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Nouvelles

Entre "humeurs" et humour

18 septembre 2015

La revue Recherches sociographiques, publiée par le Département de sociologie, consacre son dernier numéro à la caricature au Québec

Une image vaut mille mots, dit-on. C’est d’autant plus vrai pour la caricature de presse, où le caricaturiste doit user de toute sa science de dessinateur et d’humoriste pour réussir à passer un «message» auprès du lecteur. Mais il y a plus. Puisqu’elles reflètent l’actualité – et, à plus long terme, l’histoire – les caricatures sont une mine d’or pour les historiens. En effet, elles témoignent des «humeurs» d’une société à une époque donnée, souligne Alexandre Turgeon, qui assume la direction du dernier numéro de la revue Recherches sociographiques ayant pour titre Québec en caricatures: humeurs et humour d’une société à travers le temps. «Les caricaturistes peuvent aussi provoquer d’importantes controverses et réactions, lesquelles nous instruisent en retour sur les tabous et les enjeux sensibles du moment», observe ce titulaire d’un doctorat en histoire, pour qui les attentats terroristes islamistes contre le journal Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 illustrent bien le phénomène. 

Revenons au Québec où le rôle de la caricature a connu une grande évolution au fil des années. Au 19e siècle, la caricature était considérée comme une sorte de baromètre de la vie publique, de même qu’une façon pour le peuple de faire entendre sa voix auprès des dirigeants. Dans cette optique, le caricaturiste était au service du peuple, dont il transposait sur papier la rage et les fantasmes, à une époque où bien des gens ne savaient pas lire, explique Alexandre Turgeon. Sa thèse de doctorat porte sur Robert La Palme, caricaturiste ayant été, entre 1939 et 1962, à l’emploi des plus importants journaux canadiens-français de l’époque. Le jeune historien lui consacre plusieurs lignes dans la préface de Recherches sociographiques, qui s’ouvre justement sur une caricature de La Palme parue le 4 avril 1944 dans le journal d’allégeance libérale Le Canada, à quelques mois des élections provinciales. On y voit un dessinateur (La Palme) visiblement en manque d’inspiration, penché sur sa table et entouré de ses "muses", dont Maurice Duplessis, chef de l’Union nationale, ainsi qu'André Laurendeau et Maxime Raymond, respectivement chefs des ailes provinciale et fédérale du Bloc populaire, considéré comme un parti de gauche. Y apparaît également le chanoine Lionel Groulx, figure de proue du mouvement nationaliste.

La Palme ne craint pas de déformer les traits de ses personnages, amalgamés l’un à l’autre dans le dessin. Affublé d’un long nez, Duplessis brandit un poteau électrique, signe de ses liens avec «le trust de l’hydro-électricité», André Laurendeau présente des traits efféminés et Maxime Raymond demeure impassible en dépit du «pif» énorme du «Cheuf» qui lui traverse la mâchoire. En retrait, le chanoine Groulx n’est, quant à lui, associé à aucun symbole. "Est-ce dû au fait que le chanoine n’est pas chef d’un parti politique, à la différence des trois autres?, s’interroge Alexandre Turgeon. À moins que le caricaturiste ait eu des scrupules à s’attaquer, même sous un angle humoristique, à un membre du clergé?" Nous sommes en 1944, ne l’oublions pas, et l’Église détient en ces années un pouvoir énorme.

Des chercheurs issus des domaines des communications, de l’ethnologie, des études canadiennes et de l’histoire de l’art ont contribué à ce très intéressant numéro de Recherches sociographiques, le premier consacré à la caricature dans l’histoire de cette revue fondée en 1960 à l’Université Laval et publiée par le Département de sociologie. Différents sujets y sont abordés: les représentations caricaturales de la Confédération, le travail d’Albéric Bourgeois, caricaturiste titulaire du journal La Presse entre 1905 et 1957, la famille Lavigueur, gagnante du gros lot de la loterie 6/49 en 1986 et le désopilant sketch du Bye Bye qui s’ensuivit la même année. Enfin, on pourra lire un texte sur la couverture médiatique dans la foulée de la crise des caricatures de Mahomet en février 2006.

Article de Renée Larochelle, paru dans LeFil, vol. 51, No 4, le 17 septembre 2015