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Nouvelles

Faut-il vraiment une charte de la laïcité?

12 octobre 2012

Aller de l’avant avec le projet du Parti québécois équivaudrait à sauter une étape selon le philosophe Jocelyn Maclure

Remis à l’avant-plan par le Parti québécois durant la campagne au terme de laquelle il s’est fait élire le 4 septembre dernier, le thème des accommodements raisonnables continue de diviser les citoyens. En accédant au pouvoir, le nouveau gouvernement a promis d’adopter une charte de la laïcité. Une bonne chose? Le professeur au Département de philosophie Jocelyn Maclure exprime des réserves.

«Le projet du PQ me laisse sceptique pour plusieurs raisons», a-t-il affirmé à l’occasion d’une conférence tenue le 6 octobre dernier au pavillon La Laurentienne lors du colloque international Républicanisme, multiculticulturalisme et laïcité organisé par La Revue Toqueville et les facultés des Sciences sociales et de Philosophie.

D’abord, le professeur Maclure ne croit pas que le Québec dépend d’une charte pour s’affirmer comme laïc. «La laïcité et ses finalités (liberté de pratique religieuse et égal respect des religions) sont reconnues chez nous, note le philosophe. Elles se sont imposées au fil de l’histoire, à la suite d’une série de jugements politiques et juridiques.»

Autre bémol de la part de celui qui a agi à titre d’analyste-expert et de rédacteur durant la Commission Bouchard-Taylor: le projet du PQ alimenterait un sentiment de crainte pernicieux en laissant croire que les pratiques d’accommodement actuelles sont inadéquates. «Il n’y a pas péril en la demeure, souligne-t-il. Notre savoir-faire à cet égard est déjà intéressant.»

La charte établirait une hiérarchie entre le principe d’égalité entre les hommes et les femmes et celui de la liberté de religion, faisant primer le premier aux dépens du second. C’est là son aspect le plus inquiétant, selon le spécialiste en philosophie politique. «Dans un système de droits distincts, interdépendants et égaux, il ne peut y avoir de primauté d’un droit par rapport à un autre», rappelle-t-il, arguant qu’avec une telle interprétation, l’État risque de se croire autorisé à agir au dessus des droits. «Par exemple, l’État pourrait se donner la latitude de dicter l’ordination des femmes au sein de l’Église en évoquant l’égalité des sexes.»

Enfin, Jocelyn Maclure considère que l’interdiction généralisée du port des signes religieux visibles chez tous les agents de l’État s’avère inéquitable et inopportune pour le bien social. Il traite de cet argument en profondeur dans son récent ouvrage Laïcité et liberté de conscience, coécrit avec Charles Taylor et paru aux Éditions du Boréal en 2010.
«D’un côté, le PQ propose de durcir la laïcité, mais d’un autre, il y cautionne des accrocs, notamment en faisant du crucifix de l’Assemblée nationale un symbole patrimonial», remarque-t-il.

Le philosophe n’est pas contre l’idée d’enchâsser la position du Québec sur la laïcité dans un document officiel, mais il prône d’autres moyens pour y arriver. Tenue d’une commission parlementaire, élaboration d’un livre blanc… Se doter d’une charte à ce stade serait contraignant et équivaudrait à sauter une étape, soutient-il.

Aux yeux de Jocelyn Maclure, la question de la laïcité au Québec demeure un enjeu social fondamental qu’il faudra continuer de surveiller. C’est par ailleurs le rôle de la philosophie sociale, estime le professeur, de tenter de répondre aux désaccords profonds qui divisent la population.
 
Source : Le Fil