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Nouvelles

Duel Obama-Romney: le moment de vérité

1er novembre 2012

Des experts du Département de science politique se prononcent sur les grands enjeux des élections présidentielles américaines, qui se tiendront mardi.
 
Pour Barack Obama et Mitt Romney, le suspense achève. Qui s’installera à la Maison-Blanche au terme des élections présidentielles du 6 novembre? Deux professeurs du Département de science politique, Louis Balthazar et Anessa Kimball, ainsi que le chargé de cours Carl Grenier, prédisent que le président démocrate sortant devrait l’emporter par une faible marge sur son adversaire républicain.

En compagnie de leur collègue Jonathan Paquin (qui réserve son jugement sur l’issue de la campagne), les trois spécialistes participeront à une table ronde mardi prochain à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins. L’événement se tiendra durant la soirée électorale américaine. Il est organisé par les Hautes Études internationales et des partenaires, en collaboration avec trois associations étudiantes. De 18 h à 20 h, les invités échangeront sur la politique extérieure des États-Unis et sur les campagnes électorales à la présidence et au Congrès. Suivront, jusqu’à 22 h, les résultats électoraux en direct à la télévision.

Les quatre enseignants sont unanimes: l’économie aura occupé le premier rang des préoccupations des Américains durant la campagne présidentielle. Tous prévoient une participation moindre des électeurs après les 63% enregistrés en 2008, le meilleur score en 40 ans. L’élection décidera également de la composition de la Chambre des représentants et du tiers de la composition du Sénat. Les uns et les autres s’attendent à ce que l’impasse perdure entre la présidence, si elle demeure démocrate, et une Chambre des représentants qui devrait rester majoritairement républicaine.

Mardi 6 novembre, de 18h à 22h, à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins. Entrée libre mais inscription obligatoire. communication@hei.ulaval.ca
 
Obama le plus apte
Louis Balthazar croit que Barack Obama est plus apte que Mitt Romney à diriger le pays. Selon lui, le président sortant est conscient que les États-Unis ne peuvent plus se présenter en leader inconditionnel dans un monde devenu multipolaire. « De plus, Obama croit, fut-ce timidement, à la nécessité de redistribuer la richesse. Et il prône, plus que Romney, la nécessité de rehausser le financement de l’éducation », note le professeur émérite.

Obama représente la stabilité et la fiabilité de celui qui a mis un terme aux guerres d’Irak et d’Afghanistan et qui a restauré, pour une bonne part, l’image des États-Unis. « Il apparaît plus solide, plus constant que Romney. » Mais le taux de chômage, actuellement de 7,8 %, nuit au président sortant, lui qui s’était engagé à le ramener à 5 % durant son premier mandat.

Un grand nombre d’Américains sont par ailleurs séduits par le message « quasi libertarien » du candidat républicain. « L’état de l’économie et l’énormité de la dette incitent beaucoup de gens à voter pour un nouveau président. » Ce qui lui nuit le plus? «Son manque de consistance. Romney a glissé très loin à droite pour plaire aux extrémistes de son parti, avant de se donner une image de modéré.»

Si Barack Obama est réélu, l’hostilité à son endroit de la part d’une Chambre des représentants majoritairement républicaine pourrait s’atténuer. « Elle serait susceptible d’être tempérée par un certain bon sens et la préoccupation du bien commun », estime Louis Balthazar. Si Mitt Romney est élu, il pourrait se révéler plus modéré qu’on l’aurait cru. «Son passé de gouverneur du Massachusetts pourrait refaire surface.»
 
Romney va-t-en-guerre
Lutte au terrorisme, Corée du Nord, Iran: la politique étrangère des États-Unis figure parmi les priorités des électeurs, selon Carl Grenier. «Les sanctions commerciales contre l’Iran n’ont pas fonctionné, et l’administration Obama ne s’est pas occupée du dossier israélo-palestinien. De toute évidence, il y aura des actions à prendre pour la superpuissance américaine.» Selon le chargé de cours, l’approche des deux candidats diffère passablement en politique étrangère. «Romney a énoncé un ensemble de positions plutôt va-t-en-guerre. Obama, lui, a une conception plus sophistiquée.»

Mitt Romney répète qu’à son arrivée à la Maison-Blanche, il fera une déclaration indiquant que la Chine manipule sa monnaie afin de favoriser ses exportations. «Cela provoquerait un conflit commercial, ce qui ne peut faire autrement qu’affecter les partenaires commerciaux des États-Unis.» Mais Barack Obama, de son côté, a fait preuve d’une certaine passivité en ce qui concerne les accords commerciaux. «Il n’a pas relancé les négociations à l’Organisation mondiale du commerce. Pourtant, ce rôle revient traditionnellement aux États-Unis.»

