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Nouvelles

Trois questions à Stéphane Leman-Langlois

16 janvier 2015

Par Pascale Guéricolas, journal le FIL

Les attentats à Paris ont déclenché une vague de solidarité dont l'ampleur surprend. Dans de nombreux pays dans le monde, et surtout à Paris, les citoyens ont marché ensemble pour condamner ces actes. Le regard de Stéphane Leman-Langlois, professeur à l'École de service social et directeur de l'Équipe de recherche sur le terrorisme et l'anti-terrorisme, sur ce mouvement qui se décline en trois mots : «Je suis Charlie».
Quel effet peut avoir un mouvement de masse comme «Je suis Charlie» pour prévenir d'autres actes terroristes?
Cela dépend du public qui est ciblé par ce mouvement. D'une part, les partisans de «Je suis Charlie» s'adressent aux Français moyens, aux Canadiens moyens pour exprimer leur désapprobation des attaques. Il s'agit ici de montrer un soutien à la liberté d'expression, qu'on juge attaquée. D'autre part, ces mêmes partisans s'adressent aussi aux musulmans extrémistes. Par contre, je ne pense pas que ce mouvement va changer les perceptions des terroristes ou de ces musulmans extrémistes. Ils étaient déjà déçus et mécontents qu'une grande partie de la population approuve la liberté d'expression. Ce mouvement ne fait que renforcer leur conviction que les Occidentaux sont des infidèles qui ne comprennent pas qu'on ne peut pas se moquer du Prophète ou de Dieu impunément. Et si des musulmans participent au mouvement «Je suis Charlie», les extrémistes vont penser qu'il faut les éduquer, leur montrer ce qu'est la vraie foi. Tout cela les conforte dans leurs idées sur la décadence des valeurs de l'Occident.
 
Selon vous, quelle va être la réponse des gouvernements à ces attaques?
Tout le monde affirme qu'on n'a pas peur du terrorisme, mais, en réalité, on a très peur. Déjà, en Grande-Bretagne, David Cameron a demandé plus de pouvoirs pour les services de sécurité. Certains pays, cependant, réagissent de manière différente. En Espagne, par exemple,  il n'y a pas eu de loi anti-terrorisme ni davantage de présence de l'armée dans les rues après l'attaque à Madrid, pourtant plus importante que celles de Londres et de Paris. En général, les mesures de sécurité sont contreproductives et elles contribuent à marginaliser des populations. De plus, bien souvent, les terroristes font valoir que ces mêmes pays qui se disent si amoureux de la liberté d'expression interdisent aux gens de soutenir les auteurs des attentats sur Twitter. En fait, les futurs événements vont largement dépendre des choix faits par les pays occidentaux dans les prochaines semaines et les prochains mois.
 
Existe-t-il des façons moins musclées de lutter contre le terrorisme?
On n'a pas beaucoup essayé les autres réponses possibles. Du côté diplomatique, le dialogue avec les pays musulmans s'effectue surtout avec les pays producteurs de pétrole. La diplomatie demeure une solution à long terme, dont les résultats sont plus flous et plus difficiles à expliquer à la population. Malheureusement, décharger trois tonnes de bombes contre Al-Qaïda au Yémen semble une solution plus facile à promouvoir auprès des gens, même si on sait déjà que ces bombardements n'auront aucun résultat. Étonnamment, pour les experts comme moi qui étudient le terrorisme, le nombre de terroristes n'est pas si élevé.