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Nouvelles

Plus de bon que de mauvais

21 mai 2015

À l'exception de la viande de béluga, l'alimentation traditionnelle inuite apporte plus de bienfaits que de risques à la santé
 
La plupart des animaux sauvages qui font partie de l'alimentation traditionnelle inuite apportent davantage de bienfaits que de risques à la santé humaine et leur consommation devrait être encouragée. La seule exception est la viande de béluga, qui devrait être consommée avec modération par les femmes en âge d'avoir des enfants. Voilà les principales conclusions d'une étude dirigée par des chercheurs de la Faculté de médecine et du CHU de Québec-Université Laval, qui vient de paraître dans la revue Science of the Total Environment.

Les animaux sauvages de l'Arctique contiennent des quantités appréciables de nutriments ayant des vertus pour la santé, notamment des oméga-3 et du sélénium, mais ils renferment aussi du mercure, un polluant qui perturbe le fonctionnement du système nerveux et des reins. Chez les Inuits, l'exposition prénatale à ce polluant a été associée à des déficits visuels, cognitifs et comportementaux pendant l'enfance. Le mercure émis par les activités humaines provient principalement de la combustion du charbon et des procédés d'extraction minière. Il est disséminé dans l'environnement pour ensuite être progressivement concentré dans la chaîne alimentaire; les animaux situés au bout de cette chaîne en contiennent donc davantage.

Afin d'établir les principales sources de mercure dans l'alimentation inuite, les chercheurs ont utilisé des données provenant de l'Enquête de santé auprès des Inuits du Nunavik «Qanuippitaa?» («Comment allons-nous?», en inuktitut). Ces données, recueillies en 2004 auprès de 712 personnes, ont permis d'établir les taux sanguins d'oméga-3, de sélénium et de mercure chez les participants ainsi que la fréquence de consommation de béluga, de phoque, de caribou et de différentes espèces d'oiseaux et de poissons. Pour compléter le tableau, les chercheurs ont utilisé des données provenant du Centre de recherche du Nunavik documentant la concentration de mercure dans chacune de ces espèces.
Les analyses ont révélé que les espèces sauvages représentent, en moyenne, 14% des aliments consommés quotidiennement par les Inuits. La plupart de ces animaux contiennent du mercure, mais pas suffisamment pour causer des problèmes, sauf le béluga. D'ailleurs, dans la région où la chasse au béluga est pratiquée, 78% des femmes en âge d'avoir des enfants ont un taux de mercure jugé «à risque». «Comme le béluga est au coeur de la culture inuite, nous avons porté une attention particulière à cette espèce afin de bien comprendre quelles parties de ce mammifère marin étaient responsables de l'apport en mercure», souligne Mélanie Lemire, première auteure de l'étude. Les Inuits consomment les muscles, le foie, la peau et le gras sous-cutané du béluga. Les chercheurs ont donc considéré la contamination de chaque partie et la fréquence de sa consommation pour arriver à la conclusion que le problème venait principalement de la viande. Dans les villages où le béluga est chassé, sa viande est responsable des deux tiers de l'apport en mercure dans l'alimentation.

À la lumière des études réalisées précédemment par l'équipe de Gina Muckle sur les effets de l'exposition prénatale au mercure sur le développement des enfants et à la lumière de l'étude menée par Mélanie Lemire, le Comité de la nutrition et de la santé du Nunavik a émis des recommandations visant à encourager la consommation d'aliments traditionnels chez les adultes et les enfants. La seule réserve du Comité est que les femmes en âge d'avoir des enfants devraient limiter leur consommation de viande de béluga. Mélanie Lemire estime que cette recommandation est un bon compromis entre tradition et santé. «Les Inuits consomment peu de viande de béluga, souligne-t-elle. Par contre, le gras et la peau, qui contiennent moins de mercure et beaucoup de sélénium et d'oméga-3, sont consommés fréquemment et ils sont importants dans la culture inuite.»

L'étude parue dans Science of the Total Environment est signée par Mélanie Lemire, Elhadji Annasour Laouan-Sidi, Gina Muckle, professeure à l'École de psychologie de l'Université Laval, Catherine Pirkle, Pierre Ayotte et par le regretté Éric Dewailly, à qui d'ailleurs l'article scientifique est dédié. Michael Kwan, du Centre de recherche du Nunavik, complète la liste des auteurs.