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Nouvelles

Le premier ministre Mulcair?

2 juillet 2015

La remontée du Nouveau parti démocratique (NPD) dans les intentions de vote semble se cristalliser, au point où les spécialistes des sondages accordent désormais un gouvernement minoritaire à Thomas Mulcair.

Les sondeurs le disent et le répètent: un seul sondage, ça ne veut pas dire grand-chose. Leur valeur réside plutôt dans les tendances qu’ils dépeignent, lorsqu’on les regarde dans l’ensemble.

Et on assiste, fin juin, à un véritable tournant. Depuis le début du mois, plusieurs sondeurs ont pris des photos qui se ressemblent: Ekos, Ipsos, Angus-Reid, Léger et Crop pointaient tous vers une remontée importante du NPD.

L’analyste de Threehundredeight.com, Éric Grenier, a établi un modèle statistique qui sert précisément à traduire ces tendances et à les exprimer par des projections de sièges. Sur son blogue, il explique que c’est la première fois depuis 2012 que le NPD mène dans son modèle statistique.

Si des élections fédérales avaient lieu aujourd’hui, le NPD gagnerait 127 sièges (32 %), contre 114 (29 %) pour les conservateurs, 93 (27 %) pour les libéraux, 3 (5 %) pour le Bloc québécois et 1 (5 %) pour le Parti vert. Thomas Mulcair dirigerait donc, de justesse, un gouvernement minoritaire. Depuis le début de mai, les conservateurs et les libéraux ont plongé dans les intentions de vote de plus de trois points, alors que le NPD en a gagné neuf.

L’analyste Bryan Breguet, de Tooclosetocall.ca, arrive à des chiffres similaires, soi : 135 pour le NPD, 101 pour les conservateurs, 97 pour les libéraux, 4 pour le Bloc québécois et 1 pour le Parti vert. Ce dernier estime à 98 % les chances du NPD de remporter les prochaines élections.

Même tendance à l’Institut pour l’étude des opinions et des politiques publiques de l’Université Laurier, en Ontario. On accorde 130 sièges au NPD contre 119 aux conservateurs, 86 aux libéraux, 2 au Bloc québécois, et 1 au Parti vert.

On voit parfois «des ballounes» en politique, c’est-à-dire un parti qui fait une remontée fulgurante et qui redescend aussi vite. Mais selon Éric Montigny, directeur exécutif de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires à l’Université Laval, ce n’est pas ce qui se produit actuellement avec le NPD. «C’est une tendance qui est progressive, lente et constante, et qui apparaît beaucoup plus solide».

Mais l’important, en politique, «c’est de monter au bon moment». Si les troupes de M. Mulcair maintiennent leur avance jusqu’au début de la campagne électorale, cet automne, elles seront davantage ciblées par les autres partis. Les conservateurs, qui ciblent agressivement les libéraux de M. Trudeau, pourraient tourner leur redoutable machine publicitaire vers le NPD.

Alors, qui a volé des votes? Les courbes de variation des intentions montrent clairement que les oranges pigent chez les rouges, alors que le parti de Stephen Harper se maintient. Certains voient le vote conservateur ébranlé par le NPD, mais cela ne fait pas consensus. Au Québec, la bataille se joue entre le Bloc et le NPD.

Ce que cela veut dire pour...
Les conservateurs

Les appuis conservateurs ont le mérite d’être solides. Le parti a su gagner «un noyau dur» d’électeurs, ce qui leur assure une stabilité. Sans avoir refait le plein depuis les élections de 2011, Stephen Harper mène encore entre la rivière des Outaouais et les Rocheuses.

Les conservateurs semblent jouir d’une certaine imperméabilité. Après le scandale du Sénat, la division suscitée par la mission contre l’État islamique, le combat contre le Québec pour détruire le registre des armes à feu, le départ de ministres influents comme John Baird, Peter MacKay et James Moore... Ses appuis ne se démentent pas.

De son côté toutefois, Bryan Breguet estime que l’impopularité du projet de loi C-51 de lutte au terrorisme a fait perdre des plumes au conservateurs au profit du NPD, qui s’est clairement prononcé contre.

Il faudra surveiller leur stratégie devant la montée du NPD, mais aussi les nouvelles candidatures, comme celles de Gérard Deltell et de Réjean Léveillé.

Le NPD

Selon M. Montigny,  le NPD est en train de «s’institutionnaliser au Québec». Débuter une campagne en tête des sondages est difficile, mais les derniers sondages introduisent peu à peu l’idée d’un Thomas Mulcair premier ministre, ce qui est de bon augure pour ce parti, dont les appuis sont en hausse dans toutes les régions du Canada. Plusieurs voient une influence des élections albertaines remportées par le NPD... au royaume du pétrole.

Les néo-démocrates, avance Bryan Breguet, ont toutes les raisons d’être optimistes en raison de l’impopularité élevée du gouvernement Harper et de la solidité de M. Mulcair. «Il est bon orateur, il est bon en débat, et sa cote de popularité est bonne.»

Les libéraux

Présentement, les libéraux sont au fond du baril depuis l’élection de Justin Trudeau comme chef, mais font tout de même mieux qu’aux élections de 2011. M. Montigny voit chez les rouges un problème de «pertinence sur l’échiquier politique, alors qu’on assiste à une polarisation gauche-droite» et qu’on ignore «où ils se trouvent». Leurs promesses de généreux allégements fiscaux pour les familles ne semblent pas avoir porté fruit.

Le Bloc québécois

Le Bloc n’est pas mort. Avec le retour de Gilles Duceppe comme chef, c’est au Québec que la lutte s’annonce la plus corsée, des luttes à quatre, parfois, indique Bryan Breguet. Par contre, l’effet de nouveauté est terminé, si bien qu’après une remontée dans les sondages, le Bloc est revenu à un score qui ne lui accorderait qu’une poignée de députés à Ottawa. Le parti de M. Duceppe est néanmoins «celui qui a le plus grand potentiel de croissance dans la campagne», souligne Montigny. «Ceci étant dit, ce n’est pas clair l’impact qu’aura le Bloc dans la campagne.»

Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre.

Article de Pierre-Olivier Fortin, publié dans Le Journal de Québec, le 29 juin 2015