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Nouvelles

Finances publiques : fait-on fausse route ? Les réponses du prof Fortin

18 septembre 2015

Le gouvernement Couillard a-t-il raison de viser le retour à l’équilibre budgétaire ? Va-t-il trop vite en affaires ? Met-il en danger la croissance, l’emploi et la bonne gestion des services publics ?

1. Y a-t-il une crise financière au Québec ?

Non. Il y a crise financière quand un gouvernement éprouve de plus en plus de difficulté à payer les intérêts sur sa dette accumulée. Or, le Québec ne se trouve pas du tout dans une telle situation.

L’État a frôlé la crise financière à deux reprises depuis 45 ans, en 1983 et en 1996. Cha­que fois, le pourcentage du revenu intérieur (PIB) qu’il a dû prélever — en impôts et taxes auprès des particuliers et des entreprises — pour honorer ses charges d’intérêts a atteint un sommet. En 1983, le gouvernement Lévesque a résolu le problème en imposant de dures compressions salariales à ses employés. En 1996, le gouvernement Bouchard s’en est sorti en soumettant le budget du Québec à sa Loi sur l’élimination du déficit et l’équilibre budgétaire, souvent appelée la « loi du déficit zéro ».

Depuis 1996, l’État n’a jamais éprouvé de difficulté à honorer ses obligations. Le poids des intérêts a continuellement diminué depuis 20 ans. Il est passé de 4,8 % du PIB en 1995 à 2,7 % en 2015. Sans cet allégement de 40 %, le service de la dette du Québec (la somme à débourser pour payer les intérêts sur la dette) aurait coûté 18,5 milliards de dollars cette année, au lieu des 10,5 milliards prévus au budget 2015-2016.

Ce n’est rien de comparable à la Grèce, à Porto Rico ou à la ville de Détroit. Loin de manifester de l’inquiétude au sujet de la capacité financière du Québec, les agences de notation ont haussé ou maintenu sa cote de crédit depuis 15 ans, y compris après la récession mondiale de 2008-2009.

2. Mais le poids de la dette du Québec dans l’économie n’a-t-il pas sans cesse augmenté depuis un demi-siècle ?

Non. Cela est vrai pour la période allant jusqu’à 1995, mais faux pour les 20 dernières années.

Du début des années 1970 au milieu des années 1990, la dette du Québec a connu une extraordinaire ascension. Elle est passée de 15 % du PIB en 1971 à un sommet de 61 % en 1995.

La loi du déficit zéro de Lucien Bouchard a mis fin à cette ascension. Son application rigou­reuse de 1998 à 2008 a permis à l’État d’enregistrer des surplus budgétaires et de faire diminuer le poids de sa dette à 50 % du PIB au début de 2009. Le gouvernement Charest en a remis en 2006 avec sa Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations. Celle-ci oblige les pouvoirs publics à réaliser annuel­lement non plus un déficit nul, mais un surplus budgétaire, qui est ensuite déposé dans le Fonds des générations, afin d’atténuer l’expansion de la dette.

Il est cependant vrai que le poids de la dette du Québec a remonté de 5 points de PIB au cours des dernières années, passant de 50 % du PIB en 2009 à 55 % en 2015. Aux prises avec la récession de 2008-2009 et ses suites, les deux principaux partenaires économiques du Québec, soit l’Ontario et les États-Unis, ont absorbé pendant ce temps des augmentations beaucoup plus importantes de leur dette, soit de 18 points de PIB au niveau provincial en Ontario et de 40 points pour l’ensemble du secteur public aux États-Unis. En fait, l’endettement de l’Ontario est en train de rattraper peu à peu celui du Québec. Pas surprenant que les agences de notation Moody’s (en 2012) et Standard & Poor’s (en 2015) aient toutes les deux abaissé la cote de crédit de cette province. Quant aux Américains, ils sont aujourd’hui aussi endettés que les Québécois. (Cliquer sur le lien ci-dessous pour la suite de l'article)

Article intégral de Pierre Fortin, publié sur le site de L'Actualité.com, le 17 septembre 2015