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Nouvelles

La sexualité spectacle

26 janvier 2012

Tout se passe comme si on croyait que nu, on aura plus de chances d’être vu et entendu, affirme le sociologue Michel Dorais dans son nouvel essai 

Par Renée Larochelle

Dans le Québec prude des années 1950, les catalogues de mode des grands magasins montrant des femmes en soutien-gorge étaient très attendus dans les foyers, particulièrement chez la gent masculine qui trouvait là une rare occasion de se rincer l’œil. Un demi-siècle plus tard, la sexualité s’éclate à tous les vents dans les vidéoclips, les téléréalités, la publicité, au cinéma, sur Internet, en danse, au théâtre, etc. Pour attirer l’attention sur une cause, une vedette ou un événement, pour de bonnes cotes d’écoute, rien de plus payant que la sexualité.

Mais quand tout aura été exhibé et raconté en matière de sexe, que ce soit par le commun des mortels devant sa Webcam ou par les personnalités publiques s’épanchant sur leur vie sexuelle à la télé, en passant par le nu servi à toutes les causes et à toutes les sauces, que restera-t-il à montrer pour surprendre ? Quels problèmes se cachent derrière la sexualité qui se donne en spectacle et appelle au voyeurisme ? Ce sont quelques-unes des questions que soulève Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur à l’École de service social, dans son nouvel essai intitulé La sexualité spectacle, publié chez VLB éditeur.

Un peu plus haut, un peu plus loin

« Nous sommes en train de perdre le sens de l’intimité », dit Michel Dorais qui se défend bien de vouloir être moralisateur, mais dit souhaiter plutôt amener les gens à voir les choses autrement. « Tout se passe comme dans l’univers du cirque où, pour conserver le même intérêt et susciter la même intensité d’émotion chez le spectateur, il fallait en mettre plein la vue, aller toujours un peu plus haut, un peu plus loin, explique-t-il. À défaut de renouveler le public, il faut bien renouveler le spectacle. »

Et on ne recule devant rien pour appâter le public friand du vécu des autres : qu’on pense aux téléréalités où rien ne nous est épargné de la vie intime des participants. Par ailleurs, poser nu pour une bonne cause n’a jamais été aussi à la mode, que ce soit pour la lutte contre le cancer du sein ou l’industrie de la fourrure, quand ce n’est pas pour amasser des fonds pour ses études ou son club sportif. La récente campagne de l’organisme Centraide où des personnalités connues se sont fait photographier dans le plus simple appareil est aussi un bon exemple de cette mode. « Tout se passe comme si on croyait que nu, on aura plus de chances d’être vu et entendu que vêtu, ou du moins d’attirer l’attention médiatique », souligne Michel Dorais.

Le jardin secret

La pornographie, le culte du corps, l’obligation d’être sexy comme des ados à vie: tout le discours ambiant sur la sexualité renforce l’idée qu’il s’agit d’une pulsion plus forte que soi. « Au contraire, affirme Michel Dorais, la sexualité, c’est plein de choses personnelles. La sexualité fait partie de nous, mais nous faisons aussi partie de notre sexualité. »

Selon l’auteur, la censure ne réglera pas le problème de la prolifération de la sexualité spectacle. « C’est plutôt le sens critique et l’intériorité, entendue comme intelligence de soi et faculté d’entretenir son jardin secret, qui contribuera à faire avancer les choses », estime-t-il.

Source : Au fil des événements