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Nouvelles

Trois questions à Patrick Gonzalez sur le prix du pétrole

8 décembre 2014

La chute du prix du baril de pétrole, qui a perdu un tiers de sa valeur depuis cet été, surprend beaucoup de spécialistes. À la fin de novembre, les pays membres de l'OPEP, réunis à Vienne, ont convenu de ne pas limiter leur production, une mesure qui aurait pu aider les prix mondiaux à remonter. L'opinion de Patrick Gonzalez, professeur au Département d'économique et directeur du CREATE, le Centre de recherche de l'environnement, de l'agroalimentaire, des transports et de l'énergie.

De quelle façon peut-on expliquer un prix du pétrole aussi bas?
Les marchés de commodités comme le pétrole, le gaz, les métaux et le grain sont clairement déterminés par l'offre et la demande. Une baisse de prix s'explique donc par une hausse de l'offre, une baisse de la demande ou les deux à la fois, comme c'est le cas actuellement. De multiples facteurs ont peut-être provoqué cette brutale chute des prix, parmi lesquels l'anticipation. Certains avaient peut-être parié sur un prix plus fort au début de l'été à la suite de l'intervention de l'État islamique au Moyen-Orient. Ils prévoyaient une réduction de l'offre qui finalement ne s'est pas produite. D'autres facteurs ont aussi joué un rôle, comme le retour de l'Iran à un niveau de production comparable à celui d'avant les sanctions internationales. L'an dernier, le ministre iranien de l'industrie pétrolière, Bijan Namdar Zanganeh, a d'ailleurs déclaré à Vienne qu'en aucune circonstance son pays n'abandonnerait sa capacité de produire, même si le baril tombait à 20$. Les Iraniens se moquent donc manifestement du risque de chute des prix. S'ajoute également l'augmentation de la production aux États-Unis. Ce pays, qui importait 60% de son pétrole en 2005, contre 30% aujourd'hui, devrait être autosuffisant d'ici une quinzaine d'années. Tous ces événements, indépendants les uns des autres, vont tous dans le même sens: une hausse de l'offre. Quand à la baisse de la demande, on ne sait pas actuellement si l'on assiste à un ralentissement économique ou à une récession. La conjugaison de ces deux phénomènes provoque une chute assez rapide des prix qui fluctuent continuellement. 

Quelles conséquences va avoir cette baisse sur l'économie canadienne?
Ce n'est pas une bonne nouvelle; chaque fois que le prix du pétrole baisse, les Canadiens sont globalement moins riches. Avec le prix actuel du baril du West Texas Intermediate (WTI) en dessous de 70 dollars, il y a sans doute beaucoup de puits qu'on comptait creuser dans les prochains mois qu'on ne creusera pas. Cela va sans doute avoir des conséquences sur le budget du gouvernement du Canada, qui retire des redevances du pétrole. Toutefois, je ne crois pas que cela va être la catastrophe, car leurs économistes sont habitués à composer avec les hauts et les bas. À chaque boom pétrolier, on assiste à un afflux de travailleurs qui arrivent en Alberta et qui retournent chez eux quand les prix sont à la baisse. L'industrie pétrolière vit avec ce type de fluctuations. Il faut se rappeler que, pendant la décennie de 1980, le pétrole était à 20$ le baril, soit quatre fois moins cher qu'aujourd'hui en termes réels. Par ailleurs, la baisse du prix du pétrole peut favoriser les entreprises de distribution comme Walmart ou d'autres commerces de détail. Ces entreprises ont tellement de camions sur la route qu'une économie de carburant allège leurs factures. Cette diminution des coûts a donc une incidence sur la relance de l'économie. Si leurs affaires vont mieux, cela va peut-être atténuer les effets de la baisse du prix du pétrole.

Comment va évoluer le prix du pétrole dans les semaines à venir?
Je ne crois pas que le prix de cette ressource s'effondrera en-dessous de 60 dollars le baril. Ultimement, les coûts de production déterminent les prix. Or, le type de production a changé depuis les années 80. Il n'y a pas suffisamment de pétrole qui peut être produit à 20$ – comme c'est possible de le faire en Arabie Saoudite où les coûts d'extraction sont très bas – pour faire fonctionner la planète et les nouvelles sources de pétrole, qu'on n'arrête pas de découvrir, sont très chères à exploiter. Il faut se souvenir qu'au Canada certains projets ont été bloqués pendant très longtemps. Cela a pris des années avant qu'on développe la plateforme pétrolière Hibernia au large de Terre-Neuve, car, avec un baril à 20$, cela n'en valait pas la peine. C'est la même chose avec le pétrole de la mer du Nord ou du gisement Old Harry qui se trouve ici, dans le golfe du Saint-Laurent. Pour que le prix du baril reste très bas pendant très longtemps, il faudrait que l'économie mondiale soit déprimée et au ralenti sur une très longue période.

Article de Pascale Guéricolas, publié dans Le Fil, vol. 50 No 14, 4 décembre 2014