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Nouvelles

En wendat, s'il vous plaît!

2 février 2012

La nation huronne-wendat s’est lancée, avec l’aide de l’Université, dans une entreprise aussi passionnante qu’ardue: faire revivre sa langue consignée dans plusieurs dictionnaires jésuites

Par Pascale Guéricolas

Imaginez le défi linguistique. Vous devez apprendre une langue disparue depuis plus d’un siècle, dont les seuls dictionnaires utilisables datent du 17e et 18e siècle. Pour prononcer les mots, vous disposez d’enregistrements de personnes ne parlant plus cette langue, mais connaissant encore quelques chants. Ah oui ! J’oubliais un petit détail : les enregistrements en question ont été faits vers 1911 par le folkloriste Marius Barbeau… sur des rouleaux de cire! Si toutes ces conditions ne vous rebutent pas, vous pouvez vous rendre à Wendake, que l’on appelait autrefois le village huron, et participer aux cours d’apprentissage de la langue wendat.

Développé depuis 2007, le projet Yawenda (la voix) a démarré  à l’Université Laval, sous la direction notamment du professeur d’anthropologie Louis-Jacques Dorais. Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), l'Université Laval et le Conseil de la nation huronne-wendat subventionnent cette initiative. Il s’agit de faire revivre la langue wendat en créant du matériel pédagogique tout en formant des enseignants qui la transmettent aux écoliers du primaire ainsi qu’aux adultes qui veulent renouer avec leurs racines.

Retrouver les mots perdus

Parmi le personnel engagé dans cette entreprise un peu folle, Megan Lukaniec joue un rôle pivot. Diplômée en anthropologie et en linguistique de l’Université Laval, c’est elle qui rend accessible le matériel recueilli par les Jésuites lors de leurs nombreux séjours dans la communauté wendat il y a deux ou trois siècles. Wendat par sa grand-mère, la jeune femme née en Nouvelle-Angleterre est revenue s’établir parmi les siens pour participer à cette revitalisation de la langue. « Mon matériel de base, ce sont les dictionnaires, les lexiques, les catéchismes écrits par les Jésuites pendant 100 ans, explique la linguiste. Je prends un mot, puis je le compare aux mots d’autres langues iroquoïennes, dont certaines sont encore parlées comme le mohawk. Le mot est ensuite standardisé dans l’orthographe choisie par la nation huronne-wendat. » Tout au long de son travail, elle vérifie aussi ses hypothèses linguistiques avec d’autres spécialistes de cette langue.

Depuis le début de Yawenda, Megan Lukaniec et les autres personnes qui travaillent à la constitution des manuels ont ainsi construit des lexiques autour de quatre thèmes: les chiffres, les animaux, les parties du corps et le monde. La linguiste estime avoir vérifié moins du quart des dictionnaires de 20 ou 30 000 mots des Jésuites qui comprennent aussi des conjugaisons et, parfois, des phrases entières. Par contre, pour la prononciation, il a fallu s’adapter. Les Wendat ont convenu d’adopter une prononciation basée sur une analyse comparative avec d’autres langues apparentées.

Une quête identitaire

Ce retour vers la langue de leurs origines touche le cœur de plusieurs adultes, comme le constate Andrée Levesque qui a donné plusieurs formations cet automne. « Certains avaient les larmes aux yeux durant les cours, émus de pouvoir se réapproprier quelques mots, quelques phrases. Pour ma part, je ressens cette chance unique de ne pas avoir tout perdu en chantant des chants retransmis de génération en génération. » Même si cette langue aux très nombreux verbes représente un véritable casse-tête à apprendre, l’anthropologue Louis-Jacques Dorais constate que plusieurs autres peuples autochtones ont entrepris une démarche similaire pour retrouver la façon de parler de leurs ancêtres. « Les Kaurnas, un peuple aborigène du sud de l’Australie, tentent eux aussi de retrouver leur langue alors qu’ils disposent de moins de documentation encore que les Wendat. Les Diaguitas, qui vivent au Chili (voir article ci-contre), cherchent aussi à réapprendre leur langue dont ils ne restent plus aucune trace écrite. » Pour véritablement parler wendat, il faudrait sans doute l’enseigner plusieurs heures par semaine aux enfants du primaire. En plus de l’enseignement du lexique et de la conjugaison, on doit aussi apprendre aux descendants de cette société matrilinéaire l’organisation de l’époque. Par exemple, les liens de parenté se définissent toujours de l’aîné vers le plus jeune. Telle personne est ma mère plutôt que je sois sa fille. Une bonne partie de la communauté wendat semble très motivée à utiliser aujourd’hui les mots de leurs ancêtres. Plusieurs adultes déjà initiés à la langue profitent ainsi de certains rassemblements autour des activités traditionnelles pour mettre en pratique leur savoir-faire tout neuf.

Source : Au fil des événements