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Nouvelles

L’innovation sociale à l’heure de l’austérité

23 mars 2015

Qu’en est-il de l’innovation sociale à l’heure de l’austérité ? Et si l’austérité faisait naître l’innovation sociale tout en menaçant de lui couper les vivres ? Voilà le noeud gordien qu’ont tenté de trancher les participants au colloque du CRISES qui a eu lieu les 19 et 20 mars derniers à l’Université Laval.

C’était le 16e Colloque des étudiants des cycles supérieurs du Centre de recherches sur les innovations sociales, le CRISES. C’est donc dire qu’il y en a eu 15 autres auparavant et que les innovations sociales, on les étudie depuis plusieurs années : « C’est un groupe de recherche qui existe de manière plus ou moins informelle depuis le milieu des années 1980 », explique Frédéric Hanin, professeur au Département des relations industrielles de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval et organisateur du colloque 2015.

Le CRISES est interuniversitaire et pluridisciplinaire. Il regroupe des chercheurs provenant d’établissements québécois, ontariens et néo-brunswickois. Créé en 1986 par Benoît Lévesque et Paul R. Bélanger, deux professeurs de sociologie à l’UQAM, le CRISES est, depuis 2001, un regroupement stratégique du Fonds de recherche du Québec sur la société et la culture. Il a été dirigé par Denis Harrisson de 2003 à 2009 et est, depuis le 1er juin 2009, sous la direction de Juan-Luis Klein. Le centre a pris l’habitude d’organiser chaque année un colloque qui présente les travaux des étudiants encadrés par ses chercheurs.

En choisissant de placer le colloque de cette année sous le thème de l’austérité, Frédéric Hanin s’attendait à recevoir de nombreuses offres de participation. Normal, puisque « la construction même du concept d’innovation sociale au Québec, associé au CRISES, commence avec la crise de l’emploi au milieu des années 1980 », une époque où on parlait beaucoup d’austérité. On le sait aujourd’hui, les crises économiques déconstruisent le tissu social. Elles sont toujours associées à une perte d’acquis, de droits et de programmes sociaux. « C’est à travers les mouvements de contestation que vont se construire les solutions, qui par la suite seront institutionnalisées. »

Parmi les communications du colloque, on a abordé les effets du capitalisme financier sur le système bancaire, les questions d’insécurité alimentaire à Montréal, d’appropriation des terres agricoles, des écovillages et du territoire forestier. Dans la salle, on voyait plusieurs étudiants et chercheurs qui travaillent tous sur la transformation de la société québécoise et aussi des organismes qui s’intéressent à la mise en pratique des innovations sociales. « Une des spécificités du CRISES est sa façon de travailler. Ç’a été un des premiers centres à faire de la recherche en partenariat avec les organismes sociaux. Quand les groupes sociaux s’adressent à des universitaires, on construit des projets de recherche en commun. Plusieurs travaux d’étudiants sont issus de ces partenariats. Ainsi, la recherche retourne à la société », conclut Frédéric Hanin.

Une université innovante

À l’Université Laval, on mise énormément sur les innovations sociales : « Dans notre plan de développement de la recherche, on a cerné l’appui et la mise en valeur des innovations comme un des axes importants, notamment l’innovation sociale qu’on considère comme prioritaire », explique Sophie D’Amours, vice-rectrice à la recherche et à la création. C’est assez nouveau, dans les universités québécoises, de faire un effort important pour mieux reconnaître et appuyer l’innovation sociale. Depuis toujours, les universités contribuent à l’amélioration de la société à tous les niveaux, « mais peut-être qu’on le tenait pour acquis, et aujourd’hui l’université voit l’importance de contribuer et d’accélérer le transfert de ces connaissances afin de maximiser les effets positifs des recherches en innovation sociale », ajoute Mme D’Amours.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une innovation sociale n’existe qu’une fois que le milieu preneur s’en est pleinement appropriée. L’Université Laval a donc mis en place une vision qui s’articule autour des effets positifs et des impacts du développement des connaissances. » Ce processus peut durer longtemps et nécessite plusieurs partenariats qui mêlent les nouvelles connaissances développées par les universités à toute l’expertise du terrain. Pour y arriver, l’Université Laval a mis en place trois moyens.

Dans un premier temps, l’université a dégagé une composante initiatrice : « On a étendu la mission de notre bureau de liaison entreprises-université, le traditionnel BLEU, pour qu’il assume la responsabilité de la valorisation des innovations sociales, et son nom est devenu le BLUM : le bureau de liaison université-milieux », nous dit Sophie D’Amours.

Par la suite, l’Université Laval a créé un fonds d’appui à l’innovation sociale, en profitant des redevances technologiques. Ce fonds, constitué de 300 000 $, est renfloué chaque année : « Ce fonds permettra cette année de financer cinq projets à hauteur de 50 000 $. Comme c’est le cas dans la société, on a articulé le lien qui existe entre les innovations sociales et technologiques qui prennent appui l’une sur l’autre. » Souvent, on constate que ce financement de base vient amorcer d’autres financements plus importants.

Comme autre moyen de valorisation, l’université a mis en place l’événement Hommage aux innovations sociales : « Cette année, nous en sommes à la deuxième édition. Cet événement reconnaît les meilleures innovations sociales développées par nos membres et qui l’ont été avec les milieux preneurs. Lors de l’événement, on rend hommage à toute l’équipe, aux chercheurs, mais aussi à leurs partenaires. L’an dernier, on a reconnu 15 innovations sociales. Actuellement, on est à lancer le concours. »

L’an dernier, parmi les innovations saluées se trouvaient une clinique de droit international, pénal et humanitaire, une initiative qui permet de faciliter l’apprentissage de la physique par le jeu et une autre qui est le Centre rose, le Centre de ressources en oncogénétique pour le soutien et l’éducation des familles à risque de cancer du sein.

Pour terminer, un autre moyen mis en place par l’Université Laval a été de créer une offre de services plus adaptée à l’université pour soutenir les projets en partenariat qui mènent à l’innovation sociale. « Souvent, on se demande à quoi sert la recherche, et c’est en comprenant que les services sociaux et l’éducation ont changé, que tout notre encadrement ou participation citoyenne a pris une place importante, que tout ça, c’est le fruit des recherches, des réflexions et des innovations sociales. »

Article de Marie-Hélène Alarie publié dans le Devoir, le 23 mars 2015