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Nouvelles

Trois questions à M. Richard Marcoux

18 octobre 2012

Sur les retombées du récent Sommet de la Francophonie en Afrique

Le 14e Sommet de la Francophonie s’est tenu les 13 et 14 octobre à Kinshasa, en République du Congo (RDC). Les participants ont appuyé une résolution de l’ONU prônant une prochaine intervention au nord du Mali, ainsi que des sanctions ciblées pour les responsables d’exactions dans l’est de la RDC. Le démographe Richard Marcoux, directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone, y a animé une table ronde sur les droits de la personne. Il rend compte du virage politique de l’organisme.

Le sommet de Kinshasa constitue-t-il un tournant pour cette organisation dont on a longtemps raillé les discours lénifiants?

Le tournant a plutôt eu lieu en 1997 lors du Sommet de la Francophonie à Hanoï. À partir de cette rencontre, les membres ont pris des résolutions plus politiques. Ils ont exclu Madagascar, la Mauritanie quand le pouvoir élu y a été renversé, puis la Guinée lorsqu’il y a eu des dérapages. Les pressions sur certains pays sont donc devenues assez récurrentes. Ce qui est nouveau à Kinshasa, c’est d’appuyer des interventions précises de l’ONU, comme celle qui vise à aider le Mali à récupérer le nord du pays. La résolution est d’ailleurs assez claire: les membres de la Francophonie condamnent les mouvements intégristes dans cette région. Cette montée progressive vers une attitude plus politique s’est concrétisée avec Abdou Diouf [secrétaire général de la Francophonie et ancien président du Sénégal] qui, en fin de mandat, a sans doute une position plus affirmée. Par ailleurs, la Francophonie ne se limite pas aux grands sommets qui se tiennent tous les deux ans. Elle s’incarne dans l’appui à la formation des professeurs de français, dans l’Agence universitaire de la Francophonie, qui dispose de campus numériques dans un grand nombre de pays, dans le soutien à la recherche universitaire dans les contrées du Sud.

Quelles répercussions politiques pourraient découler de la tenue du sommet en RDC, un des pays les plus violents de la planète?

Le choix de Kinshasa pour accueillir le Sommet a donné lieu à beaucoup de tiraillements et d’hésitations, entre autres du président français, mais l’Organisation internationale de la Francophonie n’a pas pu reculer. Il est vrai que le contexte d’un pays en guerre n’était pas idéal. Les délégations n’avaient pas le droit de sortir du centre-ville, et les activités qui se déroulaient en parallèle étaient très limitées. Au bout du compte, la rencontre s’est quand même bien déroulée. Elle a pu servir les intérêts des acteurs de la société civile et des partis d’opposition; ceux-ci, en rencontrant les délégations étrangères, ont obtenu une légitimité internationale de leur action. Le Québec et le Canada ont discuté avec des représentants d’ONG et des formations politiques, tout comme plusieurs autres pays. Le fait que le prochain sommet se tiendra au Sénégal, un pays cité comme un exemple de réussite [son précédent président s’est incliné lors des élections de mars dernier], pèse lourd aussi sur le comportement des dirigeants de la RDC. Je pense que tout cela va permettre de solidifier cette démocratie très fragile. Le contexte de guerre dans lequel vit la RDC nuit beaucoup au développement.

Pauline Marois a laissé entendre aussi que le Québec se rapprocherait de l’Afrique…

Le fait que le Québec parle comme nation à l’Organisation internationale de la Francophonie et à l’UNESCO lui a permis de prendre conscience qu’il existe d’autres acteurs internationaux importants que la France. Par exemple, la délégation québécoise a développé des complicités avec les représentants de certains pays africains à l’occasion du débat sur la diversité culturelle à l’UNESCO. Dans mes travaux, j’ai souligné que 80 à 85% des francophones de demain seront sans doute Africains. Le Québec se rend compte de l’importance de nouer des liens avec ce continent pour jouer un rôle sur le plan international. Il faut souligner aussi que de plus en plus d’Africains de langue française, nés au Maghreb ou en Afrique subsaharienne, émigrent au Québec. Cela veut dire que l’on trouve des acteurs de cette francophonie africaine au sein de la fonction publique québécoise. Le Québec se transforme donc de l’intérieur.

Source : Le Fil