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Nouvelles

L’éminent spécialiste québécois en matière d’analyse politique n’est plus

21 juillet 2014

L’éminent politologue Vincent Lemieux, l’un des pères de sa discipline au Québec, n’est plus. Cet expert, qui a contribué considérablement à la valorisation de la dimension scientifique de la politique, était également reconnu comme un grand pédagogue et vulgarisateur, ont souligné vendredi de nombreux collègues et anciens élèves.

« Vincent Lemieux a véritablement jeté les bases de notre discipline au Québec, a souligné le secrétaire général de l’Association internationale de science politique, Guy Lachapelle. Son idée marquante demeure la question des groupes et des mouvements sociaux, mais il s’intéressait à de nombreux champs de la science politique. »

Né à Lévis en 1933, Vincent Lemieux obtient une maîtrise en sciences sociales de l’Université Laval, avant de poursuivre ses études en France, d’abord à l’Institut d’études politiques de Paris, puis à l’Université de Paris, où il obtient son doctorat, pour sa thèse sur la parenté et la politique à l’île d’Orléans. Il devint professeur à l’Université Laval alors qu’il n’a que 26 ans, aux balbutiements de la Révolution tranquille. Il ne la quittera jamais, continuant même d’enseigner plusieurs années après sa retraite, gratuitement, pour le plaisir de transmettre son savoir.

Il est décédé vendredi matin, à l’hôpital Jeffrey Hale de Québec. Il y avait été hospitalisé cinq jours plus tôt, le jour de son anniversaire, à cause d’une pneumonie. L’homme de 81 ans laisse dans le deuil sa femme et six enfants, qu’il avait décrits comme étant « sa plus grande oeuvre » au lancement de l’un de ces derniers ouvrages. Il était l’auteur d’une vingtaine de livres.

« C’était un homme extrêmement capable, très rigoureux, mais qui parlait comme un véritable être humain, pas comme un professeur », se remémore le professeur émérite de l’Université Queen’s, à Kingston, John Miesel, qui a côtoyé de près M. Lemieux dans le cadre des travaux de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, avant de coécrire quelques ouvrages avec lui. « C’était aussi une vedette dans son champ d’expertise. Mais surtout pas une prima donna. »

Le professeur de science politique était devenu, avec les années, un véritable expert du Parti libéral, publiant de nombreux ouvrages au sujet de la formation politique, souligne son ancien collègue et patron, l’ex-doyen de la Faculté de sciences sociales de l’Université Laval — et actuel ministre libéral — François Blais. Tant en Europe qu’au Canada, de nombreux éléments de sa recherche ont été repris par d’autres, a-t-il rappelé en entrevue. « M. Lemieux appartenait à une génération de précurseurs, qui ont fait en sorte que la science politique se différencie de la sociologie. Avant sa génération, on parlait de politique, mais à l’intérieur des cours de sociologie. C’est devenu une science autonome grâce à des gens comme lui. [Leur objectif] était de réexaminer la politique de façon objective. »

Fédéraliste convaincu, M. Lemieux avait été désillusionné par l’échec des accords du lac Meech. « Le lac Meech, c’est le Canada qui dit non à ceux qui avaient dit oui au Canada lors du référendum de 1980 », avait-il alors déclaré lors d’une intervention remarquée.

Le décès de M. Lemieux survient alors que s’ouvre, ce samedi, le 23e Congrès mondial de science politique, à Montréal. L’organisme international devrait rendre un ultime hommage à cet intellectuel. Déjà, l’Association canadienne de science politique décerne tous les deux ans un prix Vincent-Lemieux à l’auteur de la meilleure thèse de doctorat en science politique soumise, en anglais ou en français, à une institution canadienne.

Source : Le Devoir