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Nouvelles

Le taux de syndicalisation demeure stable au Québec

1er mai 2015

Le taux de syndicalisation est demeuré relativement stable au Québec dans les 15 dernières années. Sa diminution s’est révélée dérisoire, alors que la chute a été beaucoup plus importante dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Pourquoi ? Le syndicalisme québécois est-il en meilleure santé pour autant ?

On dénombrait 1 268 800 salariés syndiqués au Québec en 2013. Cela représentait 36,3 % des travailleurs dans la province. Si on compare cette proportion avec celle de 1997, on remarque une baisse négligeable de 0,6 point de pourcentage. Plus largement, 1 381 400 Québécois sont couverts par une convention collective, soit 39,5 % des travailleurs. Là aussi, la diminution demeure légère : ils représentaient 41,5 % des salariés en 1997. Dans l’ensemble du Canada, la baisse a été un peu plus prononcée, mais loin d’être radicale. Sur la même période, le taux de syndicalisation est passé 28,9 % à 27,2 % et le taux de couverture syndicale de 33,7 % à 31,3 %.

Pourtant, la chute s’est avérée plus significative dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Le taux de syndicalisation y a baissé de cinq points de pourcentage, comme le souligne un document publié en novembre dernier par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et intitulé Regard statistique sur la couverture syndicale au Québec, ailleurs au Canada et dans les pays de l’OCDE.

Comment expliquer cette différence ? Il faut d’abord préciser que le Québec ne constitue pas une exception. La Norvège, l’Italie, la France et le Chili sont demeurés constants. Gregor Murray, professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la mondialisation et le travail, tient à rappeler qu’une réalité vient fausser un peu cet écart avec le reste de l’OCDE : des pays anciennement sous un régime communiste, comme la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, l’Estonie et la Hongrie, vivaient toujours un bouleversement systémique à la fin des années 1990. En revanche, le taux de syndicalisation a baissé de plus de cinq points de pourcentage dans 21 États de l’OCDE, dont trois pays du G7, soit l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon. Il en va de même dans des pays réputés comme sociaux-démocrates, tels le Danemark, la Finlande, voire la Suède. Le taux de syndicalisation a chuté de 14,5 points de pourcentage dans ce dernier pays, même s’il demeure largement plus élevé qu’ailleurs (67,7 %). « Ces pays n’ont pas été l’abri de tout ce mouvement de néolibéralisme et de mondialisation », explique Paul-André Lapointe, professeur au Département de relations industrielles de l’Université Laval.

« Les pays ont vécu des changements à différents moments », précise M. Murray. Avant de se stabiliser, le taux de syndicalisation au Québec avait connu un déclin plus abrupt entre 1992 et 1997, selon les chiffres compilés par Jacques Rouillard dans le livre Le syndicalisme québécois — Deux siècles d’histoire.

Mais comment expliquer ce taux de syndicalisation presque fixe depuis 15 ans ? Tant M. Murray que M. Lapointe pointent l’importance des syndicats dans le secteur public, où 82 % des employés sont couverts par une convention collective. « D’autre part, on a observé un boom important dans le secteur de la construction, soulève de son côté Paul-André Lapointe. En vertu du régime particulier qui existe, tous les salariés dans ce domaine sont couverts par une convention collective. Et, avec l’investissement massif fait dans les infrastructures au cours des dernières années, le nombre des salariés en construction a augmenté considérablement. »

Fait étonnant, le taux de couverture syndicale chez les personnes âgées de 15 à 24 ans a augmenté beaucoup plus rapidement au Québec que dans les autres provinces canadiennes, passant de 19,4 % à 24,7 %. « Il y a certaines percées au Québec qui ont touché les jeunes, en particulier la syndicalisation dans les services de garde », note Gregor Murray. Paul-André Lapointe, quant à lui, rappelle certaines syndicalisations dans les industries de l’hébergement, de la restauration et du commerce de détail, mais aussi chez les auxiliaires d’enseignement et de recherche dans les universités.

Mais le contexte n’est pas seulement rose pour les organisations syndicales. En fait, le recrutement syndical est en déclin au Québec, selon une étude de Paul-André Lapointe parue en novembre dernier. Selon les chiffres du ministère du Travail, le nombre des salariés visés annuellement par une première convention collective a dégringolé de 13 300 en 2001 à 8500 en 2013, ce qui représente une diminution d’environ 35 %. De plus, ce recrutement se réalise surtout dans les secteurs où le syndicalisme répond déjà présent. « C’est une mauvaise nouvelle. Disons-le franchement : c’est de plus en plus difficile de lancer et de réussir des campagnes de syndicalisation », exprime M. Lapointe. « La législation du Québec est plus favorable à la syndicalisation, mais ce n’est pas facile pour autant », ajoute M. Murray.

Le taux de couverture syndicale dans le secteur privé a glissé de 28,4 % en 1997 à 25,5 % en 2013. Dans le secteur de la « nouvelle économie », qui regroupe entre autres le multimédia, la biotechnologie et les activités financières, ce taux a chuté de 23,2 % à 19,5 %. Or il s’agit du secteur qui a connu la plus forte croissance d’emplois au Québec durant la même période. « En fait, le syndicalisme est très dépendant des activités de l’État comme employeur, comme investisseur ou comme régulateur de l’économie, note M. Lapointe. Avec tous les programmes d’austérité qui visent à réduire la taille de l’État et à faire davantage appel au secteur privé, c’est fort inquiétant. »

Il y a quelques semaines, le Fonds monétaire international (FMI) a publié le résumé d’une étude dans laquelle il constate que « le recul du syndicalisme est associé à une moindre redistribution des revenus ». Gregor Murray et Paul-André Lapointe jugent aussi que les syndicats contribuent à réduire les inégalités. Par contre, M. Lapointe a publié en août dernier une étude, pour le compte de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), dans laquelle il constatait que les syndicats québécois n’étaient pas arrivés à freiner la montée des inégalités salariales, celles-ci ayant même gagné le monde du travail syndiqué durant les dernières années. « Le problème, ce n’est pas une simple question de taux de syndicalisation, commente M. Lapointe. C’est aussi une question de pouvoir de négociation et de rapport de force. Au cours des dernières années, ce pouvoir de négociation des syndicats s’est affaibli considérablement au Québec. » Sa conclusion : « Il y a comme une incapacité de transformer ce taux de syndicalisation élevé en un levier pour améliorer les conditions de travail. C’est un peu en dehors du contrôle des syndicats, étant donné tous les facteurs de l’environnement auxquels ils font face et qui ont changé considérablement. »

Article d'Étienne Plamondon Émond, paru dans Le Devoir, le 1er mai 2015