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Nouvelles

L'enfer, c'est les autres

9 octobre 2014

Dans certains centres de détention, le harcèlement psychologique au travail est presque devenu la norme.

Paroles blessantes, insultes, menaces, blagues racistes ou sexistes, gestes vulgaires, fausses rumeurs, évitement, rabaissement, manque de reconnaissance: la liste des pratiques liées au harcèlement psychologique au travail est longue. Dans les centres de détention, où l'atmosphère est souvent très tendue, le phénomène est particulièrement présent entre les employés. La plupart du temps, le harcèlement psychologique n'est pas le fait d'un individu à la personnalité narcissique ou désireux d'asseoir son autorité, mais il provient de plusieurs personnes. Tant et si bien que le harcèlement devient presque la norme, ce qui pollue inévitablement le milieu de travail, en plus de menacer la santé physique et psychologique des victimes de harcèlement.

C'est l'une des conclusions à laquelle arrive Julie Dussault, dans sa thèse en sociologie. Aux fins de son étude, la chercheure a mené des entrevues individuelles auprès de vingt agents des services correctionnels, dix hommes et dix femmes, âgés entre 28 et 58 ans, comptant en moyenne quinze années d'expérience dans des centres de détention au Québec. Dix-huit de ces personnes disaient avoir été victimes de harcèlement psychologique, tandis que deux affirmaient en avoir été témoins.

«Ordinairement, des collègues ou des supérieurs agissent avec une sorte de complicité passive vis-à-vis du harceleur, explique Julie Dussault. Même s'ils savent que la situation est moralement inacceptable, la peur d'être victimes de harcèlement à leur tour s'ils parlent les incite à se taire ou à ignorer le problème. C'est la règle du "On trouve que tu as raison, on est avec toi, mais on ne fait rien". Il arrive aussi que les témoins participent activement au harcèlement, ce qui isole et marginalise davantage la victime.»

Le tableau n'est cependant pas entièrement sombre. Ainsi, certaines victimes vont demander de l'aide et en recevoir, à des degrés divers. Et si le soutien des collègues est toujours discret, voire absent, celui offert par les supérieurs hiérarchiques qui décident que les choses ont assez duré est souvent décisif. C'est le cas d'un employé harcelé qui, après avoir confié à un gestionnaire qu'il avait des idées suicidaires, a vu ce dernier lui mettre la main sur l'épaule et promettre de régler la situation, ce qui fut fait. D'autres n'ont pas été aussi chanceux: un individu venu raconter son histoire de harcèlement dans le bureau de son patron a vu ce dernier lui éclater de rire en plein visage.

Évidemment, tous les milieux de travail ne sont pas aussi à risque de baigner chaque jour dans le climat de violence, d'incivilité et de «petite tyrannie» que celui étudié par Julie Dussault. Néanmoins, toute organisation doit veiller au grain, argue-t-elle. «Chaque milieu de travail possède son niveau de tolérance, mais si on accepte les formes les plus bénignes de harcèlement psychologique, comme par exemple l'impolitesse ou les blagues sexistes ou racistes, les choses peuvent dégénérer.»

Pour éviter les glissements, Julie Dussault conseille l'intervention précoce. Les collègues qui sont témoins ne doivent pas hésiter à dénoncer la situation auprès du supérieur immédiat qui, lui, a le devoir de réagir rapidement et de redresser la barre, et ce, à un niveau considéré acceptable par et pour tous.
Source : Le Fil