Don par téléphone

Contacter la fondation de l’Université Laval au 418-656-3292


Don par la poste

Imprimer cette fiche remplissez-la et postez-la avec votre paiement à l’adresse suivante :

Faculté des sciences sociales
Pavillon Charles-De Koninck
1030, av. des Sciences-Humaines
Local 3456-E
Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

Trois questions à Guy Laforest

2 octobre 2015

Depuis les élections du dimanche 27 septembre, les députés favorables à l'indépendance de la Catalogne sont majoritaires au parlement régional. La population semble cependant divisée puisque moins de la moitié des électeurs ont choisi les députés indépendantistes élus lors du scrutin proportionnel. Les hypothèses de Guy Laforest, professeur en science politique qui a séjourné à plusieurs reprises en Catalogne, sur l'avenir de cette région.

L'avenir d'une Catalogne indépendante passe-t-elle par la reconnaissance internationale?

Il est beaucoup trop tôt pour poser ce genre de questions, car le résultat de l'élection est très ambigu. Les deux partis de la coalition Ensemble pour le Oui (Junts pel Si), soit Convergence démocratique de Catalogne (CDC) et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), ont obtenu moins de sièges qu'aux dernières élections. Par contre, si on ajoute les sièges ravis par la Candidature d'unité populaire (CUP), autre parti pour la sécession, les indépendantistes obtiennent la majorité parlementaire avec 72 sièges. Ces partis avaient annoncé une élection plébiscitaire. Ils voulaient donc recueillir au moins 50% des voix. Toutefois, ils n'en ont obtenu que 47%. Pendant ce temps, le nouveau parti du nationalisme réformiste espagnol Citoyens – Parti de la citoyenneté (C's) est, lui, en pleine ascension. Il sort grand gagnant de la campagne, avec 25 députés, soit trois fois plus que lors du scrutin précédent. Son chef, Albert Rivera, d'origine catalane, est la nouvelle grande vedette de la politique espagnole, et il pourrait faire fureur lors des élections espagnoles du 20 décembre (NDLR: ces élections visent à élire les députés, puis à désigner le chef du gouvernement espagnol). J'ai l'impression qu'il ne se passera pas grand-chose d'ici là. Le gouvernement va sans doute adopter la stratégie des petits pas en attendant le résultat de l'élection nationale. 

Quelle influence pourrait avoir l'élection espagnole sur la question de l'indépendance de la Catalogne?

Le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, (NDLR: actuellement au pouvoir à Madrid) pourrait se définir comme celui de l'implacabilité constitutionnelle et du refus de toute réforme. Même s'il détient actuellement la majorité absolue, il a beaucoup baissé en popularité lors des dernières élections régionales et municipales, en perdant notamment la ville de Madrid. Pour former le prochain gouvernement, il pourrait, par exemple, créer une coalition gouvernementale avec Citoyens – Parti de la citoyenneté, tandis que le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sanchez s'allierait avec Podemos. Le dirigeant de cette formation a d'ailleurs dit qu'il serait en faveur de la tenue d'un référendum en Catalogne, tandis que les socialistes promettent une réforme constitutionnelle allant dans le sens de la fédéralisation de l'Espagne. Le Parti populaire et Citoyens – Parti de la citoyenneté n'ont pas encore annoncé ce qu'ils allaient mettre dans leur plateforme électorale pour les prochaines élections. Il est donc clair que le résultat de l'élection en Catalogne déplace la pression de Barcelone à Madrid. Cela oblige les élites médiatiques et les dirigeants d'entreprises espagnoles à repenser le cadre constitutionnel de l'Espagne au 21e siècle et à revoir les relations avec la Catalogne.

Les indépendantistes catalans n'ont pas rallié une majorité d'électeurs à leur cause. Comment l'expliquer?

Le projet national espagnol est en conflit avec le projet national catalan un peu partout en Catalogne, mais surtout à Barcelone, tout comme au Québec les projets politiques québécois et canadien sont particulièrement en compétition dans la région métropolitaine de Montréal. Or, 65% des Catalans vivent dans la région métropolitaine de Barcelone, soit un peu plus de 4 millions de personnes. Cette partie de la Catalogne se définit comme la plus «espagnoliste», la plus unioniste, notamment depuis l'arrivée d'un million d'immigrants il y a une quinzaine d'années. La communauté andalouse, venue en Catalogne dans les années 50 et 60, a été sollicitée par le vote unioniste, mais également l'électorat issu de l'immigration latino-américaine. Cette population, qui représente environ 45% des immigrants à Barcelone, parle espagnol et, de son point de vue, quand elle arrive en Catalogne, elle arrive d'abord en Espagne. Elle se montre donc peu favorable à la «catalinisation». Cet électorat explique en partie la poussée de Citoyens – Parti de la citoyenneté, même si ce parti est sous-représenté en raison de la carte électorale. En fait, si l'on se réfère à l'exemple récent de l'Écosse, il semble très difficile d'avoir un référendum indépendantiste légitime au 21e siècle lorsque les gouvernements ne collaborent pas à la définition de la question.

Article de Pascale Guéricolas, publié dans LeFil, vol. 50, No 6, le 1er octobre 2015