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Nouvelles

Les tournants de la vie

28 août 2014

Par Renée Larochelle, jounal le Fil

Quand on parle d'épreuves marquantes dans un parcours de vie, le divorce et la séparation arrivent souvent en tête de peloton. En appui à ce constat, voici les résultats d'une étude effectuée auprès de 504 adultes âgés de 20 à 84 ans de la ville de Québec à qui on a posé la question suivante: «Si vous considérez l'ensemble de votre vie, quels en ont été les principaux tournants?»

«Chez les 20 à 24 ans, le divorce des parents ou la séparation de leur propre couple était l'épreuve la plus souvent mentionnée», révèle Christian Bergeron, docteur en sociologie et responsable du volet canadien du programme de recherche international Changements et événements au cours de la vie (CEVI) qui a été mené dans une dizaine de pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Sud. «Après le décès d'un proche, le divorce (ou la séparation) était la deuxième expérience la plus mentionnée de la part des 35-39 ans, 50-54 ans et 65-69 ans. C'est seulement chez les personnes de 80-84 ans qu'elle s'avérait quasi absente parce que la plupart d'entre elles étaient mariées ou encore veuves.»

À partir des témoignages recueillis, et partant de l'hypothèse selon laquelle les épreuves représentent un moment fort de construction ou de reconstruction de l'identité, Christian Bergeron a écrit un livre paru récemment aux Éditions L'Harmattan. Le titre: L'épreuve de la séparation et du divorce au Québec. Invités à préciser comment ces expériences avaient changé leur existence, les participants étaient plusieurs à dire que l'épreuve avait éveillé en eux des forces insoupçonnées.

L'auteur donne l'exemple d'une jeune femme de 19 ans qui, après avoir connu une rupture amoureuse, a eu envie de tout laisser tomber. Pourtant, cette période s'est avérée la plus créative de sa vie. Après 23 ans de vie commune, une femme de 64 ans, âgée de 47 ans au moment du divorce, raconte que la solitude a été très lourde à porter, mais qu'elle a surmonté sa peine en s'impliquant auprès des jeunes et des personnes âgées de sa communauté. Un homme ayant divorcé et perdu son emploi la même année a souligné que ces difficultés l'avaient incité à se retrousser les manches et à se reprendre en main, en plus de lui donner plus de maturité. D'autres répondants étaient retournés sur les bancs d'école, chacun tirant des leçons de l'adversité.

«Que vais-je faire de ce qu'on a fait de moi?» interrogeait en substance Jean-Paul Sartre, rappelle Christian Bergeron. Car il est certain que des épreuves comme le divorce ou la séparation contribuent à forger notre identité. «L'individu doit, souvent seul, affronter, traverser et trouver un sens à ce type d'épreuves individuelles qui n'existait pas, au Canada, il y a à peine 45 ans, remarque le sociologue. Plus largement, chaque personne est porteuse d'une histoire qui l'individualise chaque fois davantage au fur et à mesure que les points de fragilisation et de bifurcation se multiplient. Ce qui est intéressant, c'est le sens que les gens accordent à leurs épreuves.»