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Nouvelles

Un RADAR pour le délirium

23 avril 2015

Sept petites secondes. Voilà le temps qu'il faut à une infirmière pour détecter un cas de délirium lorsqu'elle utilise le test diagnostic développé par l'équipe de Philippe Voyer, de la Faculté des sciences infirmières. La simplicité et la rapidité de ce test nommé Repérage actif du délirium adapté à la routine (RADAR) promettent de régler le problème de sous-diagnostic de ce syndrome en milieu clinique.

Le délirium ou syndrome confusionnel – à ne pas confondre avec le délire – est une perturbation transitoire de l'état de conscience qui s'accompagne d'une diminution de l'attention, d'une altération des fonctions cognitives et d'une anomalie des perceptions. Il en résulte des comportements inadaptés qui peuvent parfois être dangereux pour la personne ou son entourage. Il s'agit d'un problème qui apparaît soudainement et dont l'ampleur fluctue avec le temps, parfois même au cours d'une même journée. «Ce syndrome peut frapper des gens de tous âges, à la suite d'un accident ou d'une maladie par exemple, mais les personnes âgées, en raison de leur santé plus fragile, y sont plus vulnérables, souligne le professeur Voyer. Il existe des traitements pharmacologiques et non pharmacologiques pour traiter les personnes qui souffrent de ce syndrome, mais il faut d'abord être en mesure de le diagnostiquer.»

Malgré l'existence d'outils fiables pour reconnaître le délirium, plus de la moitié des personnes frappées par ce trouble en milieu hospitalier ou en centre de soins de longue durée ne sont pas diagnostiquées. La raison? Ces outils sont trop complexes et exigent trop de temps pour être appliqués dans la routine quotidienne du personnel infirmier. Le test le plus fréquemment utilisé, la méthode d'évaluation de la confusion (CAM), s'est avéré très fiable lors d'études scientifiques, mais peu pratique au quotidien. «Si les infirmières devaient l'appliquer une fois par jour à chacun de leurs patients, elles devraient y consacrer au minimum 50 minutes par quart de travail, estime le chercheur. Et comme il s'agit d'un problème qui ne se manifeste pas de façon continue, de nombreux cas échapperaient encore au diagnostic.»

C'est pour cette raison que l'équipe de Philippe Voyer a développé RADAR. Au départ, les chercheurs ont élaboré un questionnaire contenant 75 points couvrant les diverses manifestations du délirium. Une série d'essais menés de concert avec des infirmières a permis de réduire progressivement le nombre de questions tout en conservant la validité du test. Finalement, l'outil a été ramené à trois questions, qui se formulent comme suit: au moment de l'administration des médicaments, le patient était-il somnolent, avait-il de la difficulté à suivre vos consignes et ses mouvements étaient-ils au ralenti?

Les chercheurs ont mis RADAR à l'épreuve grâce au concours d'infirmières qui l'ont testé auprès de 193 personnes de plus de 65 ans admises dans des unités de soins intensifs ou dans des centres de soins de longue durée. Les résultats, présentés dans un récent numéro de BMC Nursing, indiquent que la sensibilité et la spécificité du test sont d'environ 70% par rapport à un diagnostic établi à partir de critères psychiatriques reconnus. «C'est un taux très acceptable, commente le professeur Voyer, surtout si on considère que, présentement, moins de la moitié des cas sont diagnostiqués. De plus, le test n'exige que sept secondes de travail et 98% des infirmières l'ont jugé facile à comprendre et à intégrer à leur quotidien.»

RADAR gagne peu à peu ses lettres de noblesse auprès des scientifiques qui étudient le délirium ainsi que des responsables d'établissements de soins pour personnes âgées. «Certains centres américains et québécois sont en voie de l'implanter, souligne le professeur Voyer. L'an prochain, nous envisageons de mener un projet avec le CHU de Québec-Université Laval.» Pour faciliter la tâche à ceux qui voudraient utiliser RADAR dès maintenant dans leur établissement, les chercheurs ont créé un site Web (radar.fsi.ulaval.ca/) qui contient de la documentation ainsi qu'une vidéo de 25 minutes destinées à la formation du personnel infirmier.

L'étude parue dans BMC Nursing est signée par Philippe Voyer, Sylvie Richard et Pierre-Hugues Carmichael, du Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec, Philippe Landreville, de l'École de psychologie, Johanne Desrosiers, de l'Université de Sherbrooke, Nathalie Champoux, de l'Université de Montréal, Jane McCusker et Johanne Monette, de l'Université McGill, et Maryse Savoie, de l'Hôpital Sainte-Anne.

Article de Jean Hamann, paru dans le Fil, volume 50, numéro 28 | 23 avril 2015