Don par téléphone

Contacter la fondation de l’Université Laval au 418-656-3292


Don par la poste

Imprimer cette fiche remplissez-la et postez-la avec votre paiement à l’adresse suivante :

Faculté des sciences sociales
Pavillon Charles-De Koninck
1030, av. des Sciences-Humaines
Local 3456-E
Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

Le poids du Québec dans le Canada

16 février 2012

Source: Les blogues de Contact

Les statistiques sur la population parues le 8 février 1 ont soulevé la question de la place du Québec dans le Canada. Trois mots clés résument mon analyse: importance relative, poids du nombre et concentration.

Un nouvel équilibre
Le poids démographique du Québec au sein du Canada n’a cessé de diminuer depuis un siècle. Il était de 28,8% en 1961 et il a régressé à 23,6% en 2011. Quelles conclusions faut-il tirer de cette évolution? Premier commentaire entendu dans les médias: «le Québec et les provinces de l’Atlantique pèsent désormais moins lourd que les provinces de l’Ouest au sein du Canada». Voilà une bien curieuse manière de voir les choses, car ces deux entités ont rarement fait alliance depuis un siècle. Pourquoi les amalgamer?

D’autres ont écrit que «le Québec a maintenant un poids démographique exactement égal à celui de l’Alberta et de la Colombie-Britannique combinées». Soit, mais encore? Ces deux provinces sont fort différentes, même si elles sont toutes deux situées à l’Ouest. La première vote conservateur et la seconde, social-démocrate. Rappelons aussi que l’Alberta a été une alliée du Québec dans le dossier (avorté) de l’Agence nationale des marchés financiers.

Importance relative
Le Québec et l’Ontario –qui ont toujours été ensemble deux grands joueurs au sein de la Confédération– comptent pour les deux tiers de la population du Canada. Le centre du Canada pèse encore très lourd. Les grandes alliances entre le Québec et l’Ontario du temps de Robarts et Lesage dans les années 1960 ou du temps de Peterson et Bourassa par la suite sont choses du passé. Mais qui dit que les partis d’opposition sur la scène fédérale ne reprendront pas le pouvoir en s’appuyant sur le centre du pays?

Il faut voir les choses autrement. En fait, c’est un nouvel équilibre entre les régions et entre les grosses provinces qui est en train d’émerger. Chacune établira ses alliances et fera valoir ses intérêts, y compris le Québec, avec plus ou moins de succès.

Poids du nombre
La proportion n’est pas tout. Le nombre compte aussi, comme l’avait bien noté le sociologue Georg Simmel. Avec ses 8 millions d’habitants, le Québec est encore un acteur clé au sein du Canada, il ne faudrait pas l’oublier trop rapidement. Il est marginalisé au sein du gouvernement actuel, certes, non pas en raison du déclin relatif de sa population, mais plutôt en raison des choix politiques qu’a fait sa population (élire une majorité de députés souverainistes d’abord, puis une majorité de députés de l’opposition NPD).

Concentration
Le nombre n’est pas tout non plus. La concentration géographique de la population compte aussi. Le Québec est la seule province à large majorité francophone (et la plus hautement bilingue de fait, on le sait). Les statistiques montrent une polarisation linguistique de plus en plus marquée: la part du français (langue d’usage) augmente au Québec et la part de l’anglais (langue d’usage) augmente au Canada. Deux univers linguistiquement différents coexistent au sein du même état.

La concentration sur un même territoire et le fait de contrôler leur État provincial donnent aux Québécois un pouvoir politique considérable et une prise sur leur destinée qui n’est pas près de disparaître. Il leur reste à décider s’ils veulent être présents dans les partis politiques fédéraux exerçant le pouvoir, ce qu’ils n’ont pas fait lors des dernières élections.

Les conséquences
Quelles sont les conséquences de la mutation démographique, d’un côté, et des choix politiques faits par les Québécois depuis 20 ans sur la scène fédérale, de l’autre? Il ne fait pas de doute que «le poids politique du Québec» au sein du gouvernement fédéral s’est affaibli, mais c’est d’abord à cause de choix électoraux. Bien des politiques fédérales se décident maintenant sans eux pour cette raison.

Si le Canada change, c’est aussi sous la poussée de la droite qui est partout à l’œuvre, y compris au Québec (même s’il y a peu d’élus conservateurs) et en Ontario. Une partie du Québec se reconnaît dans le Canada de Harper, ne l’oublions pas, et une partie du Canada anglais ne s’y reconnaît pas, notons-le aussi.

Peter White du Parti conservateur s’est inquiété récemment dans Maclean’s de «la dé-canadianisation du Québec» 2. Justin Trudeau ne reconnaît plus le Canada de son père. Cela est dû à une nouvelle donne politique, certes, mais aussi à des facteurs structuraux nouveaux comme les déplacements de population ou la mutation de l’économie. La polarisation dont j’ai parlée plus haut et le poids du nombre constituent deux facteurs structuraux qui contribueront cependant à distinguer le Québec dans l’ensemble canadien.  

La place du Québec dans le Canada sera dépendante de son poids démographique, mais il ne faudrait pas oublier qu’elle découle aussi des choix politiques de son électorat.

Référence(s)

1 Statistique Canada, Recensement de 2011: Chiffres de population et des logements 
2 Patriquin, Martin. Harper’s French disconnectionMaclean’s, 19 janvier 2012