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Nouvelles

Vues de l'intérieur

13 décembre 2011

La sociologue Annie Cloutier a comparé les représentations et pratiques sociales de mères au foyer avec l’idéologie féministe véhiculée dans la Gazette des femmes

Les femmes qui décident de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants sur une très longue période sont des oiseaux rares dans le paysage québécois. Conscientes que leur choix de vie est incompréhensible pour bien des gens, elles volent à contre-courant du discours féministe qui dit, en gros, que pour se réaliser pleinement, une femme doit être autonome financièrement et, donc, exercer un travail rémunéré à l’extérieur. Aux fins de son mémoire de maîtrise en sociologie, Annie Cloutier a interrogé 10 mères au foyer âgées de 30 à 45 ans vivant avec un conjoint, dont toutes détenaient au moins un diplôme d’études collégiales. Elle a ensuite confronté leurs propos au discours tenu par la Gazette des femmes, organe officiel du Conseil du statut de la femme, sur les mères au foyer, en parcourant 60 numéros de la revue parus de 2001 à 2010. Sur les 144 articles analysés par Annie Cloutier, un seul, intitulé «Maman et féministe: union possible?» portait nommément sur les mères au foyer. Dans les autres articles, Annie Cloutier a découvert que l’idéologie véhiculée par la Gazette des femmes différait radicalement et sous bien des aspects des façons de penser et de vivre des participantes à son étude.    

Investir dans la famille

Par exemple, pour la Gazette, l’autonomie financière des femmes représente leur meilleure caution face à l’éventualité d’une séparation ou d’un divorce. C’est tout le contraire chez les femmes interrogées par Annie Cloutier qui considèrent que l’autonomie, qu’elles perçoivent comme une façon de préserver l’individualité des deux conjoints, représente un risque important de rupture. «Mes répondantes jugent que les couples qui ne fusionnent pas leurs revenus et, plus généralement, l’organisation de leur vie, n’investissent pas sérieusement dans leur vie de couple», explique Annie Cloutier. Si la Gazette craint que les mères au foyer regrettent un jour leur choix, mes répondantes, elles, disent qu’être à la maison est un choix assumé qu’elles ne peuvent pas s’imaginer regretter un jour. Pour elles, investir dans la famille est une valeur sûre. Et quand elles se font dire par des mères qui travaillent qu’elles sont chanceuses d’être à la maison, elles rétorquent qu’il n’en tient qu’à elles de se détacher des conventions sociales et d’effectuer le même choix.» Par ailleurs, le fait d’avoir dû diminuer leur train de vie à la suite de leur décision de rester à la maison ne les gêne pas le moins du monde et elles en tirent même une source de fierté, se disant libérées des seuls intérêts matérialistes.

Le choix des armes

Le travail rémunéré est un enjeu crucial pour la Gazette des femmes. Il constitue même l’arme principale pour lutter contre la pauvreté des femmes dans l’optique d’une séparation. Autre son de cloche chez les mères interrogées pour qui le travail rémunéré représente un choix personnel dont elles peuvent se prévaloir ou pas selon les différentes périodes de leur vie. À leurs yeux, ce travail doit être intéressant et plaisant, plutôt que sécurisant sur le plan financier. Affirmant travailler très fort à la maison, elles disent ne pas se sentir obligées de gagner beaucoup d’argent. Il semblerait que ce soit par rapport à l’argent et au travail rémunéré, plutôt qu’à l’idée de travail comme telle, qu’elles sont plus détachées que l’ensemble de la société, remarque Annie Cloutier.

Malgré des opinions divergentes, la revue féministe et les mères interrogées se rejoignent partiellement sur un plan: celui de la conciliation famille-travail. En effet, les deux s’entendent pour dire que cet aspect génère des problèmes importants de fatigue, de manque de temps et de stress, en somme, que ces problèmes sont devenus la norme. Mais là s’arrête cette communion d’idées. Si la Gazette met de l’avant des mesures toujours plus poussées de conciliation travail-famille, les mères, elles, disent préférer l’alternance famille-travail à sa conciliation, estimant qu’il y a un temps pour chaque chose. Pour l’instant, dans cette vie choisie qui est la leur, elles se disent heureuses que ni elles ni leur conjoint n’aient à vivre ce genre de conciliation.

Par Renée Larochelle 

Source: Au fil des événements