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Nouvelles

Est-ce que votre emploi est précaire?

25 septembre 2015

Le taux de chômage ne dit pas tout sur le marché du travail. Si les personnes qui perdent un bon emploi peuvent en retrouver un, c'est parfois au prix de nombreux sacrifices. Entre 2004 et 2014, l'industrie manufacturière au Québec a perdu 140 000 emplois. Il s'agissait souvent d'emplois syndiqués et bien rémunérés occupés par des travailleurs expérimentés, mais avec un niveau d'éducation faible.

«J'ai toujours fait un excellent salaire, même si j'ai l'équivalent de mon secondaire 3, je n'ai jamais su c'était quoi travailler à 35 000 $ par année. Maintenant, je sais et ce n'est pas évident», a commenté Aurèle Lafrenière, un travailleur minier qui a perdu son emploi en 2011 à l'âge de 59 ans.

Plusieurs de ces travailleurs licenciés vont trouver un emploi beaucoup moins payant que celui qu'ils occupaient auparavant. Vivant d'un salaire de plus de 20 $ de l'heure depuis des années, ils doivent accepter maintenant de vivre avec un salaire de l'heure de moitié moindre.

Selon Marcel Paradis, qui aide ce type de travailleurs à retourner sur le marché du travail, le gros défi est la surestimation. «En moyenne, ils ont peu de scolarité et ils veulent faire 20 $ de l'heure en commençant. Notre travail est de les ramener à la réalité», a expliqué le co-fondateur de Campus Emploi à Joliette. Les travailleurs du secteur manufacturier, largement syndiqués, vivent un déclin de leurs conditions de vie.

«Lorsque nos entreprises du textile, des scieries, des pâtes et papiers et de l'industrie pétrochimique reprennent de la vigueur, elles introduisent des progrès technologiques qui sont mortels pour les anciens travailleurs de ce secteur», observe Paul-André Lapointe, professeur titulaire au Département des relations industrielles de l'Université Laval.

Retrouver un emploi payant, pas facile

Il se crée davantage d'emplois temporaires que permanents au Québec. Or, ce type d'emploi offre un salaire moyen de 19,41$ l'heure contre 23,66$ pour les emplois permanents. Les avantages sociaux, comme les vacances, le fonds de pension et les assurances-santé, sont également moindres dans un poste temporaire. L'an dernier, 177 100 Québécois devaient cumuler plus d'un travail pour survivre. De 2004 à 2014, le cumul d'emplois a augmenté de 31,1%, observe l'Institut de la statistique du Québec.

«Ce phénomène s'accélère, ça devient la norme, s'inquiète Angelo Soares, professeur au département d'organisation et ressources humaines de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. C'est préoccupant. Cette tendance semble indiquer une recherche de productivité ou de profits à court terme. Elle effrite la transmission des savoirs, la socialisation et la transmission des compétences.»

Selon le chercheur, cette situation place les employés en concurrence les uns contre les autres et crée des conditions de travail beaucoup moins généreuses, par exemple, des horaires flexibles, aucune garantie d'heures travaillées et une disponibilité en tout temps.

«En conséquence, les entreprises connaissent un taux de roulement élevé, des conflits de travail, elles doivent gérer du harcèlement moral et de la détresse psychologique, affirme M. Soares. Les travailleurs perdent toute loyauté envers l'employeur.»

Article paru sur le site Internet de TVA Nouvelles, par Jean-Sébastien Marsan et Denise Proulx, le 19 septembre 2015

Autre article sur le sujet paru sur le site du Journal de Montréal, le 19 septembre 2015