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Nouvelles

L'Afrique, le français et l'avenir

18 septembre 2015

Les anciennes colonies françaises du continent africain sont devenues le moteur de la croissance de la francophonie mondiale

Au début des années 1960, le Bénin, le Mali et le Niger, trois pays de l’Afrique subsaharienne, comptaient un total d’environ 135 000 habitants de 10 ans et plus sachant lire et écrire le français. Ce nombre a depuis augmenté de façon exponentielle pour atteindre plus de 6 millions de personnes en 2012.

Ces chiffres impressionnants sont le résultat de compilations statistiques effectuées par le professeur Richard Marcoux, du Département de sociologie, à partir d’enquêtes démographiques et de recensements des années 1980, 1990 et 2000 menés dans les trois pays.

«Du fait d’un taux de fécondité élevé, la population a quintuplé au Mali, explique celui qui est aussi directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone. Mais le nombre de francophones a, lui, été multiplié par 30 pendant ce même laps de temps grâce à des investissements massifs dans le système d’éducation en langue française.» Il rappelle qu’entre 1960 et 2005, la population de la France et du Québec n’a «que» doublé.

Dans les derniers mois, le professeur Marcoux a publié deux articles sur la francophonie africaine dans les revues France Forum et ParisMontréal. Les chiffres, selon lui, sont explicites. «Au 21e siècle, affirme-t-il, l’avenir de la francophonie passera nécessairement par le continent africain. Sur les quelque 700 millions de francophones que devrait compter la population mondiale en 2050, contre 274 millions aujourd’hui, plus de 80% d’entre eux vivront en Afrique.»

Selon lui, la situation linguistique qui existe au Bénin, au Mali et au Niger est comparable à celle qui a cours dans les autres anciennes colonies françaises d’Afrique, notamment le Cameroun, le Burkina Faso et le Sénégal.

Fait particulier: les citoyens des différents pays francophones d’Afrique subsaharienne vivent une situation de diglossie. Ce terme savant réfère, dans la vie quotidienne, à l’usage oral d’une langue africaine locale. «Le Sénégal, indique Richard Marcoux, représente un bon cas de cet espace d’échanges oraux. Dans ce pays, environ 80% de la population parlent le wolof, mais seulement 2% ou 3% peuvent le lire et l’écrire. Parce que les gens ont été alphabétisés en français à l’école, ils vont passer au français lorsqu’ils vont vouloir communiquer par écrit.»

Au Sénégal, le français est la langue officielle, la langue d’enseignement et la langue de communication écrite. Les journaux sont tous en langue française et les lois sont écrites et votées en français. Selon le chercheur, le multilinguisme, et non le bilinguisme, caractérise l’Afrique francophone subsaharienne. «On trouve plus de 100 langues dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Cameroun, souligne-t-il. Parfois huit ou dix langues africaines sont reconnues comme officielles sur un même territoire.»

Plusieurs pays de l’Afrique francophone subsaharienne ont connu des perturbations sociales et politiques dans un passé récent. Pensons, entre autres, à la République démocratique du Congo toujours aux prises avec des conflits, à la Côte d’Ivoire entre 2002 et 2012 et au Mali depuis 2012. Selon Richard Marcoux, les différents foyers d’instabilité sociale et politique fragilisent l’avenir démographique de la francophonie sur ce continent. Celui-ci croit, par ailleurs, qu’une plus grande stabilité sera insuffisante. «Il faudra, affirme-t-il, relever substantiellement le niveau de l’enseignement du français, encore très bas, dans de nombreux pays. Le recrutement d’enseignants de français et la qualité de l’enseignement offert représenteront des défis considérables. Les pays de langue française les plus riches devront poser des gestes de solidarité importants dans le secteur de l’enseignement. Plus largement, il faudra appuyer la société civile de ces différents pays pour aboutir au développement socioéconomique que souhaitent les populations.»

Article d'Yvon Larose, paru dans LeFil, vol. 51, No 4, le 17 septembre 2015