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Nouvelles

Les jeux sont faits

12 octobre 2011

Il n’existe aucune façon de prédire le hasard, par définition imprévisible et incontrôlable

Isabelle GirouxParce que cela lui procure un plus grand sentiment de confiance envers ses chances de gagner, l’acheteur de billets de loterie préfère généralement choisir son billet lui-même au lieu de laisser le caissier ou la caissière le faire à sa place. La Société Loto-Québec a bien compris ce mécanisme, elle qui invite ses détaillants à disposer ses billets en éventail bien en vue sous le plastique du comptoir. Scénario analogue au casino où les chercheurs ont remarqué qu’à la roulette, les joueurs qui lancent la bille eux-mêmes ont tendance à parier davantage que lorsque c’est le croupier qui s’en charge. Que se passe-t-il donc dans la tête d’un individu lorsqu’il s’adonne aux jeux de hasard? C’est le sujet de la conférence qu’a donnée le 24 septembre à l’Université Isabelle Giroux, professeure à l’École de psychologie et auteure de plusieurs projets de recherche sur les habitudes de jeu des Québécois. Dès le début de son exposé, la conférencière a précisé que ses propos ne porteraient pas sur le jeu pathologique, mais bien sur les habitudes de jeu de monsieur et madame Tout-le-monde à qui il arrive à l’occasion d’acheter des billets de loterie, de jouer au poker, aux cartes, au bingo ou de parier quelques dollars dans les machines à sous au casino. 

À moi le magot! Principal constat: les individus oublient souvent qu’ils n’ont aucun contrôle sur le jeu et qu’il est impossible de prédire le hasard. Par exemple, avant de miser sur une combinaison de 6/49, beaucoup de joueurs surferont sur le site internet de Loto-Québec pour consulter le tableau des statistiques indiquant la fréquence de sortie des numéros gagnants, comme le joueur à la roulette au casino notera et analysera les numéros et les couleurs déjà sortis avant de miser. Toujours avec cette mauvaise compréhension du hasard, mais cette fois devant des appareils de loterie vidéo, des joueurs vont privilégier ou délaisser telle ou telle machine, jugeant l’une «chaude» et l’autre «froide». D’autres encore joueront durant des heures sur la même machine à sous, tant ils sont convaincus que leur patience paiera de retour et que ce n’est qu’une question de temps avant que le magot leur tombe entre les mains. C’est ce qu’Isabelle Giroux appelle le syndrome de l’autobus: «À l’arrêt, une personne attend l’autobus depuis de longues minutes. Plus le temps passe, plus elle se dit qu’elle devrait quitter l’arrêt et faire le chemin à pied. Mais elle se dit qu’il suffit qu’elle s’éloigne pour que l’autobus lui passe sous le nez…»

Un autre exemple offert par la conférencière conforte cette idée d’une incompréhension du hasard chez plusieurs. On a demandé à des personnes de faire une suite au hasard de pile ou face en écrivant la lettre P, F, etc., d’expliquer Isabelle Giroux. Or, non seulement les gens «corrigeaient» leur suite en se disant qu’après une série de P, il fallait bien équilibrer la série en mettant quelques F, mais ils disaient perdre en quelque sorte leurs points de repère lorsqu’on cachait les premières lettres, alors qu’il n’existe évidemment aucune interdépendance entre elles. Selon Isabelle Giroux, cette façon de raisonner vient peut-être du fait qu’on nous a toujours enseigné qu’il fallait tirer profit de nos expériences.

Par Renée Larochelle