Don par téléphone

Contacter la fondation de l’Université Laval au 418-656-3292


Don par la poste

Imprimer cette fiche remplissez-la et postez-la avec votre paiement à l’adresse suivante :

Faculté des sciences sociales
Pavillon Charles-De Koninck
1030, av. des Sciences-Humaines
Local 3456-E
Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

Sur les traces des Indiens Diaguita

2 février 2012

En dépit d’une langue et d’une tradition agonisantes, les membres d’une nation autochtone chilienne éprouvent un fort sentiment d’appartenance à leur communauté

Par Pascale Guéricolas

Galo Luna-Penna: «Nous, les chercheurs, n'avons pas le droit de définir qui peut être autochtone».  

 

 

Il a fallu que Galo Luna-Penna quitte le Chili et vienne faire sa maîtrise en anthropologie à l’Université Laval pour découvrir qu’il est valable, pour les anthropologues, de mentionner le sentiment d’appartenance dans leurs études. « J’ai fait mon baccalauréat dans une université où l’anthropologie s’enseignait sur le modèle marxiste, alors les fondements de la recherche sont très loin de ce qui se fait ici », reconnaît-il.

Retour quelques années en arrière : le jeune anthropologue travaille au bureau des bourses dans une commission scolaire de la région de Coquimbo dans le nord du pays. Là, il reçoit des familles qui soumettent leur candidature à l’État chilien pour obtenir le statut d’autochtone afin notamment d’obtenir des privilèges financiers. Chemin faisant, il réalise que les critères d’attribution de ce statut varient beaucoup au fil du temps, ce qui l’amène à se poser de plus en plus de questions sur la construction identitaire autochtone sans qu’il obtienne véritablement de réponses.

Galo Luna-Penna choisit alors de parfaire sa formation sur le monde autochtone en tentant sa chance dans plusieurs universités. Et, à sa surprise, c’est le Département d’anthropologie de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval qui lui répond le plus rapidement et, qui plus est, en espagnol !

Arrivé en 2010 avec sa famille, le nouvel étudiant trouve quelques réponses à ses questions sur l’identité autochtone au cours de sa maîtrise sous la direction du professeur Frédéric Laugrand. Il constate que, désormais, bien des anthropologues et ethnologues ne se limitent plus à considérer seulement autochtones les peuples qui parlent encore leur langue d’origine, habitent un territoire bien précis ou encore vivent dans la tradition. « Nous, les chercheurs, n'avons pas le droit de définir qui peut être autochtone », soutient Galo Luna-Penna.

Construction identitaire et appartenance

Désormais ouvert à d’autres façons de faire de la recherche, l’étudiant s’intéresse aux Diaguita, un peuple presque disparu dont l’État chilien vient d’octroyer le statut autochtone à quelques personnes. Lui, qui en avait rencontré lors de son travail à la commission scolaire, veut comprendre comment les Diaguita construisent leur identité autochtone.

Aujourd’hui, il ne leur reste plus que des bribes de leur culture, et leur langue se limite à quelques expressions et à des noms de lieux. Le kakan, la langue diaguita, aurait cessé d’être parlé au 19e siècle, et le seul dictionnaire, écrit par un prêtre jésuite, est introuvable. Ne restent que quelques notes du prélat, ainsi que des mots dans des lettres échangées avec sa communauté.

Pour les besoins de sa recherche, l’étudiant a rencontré une quinzaine de personnes se définissant comme Diaguita. Les traces matérielles de leur appartenance amérindienne ont beau être ténues, leur sentiment d’appartenir à cette communauté est très fort. Elles lui ont expliqué, par exemple, que leur identité autochtone leur donne une relation particulière avec la nature, une grande connaissance des plantes médicinales ainsi qu’un rapport à la religion différent. « Plusieurs m’ont dit pouvoir communiquer avec leurs disparus par le rêve ou avoir des prémonitions », explique Galo Luna-Penna.

Les Diaguita pratiquent aussi des danses qui leur sont propres et qui leur permettent d’entrer en communication avec leurs dieux. Un petit groupe s’est même attelé à la tâche immense de reconstituer leur langue, en mélangeant des mots kakan à la langue quechua parlée par la plupart des autochtones de la région. Tous ces efforts pour se définir comme appartenant à un peuple écrasé par la conquête espagnole après avoir été vaincu par les Incas passionnent Galo Luna-Penna.

Une fois sa maîtrise terminée cette année, il envisage déjà de comparer les Diaguita et les Wendat, puisqu’il s’agit de deux peuples très métissés; un thème déjà exploré par l’anthropologue Louis-Jacques Dorais il y a quelques années.

Source : Au fil des événements