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Nouvelles

Trois questions à Jonathan Paquin

23 janvier 2015

Trois questions à Jonathan Paquin sur les blocages au Congrès américain

Dans son discours sur l'état de l'Union, le président américain a menacé d'imposer son veto afin de faire avancer ses réformes sociales. L'opposition des républicains, majoritaires dans les deux chambres, provoque d'âpres luttes politiques, ce qui retarde la mise en place des lois. Le regard de Jonathan Paquin, professeur en science politique, qui passe une année d'étude et de recherche à Washington, sur le campus de l'Université Johns Hopkins.

Quels sont les sujets sur lesquels les démocrates et les républicains du Congrès ainsi que la Maison Blanche ne s'entendent pas?
On peut citer la question de l'immigration, la loi sur l'assurance santé – c'est-à-dire l'«Obamacare» qui pose problème à un grand nombre de républicains –, sans oublier le projet d'oléoduc Keystone, qui permettrait au Canada d'acheminer son pétrole jusqu'au golfe du Mexique. La nouvelle Chambre des représentants, républicaine à 56%, l'a approuvé, et le projet Keystone devrait bientôt être étudié par le Sénat. Il faut savoir que plusieurs «climato-sceptiques» ont des postes clés dans cette chambre haute. Ils vont donc tout mettre en oeuvre pour faire dérailler le plan de lutte contre le réchauffement climatique du président. On assistera ainsi à un violent affrontement entre le Congrès, le Sénat et Obama, pour qui l'adoption d'une loi permettant la construction de l'oléoduc serait contraire au but qu'il poursuit: amener les États-Unis à consommer moins de pétrole et d'énergie fossile. Le président voit la fin de son mandat arriver et il cherche, de plus en plus, à laisser sa marque dans la lutte contre le changement climatique. J'ai donc l'impression qu'il a déjà décidé d'utiliser son veto si le nouveau Congrès approuve la construction de l'oléoduc. De toute façon, en bout de ligne, c'est le département d'État qui délivre le permis de construction.

Certains observateurs considèrent que la politique américaine n'a pas été aussi divisée depuis plusieurs décennies. Qu'en pensez-vous?
C'est vrai que la politique américaine semble très polarisée, en particulier depuis l'arrivée de Newt Gingrich comme président de la Chambre des représentants en 1995, très opposé aux politiques libérales du président Clinton. Les positions sont dogmatiques; on sent toute une philosophie derrière certaines positions du parti républicain, mais aussi derrière celles du parti démocrate. Il semble que ce soit une lutte sans merci entre deux visions de l'Amérique. Les citoyens et les contribuables font les frais de cette situation, car le Congrès a de plus en plus de difficulté à fonctionner et à voter des lois, ce qui déçoit les Américains. De plus, on observe, depuis le 3 janvier, que la question du veto présidentiel revient fréquemment. Par le passé, quand le président menaçait d'utiliser son veto, le Congrès modifiait ses projets de loi pour éviter un désaccord institutionnel. Actuellement, les représentants ne paraissent pas intimidés et ne semblent pas disposés à nuancer leur position, que ce soit à propos de l'oléoduc Keystone ou de l'«Obamacare». J'imagine que les républicains vont utiliser l'argument du veto présidentiel pour prétendre qu'on ne peut pas travailler avec un démocrate trop à gauche et contre le libre-marché, d'autant plus que tout le monde a les yeux rivés sur les élections de 2016. Il faut bien comprendre que le système politique américain, né d'un rejet de la tyrannie anglaise et de la concentration des pouvoirs entre les mains d'un monarque, s'appuie sur la division des institutions. Cela fonctionnait bien quand les États-Unis étaient en périphérie de l'ordre du monde. Par contre, le système n'est pas vraiment adapté pour faire face aux enjeux planétaires qui doivent être pris en compte par ce pays.

Malgré les divisions actuelles, quels sont les enjeux qui font consensus entre la présidence et le Congrès?
La cybersécurité rassemble les Américains. À la suite de la cyberattaque contre Sony et du détournement du compte Twitter de l'armée américaine par des membres de l'État islamique, la question du piratage devient plus importante. Les gens s'inquiètent d'une possible cyberattaque des terroristes contre une banque américaine, par exemple. À peu près toute la classe politique à Washington est d'accord pour adopter des lois plus restrictives visant à resserrer le système de sécurité et à surveiller davantage Internet pour identifier les menaces. Le scandale des écoutes électroniques de la NSA a montré qu'à peu près tout le monde pouvait être sur écoute, même Angela Merkel sur son téléphone portable. Le gouvernement fédéral américain est pratiquement en train de mettre sur pied un État policier. Cependant, toutes ces mesures en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme font consensus depuis une quinzaine d'années. Là où les deux grands partis ne s'entendent pas, c'est dans le domaine des questions sociales et environnementales.

Article de Pascale Guéricolas paru dans LeFil, vol. 50, No 17, le 22 janvier 2015