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Nouvelles

Trois questions à Jonathan Paquin

11 septembre 2015

L’arrivée tonitruante du milliardaire Donald Trump dans la campagne électorale américaine en juin en a surpris plus d’un, lui a qui a traité les immigrants mexicains de violeurs et de voleurs. Bien des choses peuvent changer d’ici les primaires américaines en février prochain, mais il reste que l’engouement autour de sa candidature intrigue. L’analyse du phénomène avec Jonathan Paquin, professeur en science politique spécialisé en politique américaine.

Quel effet peut avoir, sur la campagne, le ralliement de Donald Trump au Parti républicain, lui qui s’engage à appuyer le candidat victorieux des primaires?
Avec un appui de 25% à 30% parmi les électeurs du Parti républicain, Donald Trump dispose d’une longueur d’avance sur Jeb Bush, Scott Walker et les autres aspirants. Il fait donc le pari qu’il sera le prochain candidat républicain. Une chose est sûre, après avoir fait tellement de surenchères tout au long de la campagne menant aux primaires, il lui sera très difficile de se recentrer sur l’axe politique américain et d’obtenir l’appui des électeurs au centre de l’échiquier politique, autrement dit les liberal Republicans et les conservative Democrats. De plus, après un tel engagement, il ne peut plus brandir la menace de se présenter comme candidat indépendant, ce qui faisait peur à l’establishment républicain, étant donné le risque de division du vote, comme lors de la candidature de Ross Perot en 1992 qui avait favorisé l’élection de Bill Clinton à la présidence. Même si, dans les semaines à venir, les autres candidats tirent à boulets rouges sur Trump, il reste qu’il a amené la majorité des candidats républicains à adopter des positions beaucoup plus à droite. Ils se sont donc radicalisés sur des thèmes comme l’immigration, et le recentrage sera difficile. Cette surenchère va nuire au candidat ou à la candidate du Parti républicain lors des élections présidentielles contre les démocrates, car ce genre de scrutin se gagne au centre.

Comment expliquer l’incroyable popularité de ce candidat hors norme?
Donald Trump est capable de séduire plusieurs groupes au sein des républicains et sa personnalité flamboyante attire les médias. Il répète souvent le même message de deux, de trois, voire de quatre, manières différentes, avec des formules très courtes, très fortes, sachant que les journalistes vont choisir un extrait de quelques secondes. Ses positions absolument non nuancées correspondent aux attentes de nombreux Américains. J’ai l’impression que cet homme autorise une séance de défoulement collectif. Beaucoup de républicains ont accumulé des frustrations en raison des politiques mises de l’avant par le président Obama depuis 2009, que ce soit celle sur la normalisation du statut des immigrants illégaux ou encore celle sur la réforme de la santé. Or, tout à coup, quelqu’un vient dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas et ça, ça plaît à certains. Donald Trump a aussi une réputation de bon gestionnaire, même s’il a déjà fait faillite dans les années 90. D’ailleurs, les gens le connaissent surtout grâce au succès de son émission de télévision The Apprentice. Un autre élément joue également en sa faveur: ce milliardaire est fortuné et n’a donc pas besoin de l’argent des grandes entreprises américaines. Son message, c’est le sien. Cela plaît à ceux qui se méfient des grandes compagnies et des politiciens de Washington à la recherche de financement. Toutefois, je ne sais pas si ce phénomène de popularité va durer ou s’essouffler. On observe, dans les sondages, qu’une majorité de républicains pensent que Donald Trump ne dispose pas des qualités requises pour être président des États-Unis, contrairement aux autres candidats.

Un tel candidat pourrait-il avoir du succès dans une campagne électorale au Canada?
Il ne faut pas sous-estimer le racisme, les sentiments anti-immigration et le populisme au Canada. Cela dit, il serait plus difficile pour un candidat semblable de faire sa place dans notre système. D’abord, les Canadiens ont moins de méfiance que les Américains envers les dirigeants et le gouvernement fédéral. En effet, au Canada, le discours anti-establishment est moins fort qu’aux États-Unis. Ensuite, les processus politiques diffèrent. On ne peut pas décider du jour au lendemain de se présenter comme premier ministre du Canada. Il faut d’abord militer au sein de partis établis et devenir chef d’un parti. Aux États-Unis, c’est différent. Rappelez-vous le cas de Barack Obama, passé de simple sénateur dans l’État de l’Illinois en 2004 à président des États-Unis quatre ans plus tard, après avoir siégé deux ans et demi comme sénateur à Washington. Il y a un autre élément qui distingue notre pays de la situation américaine: les gens très riches ont moins bonne presse ici. Finalement, si une élection présidentielle se gagne au centre, le centre au Canada est plus à gauche qu’aux États-Unis. Même si le Parti conservateur est au pouvoir depuis janvier 2006, il a souvent été minoritaire et, aux élections de 2011, une majorité d’électeurs canadiens, soit 60%, ont voté pour des partis «progressistes» (Nouveau Parti démocratique, Parti libéral, Bloc québécois et Parti vert).

Source : LeFil, vol. 51, No 3, 10 septembre 2015