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Nouvelles

Trois questions à Aurélie Campana

16 septembre 2014

Par Pascale Guéricolas, journal Le Fil

Réunis au pays de Galles début septembre, les 28 pays membres de l'OTAN, inquiets de la politique d'expansion de la Russie, ont notamment décidé de la formation d'une force d'intervention rapide de 5000 hommes pour intervenir dans les pays baltes et la Pologne. L'analyse d'Aurélie Campana, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme et professeure au Département de science politique.
 
Comment faut-il interpréter les récentes annonces de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) concernant l'Europe de l'Est?
On assiste actuellement à un repositionnement de l'OTAN vers les pays baltes et la Pologne ainsi que vers la Roumanie et la Bulgarie alors que, depuis 10 ou 15 ans, cette organisation avait quelque peu délaissé le théâtre européen. Jusque-là, la Russie était considérée comme un partenaire avec lequel on n'envisageait pas une confrontation. Il faut donc réorienter l'OTAN pour qu'elle devienne un outil de protection des États membres, en particulier ceux qui ont une frontière commune avec la Russie. Pas question cependant de se lancer dans une guerre contre Vladimir Poutine et d'envoyer des troupes au sol en Ukraine. Ce pays ne fait pas partie de cette alliance, notamment parce qu'il ne répond pas à certains critères en matière de respect des droits de l'homme. On n'abandonne cependant pas l'Ukraine à la Russie. L'OTAN va continuer à la soutenir diplomatiquement, et certains parlent aussi de livraison de matériel non létal, autrement dit pas des armes, mais des instruments de détection de radars, par exemple. Cela pourrait améliorer les capacités de l'armée ukrainienne, sachant qu'elle est très mal équipée, que sa chaîne de commandement est très faible et que ses officiers et soldats sont mal formés.
Qu'en est-il de l'action de l'OTAN contre la menace que représente l'État islamique en Syrie et en Irak?
Sa stratégie est très dépendante de celle des États-Unis et de sa coalition. Les États occidentaux ont été surpris par la fulgurance avec laquelle l'État islamique a progressé et s'est imposé en Syrie et en Irak. Ce qui paraît clair aujourd'hui c'est que, a priori, il n'y aura pas d'intervention directe au sol. Cependant, de très nombreux pays de l'OTAN ont annoncé l'envoi de conseillers militaires, de forces spéciales. Les États-Unis en auraient déjà 400 sur place, le Canada en enverrait quelques dizaines, tout comme la Grande-Bretagne et la France. Tout cela va nécessiter un rapprochement entre les ennemis d'hier et d'aujourd'hui, que l'on pense à l'Iran, la Syrie de Bachar el-Assad, la Russie. Il faudra voir quels contours prendra cette coalition, mais tout le monde s'accorde pour considérer l'État islamique comme une menace. Cela explique sans doute que les Occidentaux n'interviennent pas en Ukraine, car ils ont besoin de la Russie sur d'autres fronts, dont le Moyen-Orient. Le phénomène des jeunes français, britanniques, allemands radicalisés qui se rendent en Syrie et en Irak pour combattre aux côtés de l'État islamique inquiète beaucoup les gouvernements en Europe depuis un an. Ils ont peur d'une répétition de l'attentat qu'aurait commis un jeune français dans le Musée juif de Bruxelles en mai dernier. Le Canada prend également conscience de cette menace potentielle.
 
Au Pays de Galles, il a été question d'augmenter la contribution financière des États membres de l'OTAN. Est-ce réaliste?
Ces pays ont tous actuellement des difficultés économiques, et plusieurs ont très largement réduit leur budget en défense comme la France et le Canada. L'OTAN sollicite aussi les États d'Europe de l'Est, dont les armées ont été relativement délaissées dans les années 1990 et qui ont besoin de modernisation. L'effort demandé est donc bien trop important par rapport aux moyens des uns et des autres. Les gouvernements peuvent difficilement justifier des investissements massifs en défense auprès de leur opinion publique, alors que la conjoncture économique est catastrophique. Par ailleurs la Russie, même si elle a augmenté substantiellement son budget militaire, fait face à de très nombreux problèmes avec son armée, qu'il s'agisse de la chaîne de commandement ou de la sous-modernisation des équipements. Il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas de soldats de métier mais de conscrits. L'armée a beaucoup de mal à recruter des candidats professionnels. Son image est déplorable au sein de la population, notamment du fait de la violence qui règne entre les soldats et avec les officiers. Même si l'armée s'est modernisée depuis cinq ou six ans, c'est clair qu'elle ne fait pas le poids face aux armées de l'OTAN. Poutine le sait parfaitement; il n'est pas naïf.