En politiques sociales, les positions extrêmes de certains candidats républicains au Congrès pourraient nuire au candidat Romney. «C’est en train de se produire. L’un d’eux a déclaré que la grossesse est un don de Dieu, même lorsque c’est le résultat d’un viol.»

Selon lui, on peut s’attendre à une certaine continuité si Obama est réélu. «Les États-Unis vont finir par se sortir de la crise.» Au Congrès, les républicains ont «un arsenal de propositions» concernant la Banque centrale et le système de santé. «Ils ont aussi des propositions qui signifieraient un certain nombre de reculs sur les politiques sociales, ce qui risque d’enflammer l’opinion», d’ajouter Carl Grenier.
 
Deux candidats d’égale force
Anessa Kimball estime les deux candidats à la présidence à peu près d’égale force pour diriger les États-Unis dans les quatre prochaines années. Selon la professeure d’origine américaine, Barack Obama, pour être réélu, n’a qu’à convaincre l’électorat qu’il a rempli suffisamment de promesses durant son mandat malgré d’énormes contraintes économiques. Cela dit, dans un contexte de reprise fragile des marchés, les électeurs pourraient être tentés de préférer les politiques économiques de Mitt Romney à celles d’Obama, lesquelles ont connu un succès mitigé.

«La plupart des électeurs ne peuvent s’identifier à Romney en raison de ses origines, soit la religion mormone et un milieu socioéconomique privilégié. Quant à Obama, la plupart des électeurs accordent plus d’importance à la détérioration de leur situation financière personnelle, en quatre ans, qu’au fait que le président sortant a empêché un effondrement de l’économie.»

Durant la campagne électorale, les électeurs veulent qu’Obama et Romney se prononcent sur l’économie, entre autres sur la dette du gouvernement fédéral qui a atteint les 16 000 milliards de dollars. «L’un veut réduire la dette en taxant les riches et en réduisant les dépenses publiques. L’autre clame que la réduction de la dette passe notamment par la mise à pied de fonctionnaires fédéraux et la privatisation.»

Peu importe l’issue de l’élection, un Congrès divisé entre républicains et démocrates rendra difficile l’adoption de lois. «Que ce soit Obama ou Romney, il faut s’attendre à des impasses majeures, à moins que ne surviennent des situations de crise ou qu’il y ait des pressions venant de la rue.» En politique étrangère, Anessa Kimball qualifie de chaotique le bilan d’Obama. «Le retrait des soldats américains d’Irak et d’Afghanistan ne garantit pas la stabilité à la région. Et Obama a été faible dans le dossier du nucléaire en Iran.» Romney, pour sa part, a promis d’augmenter les dépenses militaires et d’imposer des sanctions plus larges contre l’Iran, comme l’isolement diplomatique. «Aucun des candidats n’a réussi à m’impressionner dans le dossier israélo-palestinien», ajoute-t-elle.
 
La présidence du 21e siècle
Durant son premier mandat, Barack Obama a vu ses idéaux confrontés à la dure réalité. «Une bonne partie des électeurs ont déchanté, souligne le professeur Jonathan Paquin. Ils se sont rendu compte qu’il ne pouvait pas réaliser toutes ses promesses. Cette fois, le candidat ne suscite pas le même engouement. Mais s’il n’est plus un candidat porteur de grands espoirs, il demeure un excellent politicien. Son discours incarne la présidence du 21e siècle.»

Mitt Romney, lui, a plusieurs cartes dans son jeu. «Le seul facteur qui lui nuit est qu’il personnifie l’Amérique corporatiste. Il a dirigé une société d’investissement. Pour plusieurs, il symbolise le milieu de la finance qui a causé la crise de 2008.»

Les deux candidats ont comme priorités la création d’emplois et la réduction de la dette publique. «Une baisse importante du taux de chômage aiderait sûrement Obama, tandis qu’une stagnation en ce domaine avantagerait Romney.» Le spécialiste rappelle qu’un président sortant n’a pas coutume d’être réélu lorsque le pays traverse des difficultés économiques importantes.

Dans le dossier environnemental, les positions des candidats divergent. Obama veut investir dans les énergies renouvelables et dans la recherche de nouvelles technologies vertes. Réduire la dépendance des États-Unis au pétrole du Moyen Orient est un autre de ses objectifs. «Romney, lui, veut recourir à tous les moyens qui s’offrent. Charbon, nucléaire, éolien, il ne fait pas de différence pourvu qu’il y ait création d’emplois.»

Selon l’expert, les quatre dernières années ont montré que la politique est plus que jamais divisée à Washington. «Les combats sont idéologiques. Il est de plus en plus difficile de collaborer avec l’autre parti, indique Jonathan Paquin. Mais la collaboration ne serait pas impossible si Obama était réélu. Il pourrait tirer son épingle du jeu.»
 
Source : Le Fil