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Nouvelles

Des enjeux inter-générationnels en vue

3 septembre 2015

Le déclin prévisible des baby-boomers augmentera l'influence politique des générations x et y.

Les baby-boomers, ces Québécois nés avant 1960 et aujourd'hui âgés de 55 ans et plus, ont représenté plus de la moitié de l'électorat jusqu'en 2003. Mais en 2018, année électorale au Québec, ils ne représenteront plus que le tiers des électeurs. En 2034, cette proportion sera même tombée sous les 20%.

«L'an 2018 constituera une année charnière pour les trois groupes générationnels que sont les boomers, les x (35-54 ans) et les y (18-34 ans) puisque ces groupes auront un poids électoral égal, explique le professeur François Gélineau, du Département de science politique. Tandis que le poids démographique des baby-boomers déclinera, celui des y, soit ceux nés depuis 1980, représentera plus de 50% des électeurs en 2034.»

Ces chiffres révélateurs sont tirés d'un article publié par le professeur Gélineau dans l'édition 2015 de L'État du Québec. En juin, ce texte a fait l'objet d'un discours, prononcé par celui-ci, à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec.

Selon François Gélineau, la montée des jeunes générations pourrait influencer les décisions politiques et favoriser l'émergence de nouveaux partis puisque ces groupes véhiculent certaines valeurs différentes de celles des baby-boomers. «Au nombre des enjeux qui unissent les x et les y, souligne-t-il, on observe qu'ils sont moins préoccupés par la protection de la langue française et par le projet d'indépendance du Québec. Les x et les y apparaissent plus centrés sur eux-mêmes et moins solidaires.»

Chez les 35-54 ans, les plus jeunes ont tendance à penser comme ceux de la génération y, alors que les plus vieux partagent des idées des boomers. «Parmi les enjeux qui unissent les x et les boomers, indique François Gélineau, mentionnons un appui moindre à la gratuité scolaire.» Selon lui, le x plus âgé se range probablement du côté des boomers pour la protection des acquis sociaux, tandis que le x plus jeune va probablement dire «on fait table rase et on recommence à zéro.»

Le professeur soutient que les plus jeunes électeurs ont déjà commencé à remettre en question certains choix de société des baby-boomers. Selon lui, un bon exemple d'un conflit générationnel d'envergure a été les manifestations étudiantes du printemps 2012 contre la hausse des frais de scolarité.

L'État providence, ce modèle de société qui constitue l'un des acquis de la Révolution tranquille, pourrait être remis en question. Ce concept consiste, pour le gouvernement, à redistribuer les richesses collectives, obtenues grâce à des impôts élevés, en vue de réduire les inégalités sociales. «Les boomers ont vécu la Révolution tranquille et ont profité des bienfaits de l'État providence, rappelle François Gélineau. Ils ont bâti le Québec moderne sur ce concept. La génération x, elle, a évolué dans l'ombre des boomers, notamment sur le marché du travail, sans pouvoir profiter du système. Ils sont mécontents. Quant à la génération y, elle est résignée et cherche d'autres formules. En ce sens, ces jeunes sont plus individualistes et ont davantage un caractère entrepreneurial.»

Rembourser la dette du Québec et combler les déficits des régimes de retraite publics: ce sont là deux exemples parmi d'autres d'enjeux intergénérationnels qui auront leur place sur l'échiquier politique de l'avenir.

Cela dit, le portrait électoral futur demeure incertain en raison de deux variables. D'abord, les jeunes votent de moins en moins, ce qui a pour effet de prolonger l'influence des baby-boomers, lesquels participent fortement aux scrutins. Ensuite, la génération x, avec le concours des plus jeunes, devra assumer une part importante de la dette du Québec. Pourtant, elle ne formera jamais la majorité de l'électorat. Mais peut-être détiendra-t-elle, pour un certain temps, la balance du pouvoir. Selon François Gélineau, seul l'avenir dira de quel côté les x se rangeront pour trancher divers enjeux sociaux.
 
Source : Le Fil