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Nouvelles

Le Canada ciblé par un djihadiste ontarien

8 décembre 2014

L’Ontarien John Maguire se serait converti à l’islam et radicalisé. Selon la GRC, il se serait acheté un billet d’avion d’aller simple pour la Syrie l’an dernier.

Il n’a que 24 ans, il les fait à peine. Ne l’appelez plus John Maguire. Depuis qu’il a quitté le pays pour lutter aux côtés du groupe État islamique, en Syrie, il se fait appeler Abou Anwar el-Canadi. « Le Canadien. » L’ex-étudiant de l’Université d’Ottawa, originaire de Kemptville, en Ontario, clame que ses compatriotes n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour les attentats terroristes de la colline parlementaire et de Saint-Jean-sur-Richelieu, dans une vidéo diffusée dimanche et attribuée au groupe État islamique (EI).

« Les opérations de notre Ahmed [Martin Couture] Rouleau de Montréal et le raid de la colline parlementaire ont été conduits en réponse directe à votre participation à la coalition de nations qui mènent une guerre contre le peuple de l’Islam », lance-t-il dans l’extrait de six minutes treize secondes diffusé dans les médias sociaux et les forums djihadistes, et attribué au groupe État islamique, invitant les « loups solitaires » à attaquer des cibles canadiennes.

Dans la mire de la GRC
John Maguire se serait converti à l’islam et radicalisé avant de disparaître dans la nature, rapporte le National Post, qui cite des amis et des membres de la famille du jeune homme, qui compte parmi les dizaines de Canadiens faisant l’objet d’une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Selon la police fédérale, le jeune homme se serait acheté un billet d’avion d’aller simple pour la Syrie l’an dernier.

Debout dans les ruines d’une zone non identifiée, el-Canadi avertit les Canadiens que la contribution du pays dans la coalition de lutte contre l’État islamique, en Irak notamment, va entraîner des représailles. Impossible de dire où, quand et dans quelles circonstances cette vidéo a été captée.

Le jeune homme à la jeune barbe clairsemée invite les Canadiens musulmans à passer à l’attaque contre leurs concitoyens, ou à quitter le pays. Aux autres, il suggère fortement de se convertir à l’islam.

« Faites vos bagages ou préparez vos engins explosifs, dit-il en anglais dans la vidéo, présentée avec des sous-titres arabes. Vous achetez votre billet d’avion ou vous aiguisez votre couteau. »

Comme plusieurs terroristes originaires de l’intérieur, Maguire a grandi comme un « Canadien typique, dit-il dans la vidéo. J’étais l’un de vous. J’ai grandi sur une patinoire et j’ai passé mon adolescence à gratter ma guitare. Je n’avais pas de dossier criminel. J’avais une bonne moyenne à l’université. Comment quelqu’un comme vous a-t-il pu en arriver où j’en suis ? J’ai accepté l’appel des prophètes et des messagers de Dieu. »

Les Canadiens qui s’obstinent à ne pas reconnaître Allah n’ont « absolument pas le droit de vivre paisiblement et avec un quelconque sentiment de sécurité »,alors que le Canada « mène à l’étranger des atrocités contre notre peuple, poursuit-il. Votre peuple sera ciblé comme vous avez ciblé le nôtre. »

À l’égard du gouvernement canadien, le jeune djihadiste déclare : « Plus vous laissez tomber de bombes sur notre peuple [en Irak], plus les musulmans vont se rendre compte et comprendre qu’aujourd’hui, sans l’ombre d’un doute, se joindre à la guerre sainte contre l’Occident et ses alliés à l’échelle de la planète constitue une obligation religieuse incontournable pour tout musulman. »

Le Canada a déployé six avions de chasse CF-18, un appareil de ravitaillement air-air et environ 600 membres des Forces armées au Moyen-Orient pour participer aux frappes aériennes contre le groupe armé État islamique. La motion adoptée par la Chambre des communes en octobre prévoit que la mission de combat pourrait durer jusqu’à six mois. Elle précise par ailleurs que le gouvernement ne déploiera pas de militaires dans le cadre d’opérations de combat terrestre.

Sans confirmer son authenticité ni y répondre directement, le ministre de la Sécurité publique Steven Blaney a réagi « à la récente menace contre le Canada » en fin de journée dimanche. Le terrorisme constitue « une menace réelle et sérieuse » pour les Canadiens, qui doivent redoubler de vigilance, selon lui.

« C’est pourquoi nous prenons part à la coalition qui mène actuellement des frappes aériennes contre [le groupe État islamique] et que nous appuyons les forces de sécurité en Irak dans leur lutte contre ce fléau terroriste. C’est également pour cette raison que nous travaillons avec détermination à améliorer les outils dont disposent les forces policières et le milieu du renseignement afin de mieux nous protéger », a déclaré le ministre par voie de communiqué.

Cette vidéo, tout aussi spectaculaire soit-elle, n’est pas la première du genre. En juillet, un homme originaire du nord de l’Ontario, qu’on croyait mort lors de combats en Syrie en 2013, a été vu dans une vidéo de propagande, appelant les Canadiens à se joindre au conflit. En septembre, un autre document de l’État islamique avertissait les Occidentaux, Canadiens y compris, qu’ils ne devraient pas se sentir en sécurité dans leurs chambres à coucher.

Envol du terrorisme intérieur
Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) — la CIA canadienne — estimait plus tôt à près de 130 le nombre d’extrémistes ayant grandi et été éduqués au Canada combattant aujourd’hui en Syrie ou en Irak, aux côtés du groupe armé État islamique ou d’autres groupes du genre.

Plus que jamais, le public canadien prend conscience de la menace posée par le terrorisme intérieur, juge le professeur de criminologie et auteur d’ouvrages sur le terrorisme et le contre-terrorisme Stéphane Leman-Langlois, de l’Université Laval. « Il y a tellement de membres de l’EI qui sont sur les médias sociaux, à titre personnel, en plus des opérations médiatiques du groupe, dit-il. L’EI juge qu’il s’agit d’une guerre de l’information et s’assure de diffuser son message. Ils sont en mesure de produire des vidéos hyper léchées qui glorifient certains actes. »

Impossible toutefois de dresser le portrait type du terroriste originaire de l’intérieur, même si Michael Zehaf-Bibeau, l’auteur de l’attentat meurtrier du 22 octobre, à Ottawa, Martin Couture-Rouleau, ayant tué un soldat à Saint-Jean-sur-Richelieu, et John Maguire partagent certains points communs : jeunes, solitaires, à la recherche d’une raison d’être. « Même si [les terroristes de l’intérieur] demeurent un phénomène très rare, on peut dire que ce sont bien souvent des gens qui, comme d’autres, vont vivre une crise identitaire et vont tenter de se rattacher à quelque chose, de trouver un sens. Ils vont se trouver mobilisés par le message de ce genre de groupe. Internet joue donc un rôle important d’information. Ils vont se chercher une vision du monde qui leur permet de s’expliquer pourquoi les choses sont ainsi. »

Article de Philippe Orfali, publié dans Le Devoir le 8 décembre 2014