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Nouvelles

Trois questions à Jean-Yves Duclos

17 septembre 2012

Sur l’avenir de l’économie québécoise dans le difficile contexte mondial
Par Pascale Guéricolas

Les experts s’entendent pour dire que le gouvernement minoritaire dirigé par Pauline Marois n’aura pas la partie facile pour gérer la province. En plus de devoir conclure des alliances incontournables avec les deux partis de l’opposition, il affrontera les effets d’un climat économique morose aux États-Unis et en Europe. L’économiste Jean-Yves Duclos sort sa boule de cristal pour tenter de prédire le futur de l’économie d’ici.

Comment le gouvernement va-t-il relever les défis économiques qui l’attendent?
Avec une dette plus importante que dans le reste du Canada, un taux d’imposition plus élevé que partout ailleurs en Amérique du Nord, une population vieillissante et de faibles perspectives de croissance économique par rapport à l’Ouest et même à l’Ontario, le Québec fait face à d’importantes pressions. Il est vrai que le taux de chômage est plus faible que jamais depuis une vingtaine d’années mais, du coup, cela va être difficile de faire encore mieux. Sans oublier que les dépenses en santé, en assurance médicament et dans le réseau des garderies vont augmenter. Ce cadre financier difficile limite donc les changements à venir à des choses relativement mineures, comme la disparition de la taxe santé, critiquée à la fois par la Coalition avenir Québec et le Parti québécois. Le premier budget au printemps 2013 s’annonce difficile, en particulier pour la lutte contre le déficit. Le PQ, qui ne s’est pas engagé à le réduire aussi rapidement que les autres partis, va sans doute faire des compressions dans des dépenses moins visibles comme les infrastructures. Le danger, c’est que la qualité des routes et des hôpitaux pourrait baisser si l’on coupe trop longtemps.

Le gouvernement libéral avait justement lancé beaucoup de projets d’infrastructure, en particulier le Plan Nord. Que va-t-il devenir?
Pauline Marois est beaucoup moins chaude à l’idée de réaliser ce programme que Jean Charest ne l’était, pour des raisons politiques, environnementales et sociales, mais aussi économiques. Le rendement du Plan Nord n’a rien d’assuré, car les dépenses sont plus rapides que le retour sur l’investissement public, qui s’établit à moyen et à long terme. Il y a donc fort à parier que le PQ va freiner les dépenses d’infrastructures, sans pour autant annuler les dépenses déjà prévues, comme celles visant à refaire la route sur la Côte-Nord qui relie Baie-Comeau à la ville minière de Fermont. Cela dit, il faudra décider bientôt si le Québec embarque dans le Plan Nord, oui ou non, car on ne peut pas s’y engager à moitié. Pour l’instant, les investisseurs ne semblent pas trop inquiets face à un gouvernement de gauche et souverainiste, même si cela constitue toujours un facteur de risque pour les marchés. La nouvelle équipe peut compter sur une lune de miel et sur un appui des syndicats, du moins pour quelques mois.

Durant la campagne électorale, Pauline Marois a annoncé qu’elle doterait la Caisse de dépôt et placement du Québec d’un fonds de 10 milliards de dollars pour garder les sièges sociaux des entreprises au Québec. Qu’en pensez-vous?
Le Parti québécois, de par sa philosophie, est plus porté au nationalisme économique. Cela présente des avantages, mais aussi des dangers qui ne sont pas suffisamment reconnus. La Caisse de dépôt a comme responsabilité première d’assurer l’épargne retraite de millions de Québécois. Ce sont donc les épargnants qui la financent et non les contribuables. Lorsque le gouvernement force cette institution à adopter des stratégies qui peuvent nuire aux rendements des particuliers, l’épargne retraite de tous les travailleurs en est affectée. Il faut donc agir avec une grande prudence et un grand discernement pour changer les décisions prises par les dirigeants de la Caisse. C’est normal qu’en période d’incertitude économique, les gouvernements et les électeurs cherchent à retenir les emplois chez eux et à garder les sièges sociaux. Il faut cependant être prudent. Lorsqu’on intervient pour empêcher le mouvement des capitaux qui viennent de l’extérieur et qui sont investis au Québec, on nuit aussi aux investissements du Québec à l’étranger. Cela va dans les deux sens. Le nationalisme économique a des coûts que l’on néglige trop souvent: ceux de restreindre les mouvements de capitaux qui favorisent le plus le développement économique.
 
Source: Le Fil