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Nouvelles

La nouvelle révolution sexuelle ?

15 septembre 2015

Magda Sabrina Arbour ne sait plus comment se définir. À 23 ans, après avoir fréquenté plusieurs garçons — dont un pendant plus de quatre ans —, elle en a eu assez du modèle « standard » du couple, hétérosexuel et monogame. « Hétéroflexible ? C’est peut-être ce qui me définit le mieux pour le moment », dit la jeune femme en glissant les doigts dans ses cheveux, qu’elle a récemment fait couper à la garçonne. « Depuis que je pose sur les femmes le même regard que sur les hommes, c’est fou à quel point ça m’arrive souvent de les trouver attirantes. C’est troublant ! »

Cette grande châtaine filiforme porte désormais des vêtements qui pourraient aussi bien sortir de la penderie d’un gars, à l’exception des boucles d’oreilles, délicates spirales de bois poli qui encadrent son visage fin.

« Je veux avoir la liberté d’être qui je suis, ne pas me cantonner dans un rôle, alors que d’autres modèles sont possibles. En ce moment, je ne vois pas comment je pourrais trouver un homme qui me permettrait d’être comme j’ai envie d’être, complètement », explique cette étudiante en travail social qui médite depuis quelque temps sur la question des rôles sociaux et sexuels. Des enfants, une maison ? Pas sûr que ce soit pour elle. L’exclusivité ? Elle se demande pourquoi on y accorde une telle importance. « Tout ça, ce sont des constructions sociales », dit-elle.

La jeune génération, à qui on a répété qu’elle était maître de son destin, chamboule tout sur son passage, depuis le monde du travail — où elle remet en question la hiérarchie et les méthodes — jusqu’aux rapports sociaux — qu’elle transforme à coups de textos et de comptes Instagram. Les relations amoureuses n’y échappent pas.

Serions-nous à l’aube d’une nouvelle révolution sexuelle ? « J’aimerais vous dire oui, s’exclame en souriant Martin Blais, professeur au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal. Mais c’est peut-être simplement l’effet d’une société qui, depuis déjà plusieurs décennies, a élu le bonheur individuel comme principal critère pour juger de la réussite. » Le couple, d’accord, mais à con­dition qu’il serve une cause plus grande, la réalisation de soi.

Ce n’est pas un hasard si les artistes de l’heure jouent avec les codes de l’identité sexuelle ; pensons au chanteur belge Stromae, qui apparaît mi-homme, mi-femme dans le vidéoclip Tous les mêmes, ou à Christine and the Queens, sacrée artiste féminine française de l’année aux Victoires de la musique 2015, une blonde délicate en costume masculin qui parle avec autant d’aisance de sa bisexualité que de ses influences musicales.

Le site de rencontres américain OkCupid reflète désormais tout le spectre des possibles, puisque la case « orientation sexuelle » offre 12 options, dont hétéroflexible, en questionnement, pansexuel (attiré par la personnalité, peu importe le sexe ou le genre) et sapiosexuel (excité par l’intelligence).

La case pour décrire son pro­pre genre comprend quant à elle… 22 possibilités : homme, femme, agenre, transgenre, homme transsexuel, femme trans­sexuelle, genre fluide, etc.

« Les plus jeunes générations sont nées avec des messages qu’elles ont intégrés en grandissant : le droit de faire des choix pour soi et le respect de la diversité, garanti par la Charte des droits et libertés, dit Martin Blais. Elles se donnent le droit d’expérimenter dans le domaine de la sexualité, de ne pas se définir par les catégories traditionnelles. » Le chercheur voit bien les changements en cours dans les résultats de l’Étude des parcours relationnels intimes et sexuels (ÉPRIS), qu’il compile avec ses collègues.

Dans le cadre de cette étude, 6 000 Canadiens, principalement des jeunes Québécois dans la vingtaine (très nombreux à répondre au questionnaire en ligne), ont accepté de dévoiler le statut de la ou des personnes avec qui ils ont eu leurs plus récentes relations sexuelles, dans le but d’aider les chercheurs à comprendre comment l’amour se vit de nos jours.

Si le couple demeure encore le modèle le plus répandu (70 % des jeunes interrogés étaient en couple), d’autres configurations amoureuses ou sexuelles émer­gent. Il y a bien sûr l’« ami de baise », appelé en renfort au besoin, mais aussi ce que les jeunes appellent l’« ami avec bénéfices », avec qui ils partagent des acti­vités sociales et, à l’occasion seulement, leur lit. Les « par­tenaires romantiques sans engagement » sont quant à eux révélateurs de notre époque : ils partagent une intimité physique et affective, mais ne se doivent rien.

Surprise : les aventures avec un pur inconnu, rencontré dans un bar ou grâce à l’application Tinder (qui localise les célibataires disponibles dans les environs), sont moins fréquentes qu’on ne pourrait le croire. « La majorité des relations sexuelles ont lieu avec des partenaires connus, venant de cercles d’amis plus ou moins rapprochés, souligne Martin Blais. Même dans une aventure d’un soir, il y a donc souvent de l’affection ou une certaine complicité. Ce n’est pas le sexe sans amour entre deux étrangers. » D’ex-amoureux continuent aussi de se voir dans l’intimité, un phénomène assez fréquent pour que les chercheurs le notent.

Fait étonnant, l’étude ÉPRIS montre que les frontières de l’orientation sexuelle semblent devenues aussi floues que celles du couple : parmi les femmes s’identifiant comme hétérosexuelles, deux sur cinq ont dit ne pas être « exclusivement » attirées par le sexe opposé. Même chose pour un homme sur cinq !

Difficile de dire si les volontaires ayant répondu au questionnaire sont sexuellement plus curieux que la moyenne, mais chose certaine, les comportements bisexuels entrent peu à peu dans la norme, si on se fie au nombre de starlettes américaines, comme Lindsay Lohan ou Paris Hilton, qui se sont déjà affichées au bras d’une femme, bien qu’elles se considèrent comme hétéros.

Francine Lavoie, professeure à l’École de psychologie de l’Université Laval, craint que les baisers échangés entre filles dans les soirées arrosées ne soient en fait qu’un moyen d’attirer le regard des garçons, plutôt qu’une réelle curiosité d’expérimenter l’amour lesbien. Sur les 815 adolescents de Québec qu’elle a inter­rogés à ce sujet, 19 % des filles ont dit avoir déjà embrassé une amie en public, alors que seulement 3 % des garçons l’avaient fait. À l’adolescence, on peut être tenté de reproduire les comportements des super­stars de la musique, telles que Shakira et Rihanna, qui, dans le vidéoclip Can’t Remember to Forget You, apparaissent en lingerie affriolante, se caressant mutuellement en chantant « I’d do anything for that boy » (je ferais n’importe quoi pour ce garçon). Mais le tiers des jeunes filles qui avaient dit en avoir embrassé une autre se sentaient mal à l’aise le lendemain...

Article intégral de Catherine Dubé, sur le site Lactualite.com, publié le 14 septembre 2015