si l'aîné dénonce son fraudeur, dit-elle, cela risque de faire en sorte que le reste de la famille réagisse mal. L'aîné peut être isolé encore plus, mis sous tutelle forcée ou mis en établissement sous prétexte qu'il a des problèmes de santé mentale. On peut lui reprocher d'“inventer” sa victimisation. Une grande prudence est donc de mise.»

Les victimes de crimes économiques ne sont pas que des individus. Il y a aussi des entreprises dont les fonds peuvent être détournés par un employé malhonnête. Selon Catherine Rossi, les conséquences sont nombreuses. «Les statistiques indiquent que le fraudeur est souvent démasqué et congédié, souligne-t-elle. Mais le fonctionnement de l'entreprise s'en trouve déséquilibré. Elle doit refaire sa crédibilité auprès de ses clients. Elle doit aussi mettre en place une série de mesures, notamment un système de protection.»

Au Québec, il existe certains fonds d'indemnisation pour les victimes de crimes économiques. Mais leur accès s'avère difficile et limité. Quant à ceux qui ne sont pas protégés par de tels fonds, ils n'ont que peu, voire aucune possibilité de recouvrer leurs pertes. «À part quelques cas exceptionnels et très médiatisés, explique Catherine Rossi, je n'ai jamais entendu parler d'une situation de fraude pour laquelle les personnes victimes avaient récupéré l'ensemble de leur placement. Ça varie entre 2 et 30% à peu près, en moyenne.»

Comment peut-on améliorer la protection des victimes de fraude? Selon la chercheuse, il serait indispensable de repenser le soutien psychologique offert à ces personnes. Il faudrait également les aider dans leurs démarches de recouvrement. On pourrait aussi créer des fiches d'information des types de fraude classiques. «Un numéro de téléphone gratuit de prévention de la fraude pourrait servir à la personne qui aurait un doute sur la validité du voyage gratuit en Polynésie qu'elle vient de gagner, indique Catherine Rossi. Il pourrait aussi permettre de vérifier si l'entreprise qui promet monts et merveilles existe vraiment.»

Un jour, il faudra penser à une véritable indemnisation des victimes de fraude par un fonds d'indemnisation commun, solide et stable. «Mais cette question, affirme-t-elle, risque d'être complexe et fortement débattue. On n'arrive même pas à repenser l'indemnisation des victimes de crimes violents, alors…»

Source: Le Fil