Don par téléphone

Contacter la fondation de l’Université Laval au 418-656-3292


Don par la poste

Imprimer cette fiche remplissez-la et postez-la avec votre paiement à l’adresse suivante :

Faculté des sciences sociales
Pavillon Charles-De Koninck
1030, av. des Sciences-Humaines
Local 3456-E
Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

Investir n'est pas un jeu de hasard

11 septembre 2015

Un certain pourcentage de ceux qui font des transactions à la Bourse par Internet peuvent avoir des comportements s’apparentant à du jeu compulsif

Pour s’enrichir, nombreux sont ceux et celles qui, grâce aux récentes innovations technologiques, achètent et vendent eux-mêmes des titres boursiers par l’entremise d’une plateforme de placement sur Internet. Si la plupart se comportent de manière assez rationnelle, gardant la tête relativement froide durant et en dehors de ce type d’activités, d’autres ont du mal à conserver une saine distance psychologique. Pour ces derniers, faire des transactions à la Bourse représente une activité émotionnelle qui peut devenir spéculative et conduire à un comportement pathologique.

Ces observations sont tirées du rapport d’une enquête exploratoire récente menée conjointement par le professeur Philippe Grégoire, du Département de finance, assurance et immobilier, et Isabelle Giroux, Christian Jacques et Mélanie Dixon, respectivement professeure, professionnel de recherche et doctorante à l’École de psychologie.

«Notre échantillon n’est constitué que de 100 personnes, précise Philippe Grégoire. Il reste qu’il s’agit d’une première étude du genre, une étude dans laquelle des chercheurs se penchent directement sur les négociants boursiers pouvant démontrer des comportements irrationnels s’apparentant à du jeu compulsif.» Selon lui, pour certains, faire des transactions en ligne peut devenir un jeu de hasard qui comporte les mêmes risques de jeu compulsif que les jeux de hasard classiques, comme le casino ou les billets de loterie. Un des buts du projet de recherche est d’outiller les psychologues qui reçoivent des patients aux prises avec un problème de jeu relié à la Bourse.

Les chercheurs ont utilisé l’Indice canadien du jeu excessif qu’ils ont adapté à leurs besoins. Neuf questions ont été posées, par téléphone, aux participants. La moitié des répondants a été recrutée au moyen d’une annonce dans l’hebdomadaire Les Affaires. L’autre moitié était constituée d’étudiants de l’Université Laval. En moyenne, les répondants effectuaient cinq transactions boursières chaque mois. Chez les répondants à risque élevé, le chiffre grimpait à dix.

Une moitié des participants à l’enquête ont déclaré ne pas avoir eu de problème associé à leurs activités boursières au cours des 12 derniers mois. Un autre tiers constituait le groupe à risque faible. Treize autres personnes constituaient le groupe à risque modéré. Enfin, seulement deux personnes formaient le groupe à risque élevé. «Emprunter de l’argent pour effectuer une transaction à la Bourse en ligne dans le but de couvrir des pertes est un comportement excessif associé au groupe à risque élevé, souligne le professeur Grégoire. Les répondants à risque élevé disent ressentir des sensations fortes lors de leurs activités boursières. Ils ressentent des frissons lorsqu’ils achètent des actions. Or, la seule chose qui devrait créer de l’excitation est la performance, dans son ensemble, de notre portefeuille boursier.»

Selon lui, une attitude de plus en plus à risque se traduit par une vision à court terme du placement et par des transactions de plus en plus spéculatives. «Les gens, dit-il, débutent sur le marché boursier par des actions de grandes entreprises. Ensuite, certains passent à des catégories de produits financiers plus à risque, comme les produits dérivés, et à des transactions risquées, comme les achats sur marge et les ventes à découvert. Ils sont plus attirés par les titres valant un dollar ou moins et par les options.»

Les répondants à risque modéré et élevé sont conscients que leurs activités boursières peuvent affecter négativement leur productivité, que ce soit aux études ou au travail. «Ça devient le problème principal, affirme Philippe Grégoire. Les personnes, même si elles ont quelque chose d’urgent à faire, peuvent avoir plutôt tendance à consulter les marchés boursiers ou leur portefeuille pour voir comment évoluent leurs placements. Ces répondants étaient d’accord pour dire que, sans la Bourse, ils seraient plus concentrés et plus productifs.»

Comme Internet est accessible partout, même des individus sans problème de comportement en lien avec la Bourse ont déclaré avoir acheté ou vendu des titres au travail ou à l’université. Le chercheur rappelle qu’en offrant la possibilité de réaliser des gains à court terme, la technologie peut favoriser le développement de comportements pathologiques. «Certains se lèvent la nuit pour vérifier l’état de leur portefeuille boursier, explique-t-il. D’autres ont l’habitude, chaque matin, de vérifier l’évolution des marchés à l’ouverture des places boursières. Il est sûr que la technologie est en cause. Elle vient connecter l’individu à son niveau d’anxiété.»

Dernière observation: les chercheurs ont constaté que les jeux de hasard conventionnels comme la loterie n’intéressent pas les personnes à risque de développer des problèmes à la Bourse.

Article d'Yvon Larose, publié dans LeFil, vol. 51, No 3, 10 septembre 2015