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Nouvelles

Trois questions à Aurélie Campana sur l'Ukraine

25 février 2015

Par Pascale Guéricolas, jounal le Fil
 
La situation reste toujours mouvante dans l'Est de l'Ukraine, alors que les présidents russe et français et la chancelière allemande, réunis à Minsk la semaine dernière, ont conclu un accord. Qualifié d'accord de la dernière chance, ce cessez-le-feu semble difficile à respecter, en particulier dans certaines régions ukrainiennes qui font l'objet de virulents combats. L'analyse d'Aurélie Campana, professeur au Département de science politique et spécialiste de l'ex-Union soviétique.
 
Quelles sont les chances de réussite de ce cessez-le-feu, considérant qu'un premier accord avait déjà été négocié à Minsk l'automne dernier?
Le retrait de l'armée ukrainienne de l'enclave de Debaltseve donne, dans cette région, l'avantage aux groupes séparatistes et constitue un revers pour l'armée ukrainienne. Toutefois, il renverse la dynamique qui prévalait depuis la signature du cessez-le-feu de Minsk 2, à savoir la persistance des combats dans cette zone stratégique. Il donne ainsi un répit à une population prise en tenailles et épuisée par les affrontements intenses des derniers jours. Reste à savoir si les séparatistes, forts de ce qu'ils interprètent comme une débâcle de l'armée ukrainienne, ne chercheront pas à profiter de cet avantage nouvellement acquis pour asseoir leur contrôle sur d'autres zones le long de la ligne de front. Autrement dit, le cessez-le-feu ne tiendra que si les parties en conflit affichent une véritable volonté politique de le respecter. Les prochains jours seront d'autant plus déterminants que si les belligérants sont tenus de retirer leurs armes lourdes de la ligne de front, les troupes peuvent, quant à elles, conserver leurs positions. Dans une telle configuration, une seule escarmouche suffirait à provoquer une nouvelle escalade de la violence.
 
Si jamais l'accord est respecté, quel sera l'avenir de l'Ukraine avec la présence sur son sol de territoires autonomes sous l'influence de son puissant voisin?
Pour bien répondre à cette question, il faut attendre de voir comment vont réagir les pro-séparatistes et le gouvernement ukrainien. Pour l'instant, ce dernier a cessé de verser des contributions financières à ces régions-là. Par exemple, les pensions des retraités ne sont plus versées et le système bancaire est arrêté. Concrètement, les dirigeants ukrainiens ont pris le parti de couper les ponts. Or, pour envisager l'avenir de l'Ukraine, il va falloir les rétablir. Le gouvernement ukrainien a pris une position très dure en considérant les séparatistes comme des terroristes. Comment négocier dans ces conditions, alors qu'une discussion est indispensable pour réintégrer dans le pays ces régions qui vont disposer d'un degré d'autonomie assez grand? Visiblement, l'Ukraine vit une situation d'affrontement et non une phase de dialogue. Selon moi, le scénario le plus probable pour l'avenir de l'Ukraine ressemble à la situation qui existe en Ossétie du Sud (un État autoproclamé en 1992 dont le territoire est revendiqué par la Géorgie, ndlr). Les régions détenues par les séparatistes ukrainiens vont se déclarer autonomes et remettre en cause l'intégralité territoriale du pays, sans pour autant passer sous le contrôle administratif de la Russie. Ce pays, cependant, va continuer à les soutenir militairement et économiquement. Cette région du Donbass va donc s'autoadministrer indépendamment des décisions prises à Kiev, avec le soutien de Moscou. Le conflit risque donc de demeurer latent.
 
D'autres pays qui appartenaient à l'ancienne Union soviétique pourraient-ils être menacés par les visées hégémoniques de la Russie?
Non, je ne pense pas. L'intervention de la Russie en Crimée et en Ukraine n'était pas forcément planifiée. Il s'agissait surtout d'une réaction à un ensemble de situations, qui comprend aussi bien ce qui s'est passé sur la place Maïden à Kiev en 2013 que la fuite de l'ancien président Ianoukovitch (très lié au pouvoir russe, ndlr). On ignore encore quel contrôle la Russie exerce exactement sur les groupes séparatistes, qui ne constituent pas un mouvement unifié. Outre la République populaire de Donetsk, il faut compter un autre État autoproclamé, celui de Lougansk. Il s'agit donc d'un conflit à multiples niveaux. Cependant, il est vrai, il y a quand même une république de l'ancienne union soviétique – dont on parle très peu – qui exprime ouvertement ses craintes à l'endroit de son voisin russe; il s'agit de la Moldavie (voisine de la Roumanie, ndlr). Une partie de son territoire, la Transnistrie, est contrôlée par des séparatistes soutenus par la Russie depuis les années 1990. L'un des scénarios catastrophe proposé par certains, c'était que la Russie envahisse l'Ukraine et établisse un couloir jusqu'à Odessa pour rejoindre la frontière avec la Transnistrie à quelques centaines de kilomètres de là. Honnêtement, je pense que cela tient plus du fantasme que de la réalité, mais il reste que la Russie joue beaucoup avec les aspirations séparatistes de certains territoires ex-soviétiques pour garder un levier de négociation.