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Nouvelles

À huit jours des élections, les partis divisés sur la sécurité et l'EI

14 octobre 2015

La nouvelle législation sécuritaire et l'engagement du Canada au sein de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique pourraient être sensiblement modifiés à l'issue des prochaines élections législatives si le gouvernement conservateur sortant devait être battu.

Tant le parti libéral de Justin Trudeau, au coude à coude dans les sondages avec le Premier ministre sortant Stephen Harper, que le Nouveau parti démocratique de Thomas Mulcair, ont promis de profonds changements sur ces questions, passage obligé pour replacer le Canada dans le jeu de la diplomatie.

Au moment de voter le 19 octobre, les Canadiens commémoreront les tragiques attaques contre deux soldats l'an dernier au Québec et au Parlement d'Ottawa, tués par deux jeunes radicalisés aux idées jihadistes.

Dans l'urgence, le gouvernement conservateur a fait voter une loi antiterroriste, dotant de pouvoirs exceptionnels les services de renseignement. Seul le NPD de Thomas Mulcair avait voté contre, quand les libéraux avaient voté pour.

"Le gouvernement conservateur a alors apporté une réponse ferme pour répondre à la perception d'une grande menace", ce qui lui a permis d'emporter une large adhésion, explique à l'AFP Justin Massie, professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

"Il est rare que la politique étrangère et la sécurité soient à ce point des enjeux électoraux" dans un scrutin au Canada. Cette fois c'est en raison de "la polarisation des débats" sur ces questions et les divergences d'opinions, explique l'universitaire.

Loi «néfaste»

Tout au long de la campagne électorale, Stephen Harper a maintenu sa position, défendant fermement la loi antiterroriste. Pour Thomas Mulcair, cette loi «néfaste» a plus à voir «avec une politique de peur et de division qu'avec la sécurité» et, en cas de victoire, le NPD a promis son abrogation tant il estime qu'elle «constitue une menace réelle (aux)droits et libertés». Il pourrait à ce titre trouver une alliée à la Chambre avec la candidate des Verts, également favorable à son abrogation.

En revanche pour les libéraux, qui ont voté cette loi, la stratégie est plutôt «d'avoir un pied de chaque côté», selon Jonathan Paquin, professeur de sciences politiques à l'Université Laval à Québec.

Lors d'un récent débat, Justin Trudeau a plaidé à la fois pour «la sécurité et la défense des droits et des libertés» des Canadiens, tout en ironisant sur un chef de gouvernement sortant voulant que les Canadiens «aient peur qu'un terroriste se cache derrière chaque feuille ou chaque pierre». 

Sans revenir sur cette loi, M. Trudeau juge cependant nécessaire de mettre en place des garde-fous pour que les services de renseignement respectent les libertés individuelles.

La déchéance de la nationalité est un autre point de discorde. Utilisée pour la première fois en pleine campagne électorale, cette disposition est rejetée par les libéraux. «Un Canadien, c'est un Canadien», a tonné Justin Trudeau en rappelant qu'il existait des peines en réponse aux menaces ou actes criminels sans recours à «un billet d'avion pour un pays lointain».

La participation du Canada à la coalition internationale contre le groupe EI divise aussi les partis. M. Harper a engagé les forces armées canadiennes dans des bombardements de positions de l'EI en Irak et en Syrie. Il entend, s'il est reconduit aux affaires, poursuivre ces frappes pour éviter que le groupe EI «utilise ces pays comme base internationale à des opérations terroristes» au Canada.

Encore une fois les libéraux, sans vouloir participer aux frappes, «cherchent une approche plus équilibrée», explique à l'AFP Jonathan Paquin.

Justin Trudeau a prévu le maintien des forces armées canadiennes en Irak pour former et conseiller les troupes locales. Thomas Mulcair de son côté veut un retrait total des soldats canadiens au profit d’un accroissement de la lutte contre le financement des réseaux jihadistes.

«À ce stade c’est illusoire de penser qu'un des partis» puisse honorer ses promesses, selon le professeur Massie, car «les probabilités d'un gouvernement majoritaire sont quasi inexistantes» et le prochain Premier ministre devra faire des compromis.

Un texte d'Agnès Chapsal, publié sur le site Internet Huffingtonpost.ca, le 14 octobre 2015