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Nouvelles

Rachel Filion : une psychologue à l'écoute des sourds

17 juillet 2015

PERSÉVÉRANCE. Sourde profonde depuis sa naissance, Rachel Filion, originaire de Beauport à Québec, n'a jamais baissé les bras. Malgré son handicap, la jeune femme de 32 ans a terminé, en 2013, un doctorat en psychologie à l'Université Laval. Sa persévérance et la qualité de son mémoire doctoral ont été soulignées dernièrement par l'Université Laval et l'Association des implantés cochléaires du Québec.

En effet, elle a reçu, en février dernier, le prix d'excellence du meilleur mémoire doctoral, remis par la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval. Quelques mois plus tard, dans le cadre de leur programme d'incitation au dépassement, l'Association des implantés cochléaires du Québec lui a remis une bourse d'études de 1000$.

Deux petites attentions qui ont grandement touché Rachel Filion, maintenant résidente de Lebourgneuf. «Quand j'ai appris que l'Université Laval et l'Association des implantés cochléaires voulaient souligner mon parcours scolaire, j'étais sur un nuage. Je ne pouvais pas rêver mieux que d'être honorée par eux», souligne-t-elle.

Un parcours atypique

Rachel Filion a contracté un virus quelques semaines avant sa naissance, ce qui a fait en sorte qu'elle a dû composer avec une surdité profonde dès le premier jour. Ce n'est que 11 mois plus tard que les médecins confirment sa surdité.

Dès lors, sa mère apprend le français signé afin d'être en mesure de communiquer avec Rachel. Les demandes, aussi simples qu'elles puissent être, devenaient de vraies charades.

«Après un certain temps, ma famille immédiate associait un son à une demande, mais je peux vous dire que c'était assez pénible de me faire comprendre. Je voulais parler, mais comme j'étais sourde, je ne savais pas comment prononcer un mot. Mon seul repère était le mouvement des lèvres, ce n'est pas très précis», raconte-t-elle.

À l'âge de quatre ans, Rachel a fréquenté l'école Joseph-Paquin qui s'occupe de la scolarisation des enfants sourds utilisant la langue des signes. Soucieuse de l'intégrer au système régulier avec un support adapté à sa surdité, sa mère l'inscrit, l'année suivante, à la commission scolaire de Beauport. Sa mère essuie un refus, la commission prétextant que l'enfant n'a pas les prérequis pour intégrer une classe régulière. 

Avec l'aide d'Andrée Boisclair, prof. à l'université Laval, Rachel fréquente la garderie de l'hôpital Saint-Sacrement qui offre aussi des services de maternelle privée. Pauline Sirois, alors éducatrice à cette garderie et formée par Andrée Boisclair, supporte Rachel dans son intégration, à tel point que l'année suivante, Rachel a acquis tous les prérequis à son entrée au régulier et est acceptée à la commission scolaire de Beauport au primaire. Tranquillement, cette dernière a appris les matières de base telles que les mathématiques et le français.

«C'était très difficile d'apprendre au même rythme que le reste de la classe parce que je ne pouvais pas vraiment avoir d'explication du professeur. En première année du primaire, j'avais un interprète, mais il était là seulement 25% du temps», explique Rachel Filion.

En deuxième année du primaire, un évènement a changé sa vie à tout jamais, la greffe d'un implant cochléaire. Cet implant lui permet d'entendre les gens autour d'elle. Pour la première fois, à 8 ans, elle entend la voix des membres de sa famille. Un long apprentissage de la parole s'en est suivi. Tous les jours n'ont pas été faciles. Les insultes et les messages de découragement ont été nombreux, mais elle n'a jamais baissé les bras.

Ce qui la motivait plus que tout, c'était de voir d'autres personnes sourdes qui avaient poursuivi leurs études après le secondaire. «Ma mère travaillait comme interprète au Cégep Sainte-Foy et chaque fois que je voyais un jeune dans la même situation que moi, je me disais que moi aussi j'étais capable de le faire. Je voulais me rendre jusqu'à l'université et voyez où je suis rendue, je suis très fière de ce que j'ai accompli», confie-t-elle.

Aujourd'hui, Rachel Filion travaille comme psychologue à l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec. Un travail qu'elle trouve valorisant puisqu'elle peut aider ceux qui sont dans une situation semblable à celle qu'elle vit chaque jour.

«Mon but dans la vie était d'aider les gens autour de moi et je crois que j'ai trouvé ma voix», conclut-elle.

Article de Marika Vachon-Plante, publié dans L'Actuel le 14 juillet 2015