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Nouvelles

Hommage au professeur Tessilimi Bakary

11 septembre 2009

Le premier septembre dernier, nous apprenions avec tristesse et consternation le décès de notre collègue Tessilimi Bakary. Depuis quelques mois, déjà, nous le savions malade et très affaibli. Nous nourrissions néanmoins l’espoir d’un retour de sa présence aussi discrète qu’essentielle à l’Université Laval, au sein de laquelle il oeuvrait depuis tout juste vingt ans.

Près de deux années avaient été nécessaires au Département de science politique afin de dénicher cette perle rare, spécialiste des régimes politiques et de l’Afrique qu’était Bakary. Maître en droit public de la Faculté de droit d’Abidjan, ce natif du Bénin, de nationalité ivoirienne, y entame une carrière d’enseignant et de chercheur en même temps qu’il intégrait l’École Nationale d’Administration de la capitale à titre de chargé de cours. Gagnant d’une bourse Fulbright Visiting Scholar, il séjourne à l’École des Hautes Études Internationales de l’Université Johns Hopkins à Washington (DC) en 1981-82 avant d’obtenir en 1983, en France, un doctorat d’État en science politique portant sur la formation des élites politiques en Côte d’Ivoire. Conscient qu’il lui fallait encore et toujours mettre les bouchées doubles pour s’établir en carrière, Tessy Bakary passe le reste de la décennie 80 à cumuler les mandats de chargé d’enseignement au DEA de politique comparée (Université de Paris X Nanterre) et de chargé de recherche à la Fondation nationale des Sciences Politiques et surtout, au Centre d’Études sur l’Afrique Noire de l’Institut d’Études Politiques de Bordeaux.

C’est donc devancé par une réputation pour ses capacités d’analyse remarquables et pour son appréciation nuancée des dynamiques sociales et politiques complexes de l’Afrique noire qu’il entre en poste à l’Université Laval le 1er juin 1989 et qu’il s’installe avec sa famille à Québec. La tâche est lourde pour celui qui doit à la fois former les étudiants aux rudiments de la science politique et couvrir l’ensemble d’un continent : Systèmes politiques d’Afrique, Relations internationales en Afrique, Séminaire de 2e et de 3e cycles portant sur Les dilemmes de l’Afrique indépendante, Fondements de la science politique, Régimes politiques et sociétés dans le monde, il aura enseigné à des milliers d’étudiants. En parallèle, Bakary doit s’établir en recherche sur un troisième continent.

Et quel formidable chercheur de terrain était notre collègue! Au cours de la décennie 1990-2000, il sillonne la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Cameroun et le Sénégal et se lance dans l’étude approfondie du recrutement des élites politiques par voie électorale lors même que s’esquisse un « retour au pluralisme politique en Afrique » qu’il appelle de ses voeux. C’est une époque féconde où ce que l’on croyait jusque là impensable se produit. Convaincus à juste titre que la démocratie, c’est également pour eux, les Africains réclament la tenue d’élections libres et militent pour en assurer l’honnêteté. Ce mouvement a besoin de l’encouragement des pays occidentaux, mais il doit être l’oeuvre des Africains eux-mêmes. A l’invitation du National Democratic Institute for International Affairs et de l’Organisation pour l’Unité Africaine, Bakary participe à de nombreux programmes de formation à l’observation et au soutien des élections démocratiques couvrant une trentaine de pays africains. À titre d’expert ou de chargé de mission, notamment pour l’International Foundation for Electoral Systems, ce travailleur et voyageur infatigable a été de toutes les élections en Afrique (outre les pays déjà mentionnés : Gabon, Burundi, Malawi, Niger, Tchad, Comores, Guinée équatoriale, Centrafrique). Il a été membre fondateur et représentant au Canada du Groupe d’Études et de Recherches sur la Démocratie et le Développement Économique et Social en Afrique (GERDDES-Afrique), pour lequel il a conçu un programme de monitoring de la démocratie en Afrique francophone. Il a oeuvré par ailleurs dans le cadre de programmes de renforcement des capacités institutionnelles de la société civile au Mali, au Togo, en République Démocratique du Congo…

Animé d’une véritable passion pour la pacification des moeurs politiques, la bonne gouvernance et les droits et libertés dans l’espace francophone, Tessilimi Bakary a développé de solides partenariats avec des ONG internationales et canadiennes : Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA); African Institute for Democracy; Agence Internationale de la Francophonie; Centre de Recherche pour le Développement International.

Ces liens qu’il a tissés, d’autres seront maintenant en mesure de les resserrer. Car aussi actif fut-il dans le domaine du transfert des connaissances, le Professeur Bakary était soucieux du développement de la science politique en Afrique francophone. Il a été membre fondateur et premier vice-président de l’Association Ivoirienne de Science Politique, un pilier de l’Association canadienne d’études africaines et un membre actif de l’Institut Québécois des Hautes Études Internationales.

À l’aube de la décennie 2000 s’amorce une troisième phase de la carrière de Tessilimi Bakary, étroitement liée à la seconde. Il consacre ses écrits aux problèmes de la polarisation et de la violence politique en Afrique de l’Ouest. La tentation de l’engagement devient-elle trop forte? Il sollicite un congé sans traitement de son institution et accepte d’agir en qualité de Directeur de Cabinet Adjoint du Premier ministre de Côte d’Ivoire de 2003 à 2006.
De retour à l’Université, il reprend ses enseignements et met en chantier des ouvrages de synthèse qui sont autant de retombées de ses travaux de terrain et de mission. Il travaille à l’édition d’un manuscrit sur les élections de 2006 en République Démocratique du Congo, mettait la dernière main à un livre portant sur l’observation des élections par l’Organisation pour l’Unité Africaine et l’Union Africaine : 1990-2006, et lançait un projet d’ouvrage collectif consacré à la Société civile et à la transition politique en Afrique en équipe avec ses doctorants devenus collaborateurs au fil des ans, Wenceslas Mamboundou et Yacouba Moluh.

Notre collègue était également animé d’une passion qui le rendait cher aux étudiants. Il nourrissait une réelle fascination pour les nouvelles technologies de communication dont il percevait l’impact sur les processus politiques. En 2000, alors que le sujet était à peine abordé, il consacrait une communication à l’influence de la cyberpolitique sur la décision électorale au Sénégal. Son séminaire de fin de premier cycle, prévu à l’hiver 2010, devait porter sur la « révolution » des logiciels sociaux (Facebook, Myspace, Youtube, Twitter, Skype, LinkedIn) au coeur de la société de l’information. Homme de peu de mots pour tout ce qui le concernait, homme de parole et d’engagement jusqu’au bout, depuis son lit d’hôpital, d’un souffle et d’un filet de voix, Tessy s’excusait de ne pouvoir être présent à une soutenance de thèse…

Bien remplie, la carrière menée par Tessy Bakary a souvent comporté pour lui la lourde responsabilité d’être celui qui ouvre la voie, celui vers qui on se tourne pour connaître le chemin, celui qui procure appui et soutien. Il a toute notre estime. Nos pensées affectueuses se portent sur les siens.

S’il est une « Afrique qui va bien », pour reprendre le titre d’une de ses conférences, elle le doit avant tout à son immense capital culturel et humain. Universitaire accompli et citoyen du monde, Tessilimi Bakary sera toujours resté, par là, un illustre enfant d’Afrique.

« Que la terre lui soit légère »

Au nom de ses collègues du Département de science politique,

Pauline Côté
Directrice