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Nouvelles

Trois questions à Myreille St-Onge sur les soins extrêmes en psychiatrie

1er octobre 2012

Le débat latent sur les dangers de la «désinstitutionnalisation» refait surface

Par Pascale Guéricolas

 
Myreille St-Onge, professeure à l'École de service social et chercheuse associée au Centre de recherche Université Laval-Robert Giffard
Photo: Marc Robitaille
 
 
 
 
Le 20 septembre, le coroner Pierre Guilmette a suggéré au Curateur public de revoir les dossiers des personnes à sa charge qui vivent avec un problème de santé mentale. Cette recommandation fait suite au suicide de Charles-Auguste Saint-Louis. En août 2011, ce quinquagénaire atteint de schizophrénie et de déficience intellectuelle s’était jeté du balcon de sa résidence, s’infligeant une blessure fatale, alors qu’il aurait dû rester en établissement spécialisé selon l’équipe soignante. Cette affaire ravive le débat latent sur les dangers de la «désinstitutionnalisation». Myreille St-Onge, professeure à l’École de service social et chercheuse associée au Centre de recherche Université Laval-Robert Giffard, explique les raisons de cette réforme en marche au Québec depuis une quarantaine d’années.
 
Pourquoi la question de la désinstitutionnalisation refait-elle surface lors de faits divers impliquant des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale?
 
Lorsqu’une pareille histoire surgit, on établit souvent des liens de cause à effet entre l’événement rapporté et la désinstitutionnalisation sans connaître le fond de l’histoire. La personne dont parle le coroner Guilmette avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide alors qu’elle était institutionnalisée. Dans le cas de Pascal Morin [ce résident de l’Estrie qui a tué sa mère et deux de ses nièces en février], diagnostiqué schizophrène, il s’agit d’un homme qui refusait les soins et consommait des drogues fortes. Malheureusement, les histoires d’agression ou de suicides de personnes qui n’auraient pas dû être «relâchées» des hôpitaux psychiatriques sont quasiment les seules à être portées aux oreilles du public. Pourtant, les études prouvent que la meilleure façon de venir en aide à ces gens, c’est de les intégrer dans la société et de cesser de les stigmatiser. L’Angleterre est très avancée à ce sujet. Les autorités britanniques mènent des campagnes d’information auprès de la population et accompagnent les journalistes pour les aider à brosser un portrait plus positif de l’intégration à la communauté des personnes ayant un trouble mental. L’hospitalisation au long cours a des effets délétères chez ces gens. Il serait donc important que les médias mettent l’accent sur les nombreuses histoires d’intégration réussie.
 
Quel rôle joue l’acceptation sociale dans ce débat?
 
Pour bien vivre en société, les gens doivent disposer d’un bon logement, d’un travail et d’un revenu suffisant – qu’ils soient atteints d’un trouble mental ou pas. Sans le savoir, on côtoie au quotidien des personnes qui éprouvent d’importantes difficultés d’ordre psychologique. On n’entend jamais parler de la grande majorité d’entre elles. Malheureusement, on fait ressortir les histoires où une institution aurait failli et où des individus auraient commis une agression. Cela laisse dans l’ombre le travail important de nombreux intervenants qui ont à cœur le bien-être des personnes, mais aussi tous ces gens qui ont un trouble mental et qui ne sont pas violents. Depuis quelque temps, l’Institut universitaire en santé mentale de Québec et ses cliniques affiliées s’orientent vers la philosophie du rétablissement pour venir en aide aux personnes qui en ont besoin. Mais cette quête d’égalité avec tous les citoyens de la société n’est pas encore gagnée. Il reste du travail à accomplir pour faire comprendre l’importance de bien accueillir ces personnes dans nos communautés.
 
Comment venir en aide à ces personnes?
 
Des organismes communautaires et des milieux cliniques travaillent avec elles, avec leurs forces plutôt qu’avec leurs faiblesses, pour les aider à réaliser leur potentiel et à contribuer à la société. Certains programmes fonctionnent très bien. Par exemple, des personnes qui ont souffert de troubles mentaux et qui sont maintenant des pairs aidants peuvent en convaincre d’autres de se faire aider. Aujourd’hui, la majorité des personnes aux prises avec un trouble mental font de courts séjours à l’hôpital psychiatrique ou dans un département d’hôpital général. En ce qui concerne les gens ayant une déficience intellectuelle, on a procédé par vagues successives à la sortie des hôpitaux psychiatriques depuis les années 1980. Seules quelques personnes sont restées en institution: c’est probablement le cas de Charles-Auguste Saint-Louis dont traite le coroner Guilmette. Il est impératif de réduire les mythes colportés. Cessons de nous demander si nous sommes «allés trop loin». L’institutionnalisation au long cours n’est requise que pour une minorité de personnes. La désinstitutionnalisation est une décision économique et administrative, mais surtout humaniste.
 
Source: Le Fil