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Nouvelles

L'éducation est la clé dans la lutte contre le recrutement de jeunes djihadistes

21 mai 2015

MONTRÉAL — Dans la foulée de l'interpellation de 10 jeunes Montréalais soupçonnés de vouloir joindre les mouvements djihadistes à l'étranger, des experts soutiennent qu'il faut en faire davantage pour contrer la rhétorique extrémiste au Canada.               

Les 10 jeunes ont été interpellés en fin de semaine à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau par l'Équipe intégrée de la sécurité nationale de la Gendarmerie royale du Canada. Selon la GRC, l'opération a permis de «perturber les intentions» des jeunes Montréalais, qui ont été détenus à l'aéroport avant d'être libérés sans que des accusations ne soient portées. Leur passeport a cependant été saisi.

Parmi ces 10 jeunes, «quatre étudieraient au Collège de Maisonneuve», a indiqué le cégep montréalais dans un communiqué publié mercredi.

En janvier dernier, des médias indiquaient que six jeunes de la région métropolitaine avaient joint des groupes djihadistes au Moyen-Orient. Par la suite, les autorités ont procédé à l'arrestation de suspects et ont obtenu des engagements de ne pas troubler l'ordre public.

El Mahdi Jamali et Sabrine Djermane, deux étudiants de 18 ans qui entretiennent une liaison amoureuse, ont plaidé non coupable, le 20 avril, aux accusations d'avoir tenté de quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l'étranger, de possession d'une substance explosive dans un dessein dangereux, d'avoir facilité un acte terroriste, et d'avoir commis un acte au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste. Les deux jeunes étudiants du Collège de Maisonneuve avaient d'abord été arrêtés et détenus par la GRC le 14 avril, «par mesure préventive», les autorités craignant qu'ils ne commettent un crime de nature terroriste. La Couronne a finalement décidé, six jours plus tard, de porter des accusations criminelles.

Stéphane Leman-Langlois, professeur à l'École de service social de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval, estime qu'il est trop tôt pour conclure que le Québec constitue un terreau plus fertile que les autres provinces pour le recrutement de djihadistes. Par le passé, de jeunes recrues sont parties d'autres provinces — l'an dernier, c'était l'Ontario —, rappelle le codirecteur de l'Équipe de recherche sur le terrorisme et l'antiterrorisme.

Par contre, il est clair qu'au Québec, les autorités exercent une surveillance accrue de ces activités depuis les attentats d'octobre dernier à Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa.

Et il se peut bien aussi que les musulmans qui vivent au Québec se sentent de plus en plus ostracisés et exclus — dans le discours politique, dans certains médias —, suggère le professeur Leman-Langlois.

La GRC n'a fourni aucun détail à la suite des interpellations de la fin de semaine, se contentant de dire, mardi, qu'aucune accusation n'avait pour l'instant été déposée et que l'enquête est toujours en cours dans cette affaire. Par ailleurs, dans son communiqué, la GRC s'est montrée solidaire avec les familles. «La décision de partir n'est pas celle de la famille mais bien celle d'un individu membre de la famille. Conséquemment, la famille se retrouve souvent complètement désemparée et dans une totale incompréhension.»

Ce désarroi, Christianne Boudreau, de Calgary, le connaît bien: son fils de 22 ans, Damian Clairmont, est mort en Syrie l'hiver dernier en combattant pour le groupe armé État islamique. Elle n'est pas très surprise par les interpellations de la fin de semaine dernière à Montréal.

«On en verra de plus en plus, à moins de commencer à s'occuper de ce qui se passe chez nous. Et ça me brise le coeur de penser que toutes ces familles vont devoir subir cette épreuve. Bien sûr, leur enfant est toujours vivant, toujours au pays, mais ça ne règle pas le problème pour autant», a-t-elle dit dans une entrevue téléphonique, mercredi.

Mme Boudreau souligne qu'elle a fait pression sur Ottawa pour qu'il accroisse les ressources en matière de prévention et d'éducation, mais se dit renversée par l'approche criminaliste adoptée par le gouvernement conservateur, par exemple avec le projet de loi C-51, et par l'approche militariste.

L'éducation, c'est bien, mais il faut aussi établir une stratégie claire pour enrayer la propagande djihadiste sur Internet, estime le professeur André Gagné, du département de théologie de l'Université Concordia. Et pour ce faire, il faut modifier les paradigmes, redonner de l'espoir aux gens qui se sentent aliénés et qui sont en quête de justice, les aider à trouver leur voie, un sens, estime-t-il.

«Ce que ces jeunes recherchent, au fond, c'est une sensation forte, un sens à leur vie, contribuer à quelque chose de valable», explique le professeur Gagné. «Mais dans bien des cas, ils n'ont pas encore développé leur sens critique» pour pouvoir analyser les idées extrémistes et les rejeter.

Publié par La Presse Canadienne le mercredi 20 mai 2015 à 18h30